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Un film de Benoît Jacquot (France)

"Villa Amalia" Sortie en salles le 8 avril

Une voiture démarre dans la nuit. Une autre la suit avec, à son volant, une jeune femme. Les deux voitures se garent dans la rue tranquille d’un quartier résidentiel. Du premier véhicule, un homme sort qui passe la grille d’une villa cossue où une femme l’attend, en haut du perron.
Du deuxième véhicule, sort la jeune femme qui s’approche et assiste à l’étreinte. C’est alors que, hors champ, un autre personnage survient. Il n’est pas nécessaire de justifier la présence de cet homme qui fut autrefois un ami proche de la jeune femme pour qu’on comprenne que ces retrouvailles tombent à point… Georges sera pour Ann, à ce moment charnière de sa vie, une rencontre providentielle.
Ann n’accorde pas une importance capitale au fait que Thomas la trompe et si, la même nuit, elle le chasse de chez elle, c’est qu’elle a surtout besoin de commettre la première action qui l’engagera vers un renoncement progressif de tout ce qui constituait jusque là sa vie confortable de pianiste renommée.
A l’éloignement de Thomas succéderont d’autres actes qui confirmeront sa décision, la vente de l’appartement, celle de ses pianos, la dispersion de ses biens, vêtements, objets personnels, voiture, l’annulation de ses contrats…
Ann trouvera finalement refuge, sur une île, dans la Villa Amalia, un curieux cube de béton peint en ocre rouge, construit à flanc de montagne et surplombant la mer.
Elle y apprendra doucement la solitude, entre souffrance et jouissance mais jamais n’ira du côté du découragement et de la dépression car Ann est un être positif, démolisseur mais aussi, bâtisseur.
"Villa Amalia" est le récit intime d’un renoncement total. On pourrait s’attendre à une mise en scène sombre, étouffante et c’est tout le contraire. La photo est belle, lumineuse et souvent les plans embrassent des paysages amples. C’est vérifiable pour les paysages maritimes qui s’y prêtent mais ça l’est également pour des scènes d’intérieur ou celles de déambulation où les personnages toujours en nombre réduit, sont reliés au décor.

Du coup, le récit échappe à la psychologie et il s’en dégage sinon une légèreté, du moins une tranquillité qui, à la fois tient au personnage d’Ann et à la fois rejaillit sur lui.
Car Ann est aussi un être caméléon qui prend le rythme et la couleur de ceux qu’elle rencontre et ces transformations à peine sensibles créent des ruptures, des changements de ton qui, insensiblement, conduisent le film ailleurs ou plus précisément, mettent bout à bout des films à l’intérieur du film dont le points de jonction sont à peine perceptibles.
"Villa Amalia" est une sorte de road-movie mental qui baigne dans une grande lumière, un film réjouissant et plein où, comme peut-être jamais encore – ils en sont à leur cinquième collaboration – le couple Isabelle Huppert / Benoît Jacquot – n’avait atteint ce degré de complicité artistique.
Jean-HuguesAnglade est parfait comme l’est Michelle Marquais et comme le sont tous les autres interprètes.
Francis Dubois

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