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Un film de Cédric Kahn (France)

"Vie sauvage" Sortie en salles le 29 octobre 2014

Nora ne supporte plus de mener la vie itinérante dont elle avait pourtant, quelques années auparavant, fait le choix avec Philippe. Elle aspire maintenant à une existence plus stable pour elle, pour Tsali, neuf ans, Okiesa, 8 ans et Thomas, l’enfant qu’elle a eu avec un autre compagnon.

Elle abandonne avec eux le domicile et va trouver refuge chez ses parents en attendant d’y voir plus clair.

Mais à la fin des vacances au cours desquelles Philippe a eu la charge des enfants, celui-ci prend la décision de ne pas rendre Tsali et Okiesa à leur mère.

Commence alors pour le trio père-fils, une longue errance de onze années, une existence clandestine dans des greniers, habitations de fortune, caravanes, en communauté, au cours de laquelle ils bénéficieront de la solidarité d’amis de rencontre.

Cette vie en prise totale avec la nature va se poursuivre jusqu’au moment où, au sortir de l’enfance, les deux garçons vont aspirer à une autre existence.

Cinéma : vie sauvage

La difficulté pour rendre compte de cette décennie d’errance tenait dans la façon dont le temps serait traité à l’image.

Le seul fait que le scénario repose sur un fait divers ne suffisait pas à rendre le récit toujours crédible.

Un homme et ses deux enfants ont bien mené, dans la clandestinité, en échappant aux contrôles, cette vie itinérante. Mais comment, en un peu plus d’une heure trente, allait-on pouvoir traiter l’aventure sur sa durée ?

C’était sans doute peine perdue puisque Cédric Kahn et ses scénaristes s’en sont tenus, pour retracer les dix années, à des épisodes pas forcément parmi les plus saillants, jalonnant l’escapade familiale.

L’importance des recherches lancées par la mère est presque passée sous silence et du coup, le danger d’être pris. Tout suspense concernant une éventuelle arrestation est passé à la trappe au profit de moments bucoliques, de la démarche ludique dans lequel le père entretient ses enfants.

Si l’impasse est faite sur le danger d’être rendus à la société, sur les moyens de subsistance, sur un extérieur auquel le trio a forcément à faire, sur l’enseignement que prodigue le père à ses enfants, sur la façon d’échapper aux forces policières largement alertées, le récit préfère rendre compte de l’harmonie entre le père et ses garçons.

La vie en prise avec la nature peut avoir tous les attraits possibles, mais comment imaginer que des préadolescents, puis adolescents, puissent s’en accommoder aussi facilement ?

La réponse est-elle dans la personnalité charismatique du père qu’interprète entre certitude et un état de qui-vive constant, un Mathieu Kassovitz magnifique ?

La force de conviction du père dont la ligne qu’il s’est tracée repose à la fois sur une idéologie inébranlable (retour à la nature, rejet de la société de consommation et de ce qui en découle) est certaine. Elle repose sur le message à transmettre et sur un amour qu’il porte à ses fils, vérifiable à tout instant, dans chacun de ses actes, comme dans les silences.

Une personnalité tellement monolithique peut forcer l’admiration de jeunes êtres qu’une aventure quotidienne sans cesse renouvelée, entretient dans un état ludique.

L’arrestation du père au moment où les deux garçons étaient sur le point de se désolidariser de lui fait basculer le récit dans une autre dimension.

Et le moment de la confrontation avec la mère, en rejaillissant sur les dix années de cavale passées, leur donne la crédibilité qui manquait.

Cédric Kahn qui avance à pas feutrés dans le paysage cinématographique français et distille avec un talent certain la petite musique de ses mises en scène, risque fort, une fois de plus, avec "Vie sauvage" de rater son rendez-vous avec le public.

C’est bien dommage, en regard à bien des réalisations médiocres qui emportent l’adhésion.

Souvent, au cinéma, l’exigence et la qualité ont valeur de handicap !

Allez comprendre !

Francis Dubois

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