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Un film de Fernand Melgar (Suisse)

"Vol spécial" Sortie en salles le 28 mars 2012

Le Centre de rétention administrative de Frambois à Genève est l’un des 28 centres d’expulsion pour sans-papiers existant en Suisse. La France en compte 27 et l’Union européenne plus de 200. Y séjournent les demandeurs d’asile, en attente, parfois pendant plusieurs mois, d’un retour certain dans leur pays d’origine.

Si ces hommes refusent d’embarquer une première fois, dans "les conditions d’un voyageur libre", ils embarqueront plus tard, cette fois menottés, par "vol spécial".

On peut se demander comment les services d’immigration suisses ont permis à un cinéaste de s’immerger pendant neuf mois dans un Centre, et d’y réaliser, apparemment librement, un film qui suit le quotidien dans l’enceinte de cette prison grillagée.

C’est qu’ici, ces hommes en attente d’expulsion ne sont pas des détenus mais des pensionnaires, qu’ils ont le droit d’aller et venir dans les locaux, de 8 heures à 21 heures, qu’ils ont accès aux cuisines, que les portions de nourriture ne sont pas rationnées, et qu’entre les pensionnaires et le personnel d’encadrement, peuvent( doivent) se créer des liens d’amitié et de complicité.

Au Festival de Locarno, le producteur Paolo Branco a traité "Vol spécial" d’œuvre fasciste. C’est peut-être excessif mais il y a de cela, car, dissimulée derrière une apparente convivialité, il y a la vraie, la cruelle douleur de ces hommes, qu’une gentillesse de parade ne peut pas adoucir. Face à la perspective, pour ces hommes, de se retrouver dans leur pays d’origine où ils n’ont plus leur place, et où pour certains d’entre eux, la mort est au bout du voyage, la démonstration d’une générosité humaine sans faille est une autre forme de trahison.

Car ces hommes qui ne se sont rendus coupables d’aucune infraction se retrouvent tels des animaux dangereux derrière des grilles, et la manière dont ils refusent l’expulsion, qu’ils ont de se heurter au mur d’une administration d’autant plus cynique qu’elle est courtoise, révèle d’autant plus l’artifice du bon traitement.

On retrouve dans la démagogie dont le personnel d’encadrement fait preuve, du simple gardien au directeur de l’établissement, des accents de paternalisme colonial.

Qu’ont à faire les prisonniers des états d’âme des gardiens, de leur gentillesse, de leurs émotions réelles ou feintes mais dans tous les cas, hypocrites ?

Ces personnels ont été formés à la gentillesse jusqu’aux larmes, jusqu’à feindre le déchirement quand un des détenus est emmené pour un vol spécial.

Fernand Melgar filme de sorte qu’on ait l’impression d’être au milieu des personnages, avec eux, à leur écoute et on en apprend à chaque fois un peu plus, sur l’histoire douloureuse de chacun d’eux.

La caméra les laisse libres, ne juge personne, se contente d’observer et la grande force du film est de nous faire passer, insensiblement, dans le camp des opprimés. Melgar a eu raison de laisser le personnel se caricaturer lui-même, dénoncer de lui-même son hypocrisie.

L’horreur d’une loi répressive injuste se vit sous nos yeux, dans un regard, dans un geste de lassitude ou d’abandon, dans la révolte ou un éclair soudain de lucidité.

Melgar montre. Il fait confiance à sa caméra, au cinéma et au regard du spectateur.

Francis Dubois

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