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Un film de Djo Tunde wa Munga (France-Belgique-République Démocratique du Congo)

"Viva Riva" Sortie en salles le 18 avril 2012

A Kinshasa, la vie nocturne trépidante et voluptueuse est réservée à de rares privilégiés, au mépris de tous les laissés pour compte qui ne rêvent que d’accéder à ces lieux qui ne leur sont pas autorisés.

Riva est un ambitieux. Il a roulé sa bosse et après dix années d’absence, il est de retour, de l’argent plein les poches, au volant d’un camion rempli de carburant alors que le pays vit une grave pénurie de carburant. Il retrouve son vieux copain JM, rangé des voitures mais volontaire pour passer avec lui une nuit de beuverie et de débauche.

Dans une boîte à la mode, le regard de Riva croise celui de Nora et le voilà subjugué. Il n’a dès lors en tête que de conquérir cette reine de la nuit, même si elle est la compagne d’un caïd local.

La soif de plaisir de cet ancien "pauvre" est telle qu’il fait abstraction des dangers qui le menacent. Ainsi, il minimise le fait que son ex-patron angolais à qui il a "emprunté" de l’argent, est à sa recherche.


Ex documentaliste, Djo Munga a fait la connaissance de contrebandiers au cours de ses recherches pour de nouveaux films. Ils allaient chercher de l’essence en Angola et le revendaient en contrebande à Kinshasa. C’est de cette rencontre qu’est né le personnage de Riva et l’ébauche d’un polar moderne avec les codes du genre, courses poursuites, violence, courses de truands et archétypes sociaux.

On croise dans ce récit, un prêtre véreux, une militaire lesbienne, une prostituée et le personnage indispensable au thriller, l’indic.

" Viva Riva", s’il fourmille de personnages secondaires hauts en couleur, repose surtout sur le personnage de Riva, jeune homme jouisseur, avide de conquêtes, dont le désir est de prendre une revanche sur la misère qu’il a connue, liée à ses origines modestes.

Mais en arrière-plan du personnage du viveur peu scrupuleux et des comparses épisodiques du récit, Djo Munga montre la dégradation des mœurs et des rapports humains qui s’est produite au Congo, ainsi que la multiplication des trafics de toutes sortes, le goût de l’argent facile à la faveur d’une situation économique critique.

Et sa fiction, même s’il s’agit d’un polar proche du modèle américain, conserve une trame documentaire qui interroge une société pervertie et on ne perd pas de vue l’histoire du Congo de ces vingt dernières années, la chute du régime de Mobutu, une guerre qui, pendant cinq années a fait 5 millions de morts, la transition du Zaïre vers le Congo.

La criminalité donne un aperçu des inégalités sociales, d’une Kinshasa pauvre marquée par les traumatismes du passé et par le souci du gain à tout prix.

Le Congo n’a pas de tradition cinématographique, pas d’école de cinéma, pas d’industrie et le dernier film important qui y a été produit date de 1985, une comédie de Benoît Lamy et Mweze Ngangura, "La vie est belle", qui connut un énorme succès.

La préparation de " Viva Riva" qui aura duré 5 ans car le réalisateur, tenant à ce que son film fasse appel à une équipe locale, a dû passer par une formation des comédiens et des techniciens. Djo Munga est aujourd’hui fier d’avoir réalisé le premier long métrage tourné en Lingala, qui peut donner un nouveau souffle au cinéma à africain.

Francis Dubois

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