Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Nathalie Borgers (France- Belgique- Autriche)

"Vents de sable. Femmes de roc" Sortie en salles le 9 mars 2011

Les Toubous sont un peuple de bergers nomades. Ils vivent à l’extrême sud du Sahara, au Niger, dans un désert impitoyable. Les hommes sont chameliers et une grande partie de l’année, les femmes s’occupent du petit élevage et des travaux domestiques.
Pourtant, chaque année, peu avant la récolte des dattes, à la fin de l’été, elles quittent la tribu et pendant quatre mois, le temps de la cueillette des fruits, de leur mise en sacs et de leur vente sur les marchés, elles parcourent à pied plus de 1500 kilomètres.
Malgré les conditions éprouvantes de cette "transhumance", la grande chaleur, les tempêtes de sable, les multiples dangers, ce périple est pour ces femmes un espace de liberté.
La réalisatrice, Nathalie Borgers et son équipe ont parcouru cette partie du Sahara avec un groupe de femmes constitué d’une aïeule qui a cessé de compter les années depuis qu’elle a eu quarante ans, de femmes plus jeunes avec leurs enfants et de jeunes filles qui voudraient bien quitter la tribu pour faire des études ou se lancer dans le commerce en ville.

Amina Ahmet est vaguement vêtue à l’occidentale. A vingt sept ans, mariée de force par un oncle, elle a demandé le divorce et fini par obtenir gain de cause. Cette femme à la forte personnalité s’est lassée de vivre au fin fond du Sahara. Son projet, maintenant que son divorce est acquis, est de quitter le campement de Bedouaram et d’aller s’installer en ville.
Domagali Issouf effectue peut-être là sa dernière caravane. Sa vue baisse et elle devient vieille mais elle n’a pas sa pareille pour se repérer grâce au soleil le jour, aux étoiles la nuit. Mince et droite, elle affronte les épreuves sans broncher, en respectant à la lettre les règles dictées par les us et coutumes toubous.
Mariana Dadi, la plus jeune, rêve de retourner à l’école pour devenir infirmière. Mariée contre son gré, elle fuit son mari depuis six années en espérant qu’il la laissera accéder au divorce. Pour elle, la caravane est surtout l’occasion de s’éloigner de lui.
Ces trois là sont celles dont la personnalité marquée, ressortent du groupe et ont le plus de facilités pour s’exprimer sur l’état des lieux et leur désir d’autonomie. Et les deux plus jeunes, avec leur souci d’émancipation, semblent percer une première fissure dans le mur des traditions..
"Vents de sable, femmes de roc" pose des questions sur ces femmes fières et courageuses. Comment, en ce début de vingt et unième siècle, elles peuvent s’accommoder d’un environnement dont les caractéristiques sont le manque et l’aridité. Comment elles agissent pour maintenir leur fierté de femmes et défendre une certaine indépendance dans une société figée dans les traditions où elles valent la moitié des hommes.
Le regard que pose la cinéaste sur ces femmes et surtout, sur trois d’entre elles, finit par en faire de vrais personnages tout prêts à basculer dans la fiction
On pourrait regretter que les dialogues entre les femmes qui sont destinés à renseigner le spectateur sur les conditions de vie, le ressenti, soient parfois redondants, un peu appliqués.
Mais le film est beau et il n’est sans doute pas inutile de se pencher sur la vie de ces populations nomades.
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Zibilla ou la vie zébrée »
    Zibilla est une jeune zèbre qui a été adoptée par des parents chevaux. Dans l’école où elle va et où tous les élèves sont des enfants chevaux, ses rayures sont sujet à de constantes moqueries. Si bien... Lire la suite (12 novembre)
  • « J’aimerais qu’il reste quelque chose »
    « J’aimerais qu’il reste quelque chose », c’est la phrase que prononce une donatrice sans descendant qui vient déposer des documents personnels relatifs à la Shoah dont elle est en possession et qui n’a... Lire la suite (12 novembre)
  • « Le bel été »
    Amed, Mohamed et Wally, réfugiés de Guinée et du Mali ont été recueillis par Robert, Simon et Sophie dans leur maison du bord de la Manche, siège de l’association « des lits solidaires » Ils vont... Lire la suite (11 novembre)
  • « Rendre la justice »
    En France, l’appareil juridique apparaît le plus souvent comme une machine infernale, opaque, mystérieuse, impersonnelle à laquelle il vaut mieux ne pas avoir à faire, qu’il vaut mieux ne pas... Lire la suite (9 novembre)
  • « Noura rêve »
    Jamel a été condamné à une peine de prison ferme pour différents vols, escroqueries et récidives et Noura a demandé le divorce d’autant plus déterminée à retrouver sa liberté qu’entre temps elle a... Lire la suite (9 novembre)