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Un film d’Alain Resnais (France)

"Vous n’avez encore rien vu" Sortie en salles le 26 septembre 2012

Le notaire d’Antoine D’Anthac, célèbre auteur dramatique, appelle au téléphone chacun des comédiens qui a, au moins une fois au cours de sa carrière, joué sa pièce " Eurydice" pour leur annoncer la mort accidentelle du dramaturge et les convier tous ensemble, dans le salon de sa résidence, afin de leur faire part d’ une de ses dernières volontés.

Tous se rendent au rendez-vous. Il est question pour eux d’assister à la retransmission d’une mise en scène d’ " Eurydice" par une jeune troupe, la Compagnie de la Colombe, et de donner leur feu vert ou pas, pour que le spectacle soit donné en public.

Au cours du premier acte, des répliques reviennent en mémoire et les comédiens conviés les ânonnent en même temps qu’elles sont dites par les acteurs de la jeune troupe.

Mais bientôt, pris par le feu de la représentation, c’est des pans entiers de la pièce qu’ils reprennent à leur compte, avec la même passion que s’ils avaient encore l’âge des personnages.

Jean Anouilh est l’auteur d’ "Eurydice" une pièce écrite en 1941 dont la dernière reprise remonte à 1991 avec Lambert Wilson comme interprète, comédien qu’on retrouve au générique du film.

La pièce reprend le thème des amours d’Orphée et Eurydice dans une version plus actuelle (Eurydice meurt dans la collision entre l’autocar dans lequel elle fuyait et un camion-citerne). Il est difficile de se prononcer sur le théâtre d’Anouilh en 2012,sur son style inscrit dans une l’époque, sur la construction de la pièce, la psychologie des personnages ; à moins d’avoir vu les représentations de 1991.

Dans le film d’Alain Resnais, on a un vague aperçu du travail de la compagnie de la Colombe, trop succinct et faussé par le cadre "moderne" où il est donné, un ancien entrepôt, une friche utilisée à l’état brut .

On a à peine le temps de constater l’effet sur le texte d’un phrasé et d’attitudes résolument actuels.

La reprise de la pièce par les anciens acteurs, dans le salon où ils sont réunis, dans la chambre d’hôtel ou dans le hall de gare (Les décors de carton-pâte de Jacques Saulnier, inventifs, vieillots ou curieusement colorés, sont en parfaite harmonie avec le travail d’Alain Resnais) est toute autre. D’un comédien à l’autre jouant tour à tour Orphée et Eurydice, le jeu est sensiblement différent. Pierre Arditi et Sabine Azéma sont dans un sur-jeu tel qu’il finit par dénaturer le texte. C’est à qui sera le plus dans l’expression grimaçante, dans la dramatisation excessive et pour elle, dans des aigus injustifiés.

Lambert Wilson et Anne Consigny, toujours pour Orphée et Eurydice, sont plus dans la retenue et avec eux, le drame trouve sa place. Hippolyte Girardot et Michel Piccoli sont très bien quand Anny Duperrey "boulevardise" déguisée en fausse gitane !

L’idée de départ était réjouissante et dans son déroulement, le film trouve ici et là de beaux moments avec tous ces visages vieillissants, toujours aussi "habités" et quelques apparitions touchantes comme celles de Gérard Lartigau ou de Michel Robin qui apportent une émotion trop fugace.

La construction théâtralisée du film s’imposait et elle est surtout réussie grâce aux décors de Jacques Saulnier. Ceux contrastés des deux chambres d’hôtel ou de ce hall de gare stylisé…

Pour le reste, on peut regretter que le spectacle parallèle de la jeune troupe imaginé par Denis Podalydès soit sacrifié et qu’il n’y ait pas eu plus de "regard" des anciens comédiens sur ce traitement moderne du texte d’Anouilh.

Francis Dubois

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