Actualité théâtrale

Au Nouveau Théâtre de Montreuil, jusqu’au 10 avril

"Vassa 1910" d’après "Vassa Geleznova" de Maxime Gorki

Maxime Gorki écrivit en 1910 une première version de "Vassa Gleznova". Une pièce qu’il faut situer dans le sillage des œuvres les plus connues de l’auteur comme"Les Bas fonds"ou "Les enfants du soleil".
En 1936, peu avant sa mort, il en écrivit une seconde version qui reste la plus connue.
Gilberte Tsaï (dont nous avons publié un entretien dans l’Us-Mag, peu après son arrivée à la direction de ce Centre Dramatique National) a choisi de monter au Nouveau Théâtre de Montreuil, la version de 1910.

"Vassa 1910" a pour cadre le monde des marchands, le monde de ceux qui sont parvenus à s’extraire de la plèbe et dont la hantise est d’être contraints d’y retourner un jour.
Ce monde regroupe toute une gamme de comportements. Les arrivistes aveuglés par leur nouvelle condition de privilégiés, les velléitaires, les veules et ceux qui ont choisi de faire le dos rond, dont la tactique, pour se maintenir dans le rang, est dans la soumission.
Au milieu de ce monde carnassier, se détache un personnage qui domine tous les autres par sa volonté et sa perspicacité. C’est Vassa Geleznova. Vassa partagée entre le goût du pouvoir et son profond désir d’être une personne généreuse. Vassa, figure de femme complexe dont la personnalité singulière relève de la tradition du matriarcat russe.
Gilberte Tsaï a opté pour une mise en scène à la fois fluide et ferme qui s’aligne sur la progression lente de la trame dramatique. Si les premiers moments de la représentation n’offrent que peu de rugosité aux situations et de relief aux personnages, s’il se maintiennent au niveau d’une fluidité presque rassurante, la montée dramatique se fait comme une eau cherche sa pente.
La cruauté se faufile de façon insidieuse jusqu’au moment où, sans crier gare, elle aura submergé les personnages et révélé les calculs machiavéliques, les alliances et les ruptures.
De cette façon Vassa, malgré sa dureté et sa détermination à détruire ce qui l’encombre, reste dans une tonalité douce, une espèce d’amabilité d’autant plus redoutable.
Il faut aller découvrir ce texte de Gorki très peu joué et surtout dans cette version là. La mise en scène maîtrisée de Gilberte Tsaï qui évite "les effets" en est d’autant plus forte et les comédiens sont à l’unisson, tous remarquables, Christiane Cohendy en tête qui trouve là un rôle à la mesure de son grand talent.
Francis Dubois

Nouveau Théâtre de Montreuil – Centre Dramatique National
10 place Jean Jaurès
93100 Montreuil
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 70 48 90
www.cdnm-theatre-montreuil.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Eau chaude à tous les étages »
    1955. Quatre jeunes employées de l’Hôtel Moderne s’affairent - gentiment car le patron est absent - à tout mettre en ordre, car le lendemain va commencer l’affluence avec la semaine des Arts ménagers.... Lire la suite (21 mai)
  • « La rose et la hache »
    La mise en scène par Georges Lavaudant en 1979 de cette adaptation, écrite par Carmelo Bene du Richard III de Shakespeare, fut tout de suite très remarquée. Ovationnée ensuite au Festival d’Avignon en... Lire la suite (20 mai)
  • « Folie »
    Dans cette douce et impertinente dinguerie, on croise une fille qui parle avec amour à un artichaut et, la vie étant incompréhensible, lui annonce qu’elle va le manger, une autre qui n’est pas... Lire la suite (19 mai)
  • « Un ennemi du peuple »
    Tomas Stockmann a créé avec son frère un établissement de cure qui rend la ville, dont ce dernier est le préfet, prospère. Tomas est le médecin de l’établissement, mais il vient de se rendre compte que... Lire la suite (16 mai)
  • « Tchekhov à la folie »
    En 1887 la première pièce de Tchekhov, Ivanov est un échec. Il compose alors une courte comédie, qu’il appelle lui-même « une plaisanterie », L’ours . Le gros succès de cette pièce servira de tremplin... Lire la suite (15 mai)