Actualité théâtrale

"Volpone" Jusqu’au 2 juin au Théâtre Le Ranelagh

Dans cette pièce de Ben Johnson, un auteur contemporain et rival de Shakespeare, un riche vieillard vénitien, Volpone (le renard en italien), feint d’être à l’article de la mort pour se rire des prétendants à sa succession. Mosca, son serviteur, persuade chacun des trois prétendants qu’il sera l’unique héritier des immenses richesses de Volpone et leur soutire, pour son maître, des présents somptueux. Il obtient même de l’un d’eux qu’il déshérite son fils et de l’autre qu’il offre à Volpone sa femme, un modèle de vertu.

Ben Johnson est l’initiateur de ce que l’on a appelé « la comédie des humeurs ». Il veut montrer ce qu’entraîne la soif d’argent et comment celle-ci pervertit les relations entre les individus. Par avidité les hommes sont prêts à tout sacrifier, même leurs femmes, leurs enfants et leur honneur.

Toni Cecchinatto et Jean Collette ont choisi pour leur adaptation de reprendre la fin imaginée par Stefan Zweig et Jules Romain pour la mise en scène de Charles Dullin en 1928. Pour mettre en scène cette comédie du tel est pris qui croyait prendre, ils ont choisi d’adopter un jeu assez outré, où les personnages, mus par leur passion deviennent des marionnettes. Les juges sont d’ailleurs des marionnettes, dans leur castelet. Les personnages ne sont pas affublés des masques de la comedia del’arte, comme c’est souvent le cas, mais ont des costumes étranges et baroques. Les prétendants portent des chapeaux qui renvoient à leur nom dans la pièce, Corbaccio, la corneille, Voltore, le vautour, et Corvino, le corbeau. Enfin le choix de placer les personnages dans un grand cube qui se plie et se déplie au gré des scènes, figurant tantôt la chambre de Volpone, tantôt le tribunal, tantôt la maison de Corvino évite le réalisme. Samir Dib campe un Volpone, vieillard lubrique qui n’entend pas céder une parcelle de sa fortune et prêt à l’augmenter par tous les moyens. Le choix d’une femme, Cécile Sorin, pour interpréter le serviteur Mosca, s’avère judicieux car elle est bien la mouche qui virevolte au-dessus des affrontements sordides des prétendants et il est plutôt amusant que ce soit une femme qui emporte la mise à la fin. Dépassant la farce, Anne Mino arrive à donner de l’épaisseur au personnage de Célia, la femme de Corvino.

C’est à une farce que nous assistons, une farce cruelle certes, mais où l’on rit avec plaisir.


Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 15h.
Théâtre le Ranelagh
5 rue des vignes, 75016 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 88 64 44www.titre-restaurant.com

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