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Un film d’Abdellatif Kechiche (France)

"Vénus noire" Sortie en salles le 27 octobre

En 1917, dans un amphithéâtre de l’académie royale de médecine, Georges Cuvier, célèbre naturaliste, donne une leçon d’anthropologie physique. Il démontre à partir de planches d’anatomie, les évidentes analogies pouvant exister entre certaines morphologies humaines et celles du singe.
Au terme de sa démonstration, il dévoile une statue qui se tenait près de lui recouverte d’un drap blanc. C’est celle de Saartjie Baartman, devenue depuis sa mort récente, sa Vénus hottentote.
En 1810, Saartjie Baartman venant d’Afrique du Sud, arrive à Londres. Cette belle femme présente deux particularités physiques, une hypertrophie des fesses qui va intéresser son maître pour faire d’elle un animal de foire et une équipe de scientifiques avide de hiérarchisation de l’humain, qui se passionnera pour ses mensurations et la sur dimension de ses organes sexuels protubérants.
Hendrick Caezar, conscient du potentiel exotique de la jeune femme, l’amène à faire commerce de ses attributs dans un spectacle de cirque où elle joue une Hottentote en cage qu’il présente au public comme un animal domestiqué tenu en laisse et qui, pour le plus grand plaisir de l’auditoire, effraie par ses grognements et ses menaces de fauve.
Ce début du dix neuvième siècle est marqué d’une part par l’intérêt de la Science pour le classement des différents peuples à travers des études qui portent sur les particularités physiques observables et mesurables et d’autre part par la vogue des zoo humains liés aux conquêtes coloniales et aux grandes Expositions coloniales et universelles de l’époque.
Des numéros de cirque qui s’adressent au peuple, aux exhibitions qui intéressent les cours royales, apparaissent, dans ces "freak shows" des êtres déformés, hommes tronc, sœurs siamoises et autres femmes à barbe qui opèrent sur le public un phénomène mêlé de répulsion et d’attirance.

L’histoire de Saartjien, Vénus noire, figure emblématique du phénomène, débute avec les numéros de foire conduits par Hendrick Caezar à Londres en 1800. Elle se poursuit avec les épisodes parisiens ou la jeune femme, vendue par Caezar au montreur d’ours Réaux, se produit dans les salons bourgeois avant de devenir un symbole sexuel et de participer à des soirées libertines. Ses réticences à se laisser observer par une équipe médicale marqueront le début de sa déchéance. La maladie la gagnera et, à sa mort, son corps vendu par Réaux à la science, sera moulé pour devenir une pièce maîtresse du musée de l’homme ou elle restera visible jusqu’aux années 1970.
On ne pourra pas reprocher à Abdellatif Kechiche de se répéter. Si ses trois premiers films "La faute à Voltaire", "L’esquive" et "La graine et le mulet" étaient des œuvres en prise directe avec la France contemporaine, ils abordaient chacun un sujet différent. Ici le cinéaste nous propulse dans une reconstitution grandiose du début du dix neuvième siècle et s’attache à un sujet qui lui tenait à cœur depuis des années.
Il en résulte une œuvre forte même si on a parfois l’impression que le cinéaste se montrait plus à l’aise dans la réalisation de films de moindre envergure. On peut penser que l’ampleur d’une grande production lui va moins bien.
Francis Dubois


"Tout au long du XIXe siècle, l’idée d’une primauté naturelle des Blancs, qualifiés de « race supérieure », s’est répandue en Europe pour justifier l’expansion coloniale, en s’appuyant sur des exhibitions de « sauvages », toujours mises en scènes, mais fonctionnant comme des démonstrations vivantes de cette « évidence ». Cela a forgé des stéréotypes qui circulent encore aujourd’hui dans les esprits.
Le film « Vénus noire » nous confronte à la première exhibition de ce type, celle de Saartjie Baartman, une jeune femme de 20 ans amenée d’Afrique du Sud en 1810, à Londres puis à Paris. C’est parce qu’il nous invite à réfléchir sur la naissance de ces préjugés que la Ligue des droits de l’Homme encourage vivement le public à le voir et à en débattre."
Extrait de la déclaration de Gilles Manceron, historien et vice-président de la Ligue des droits de l’Homme, pour la présentation de ce film en avant-première.
PL

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