Actualité théâtrale

Théâtre de la Tempête, jusqu’au 29 mai 2011

"Vineta la République des utopies" de Moritz Rinke mise en scène Lisa Wurmser

Selon la légende, Vineta était une île tellement prospère que les cloches de la ville étaient en argent et que les mères essuyaient le derrière de leurs enfants avec des brioches.
Mais les habitants riches et méprisants furent un jour punis de leur supériorité et la ville fut engloutie au plus profond de la mer baltique tout près de l’île de Usedom qui fut la base militaire secrète des nazis et servit de lieu de villégiature aux travailleurs méritants de l’Allemagne de l’Est.
C’est à Usedom que Moritz Rinke situe son récit qui lui fut inspiré d’un fait divers réel.
Dans une vieille demeure délabrée sont réunis, à l’initiative du docteur Leonhard, un Premier Capitaine de la Compagnie Lloyd, un prestigieux architecte berlinois, un ingénieur en bâtiment, le maire d’une ville voisine, un responsable du recrutement du personnel, un manager à poigne et une jeune secrétaire.
La société Delta SA leur a donné comme mission d’associer leurs talents pour créer sur l’île de Vineta, une ville parfaite qui permettrait à ses futurs habitants de vivre de façon idéale, les rêves dont on se voit privé partout ailleurs dans le monde.
D’entrée, le projet paraît louche. Il le deviendra de plus en plus à mesure qu’on aura une connaissance plus approfondie des personnages dont le comportement confus les amène à des conflits perpétuels, des rivalités, à des dissonances inquiétantes à propos d’un projet pharaonique. Et leurs empoignades font parfois penser aux jeux de rôles des enfants.
Mais tout est fait, à chaque fois, pour qu’on morde à l’hameçon de ce récit où la jeune secrétaire avenante est pianiste, où les têtes pensantes chantent l’opéra, et où le manager aux dents longues fait des entrechats.
Il faudra attendre la toute fin de la pièce pour connaître le fin mot de l’histoire.
Le texte de Moritz Rinke est délicieusement démesuré. Il offre aux comédiens des personnages décalés face à des situations déjantées et Lisa Wurmser saisit la balle au bond avec une mise en scène nerveuse et soutenue qui joue avec les ruptures de tons, les dérapages, les excentricités.
Le plaisir serait total si certains moments de la pièce un peu étirés, un peu longs ne donnaient soudain un impression de redite.
Mais il ne faut pas pour si peu bouder ce spectacle réussi et la rencontre avec des comédiens magnifiques comme le trop rare Michel Hermon, l’enchanteur Jean Lescot… Mais ils seraient tous à citer.
Francis Dubois

Théâtre de la Tempête
Cartoucherie Route du Champ-de-Manœuvre 75 012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)
  • « Contes et légendes »
    L’intelligence artificielle est au cœur des recherches scientifiques d’aujourd’hui. Simples remplaçants des hommes pour des tâches répétitives ou dangereuses au départ, on ferait bien aujourd’hui des... Lire la suite (17 septembre)
  • « Où est mon chandail islandais ? »
    Knutte est revenu au village pour l’enterrement de son père. Il n’est pas venu les mains vides, mais les poches pleines de bière, sans compter celles qu’il pourra trouver, ainsi que quelques... Lire la suite (17 septembre)