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Un film de Denis Côté (Canada)

"Vic et Flo ont vu un ours" Sortie en salles le 4 septembre 2013

Le titre du film est d’une légèreté trompeuse. " Vic et Flo ont vu un ours" n’est ni une comédie ni un conte même si dans son déroulement, le récit n’exclut pas l’humour et si la forêt est le décor principal de l’histoire.

Victoria et Florence, la première, la soixantaine, la seconde trentenaire, ont purgé une peine de prison. Victoria a bénéficié d’une libération conditionnelle. Elle est sous la surveillance de Guillaume, un tout jeune agent pénitentiaire.

Victoria n’a d’autre point de chute que l’ancienne sucrerie familiale désaffectée où vit un vieil oncle hémiplégique.

Elle s’installe dans une des chambre de l’habitation, en retour de quoi elle prendra partiellement en charge le vieillard qu’assiste déjà un jeune voisin.

Florence la rejoint et l’on découvre dans leur première scène commune que les deux femmes retrouvent à l’occasion de cette cohabitation, une intimité amoureuse ancienne et forte.

Denis Côté est un réalisateur mais surtout un scénariste cachottier. Il refuse d’abattre les cartes et, jouant autant du hors champ que de l’ellipse, il met le spectateur sur le qui-vive, le privant des éléments du récit qui pourraient faire la lumière sur des pans de l’histoire des deux femmes et sur le genre où situer son film.

Vic et Flo ont fait le choix de vivre retirées dans les bois et en autarcie (c’est en tout cas le vœu profond de Vic), mais qui sont ces personnages qui apparaissent, dont les intentions paraissent floues, que rien n’annonce et qui sont à facettes ?

Très vite, on découvre que la présence de ces êtres est néfaste, qu’ils sont certainement associés au passé des deux femmes et réclament vengeance.

La crainte permanente de Vic est de se voir un jour abandonnée par Flo car celle-ci, quoique lesbienne, garde un pied dans l’hétérosexualité et quoique disposée à la solitude, du goût pour la fréquentation des autres.

On aimerait parfois y voir plus clair dans cette histoire qui donne à la fois dans la limpidité du récit (la profonde tendresse qui unit les deux femmes, leur goût pour une existence paisible et contemplative) et dans l’insistance de Denis Côté à tenir cachés les secrets qui pèsent non seulement sur les personnages annexes, mais aussi sur les deux-trois personnages principaux.

On en est, à la fin du film, à se demander si le drame atroce s’est réellement produit ou s’il habite l’imaginaire des uns ou des autres.

D’autant plus que les avant dernières images qui sont en trompe-l’œil, rendent le récit à ce qu’il a eu précédemment de léger et de paisible.

Il faut attendre l’image finale pour lever définitivement le doute et prendre la mesure de l’extrême cruauté du récit.

Denis Côté a choisi l’épaisse forêt, la dominante du vert, pour réaliser un film profondément noir sur la difficulté à vivre une rédemption, sur la vengeance et sur l’étendue de la cruauté humaine.

A moins que…

Francis Dubois

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