Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

un film de Philippe Lioret (France)

"Welcome" sortie en salles le 11 mars

A Calais, des bénévoles aident les réfugiés. C’est le cas de Marion, jeune professeur d’anglais dans un collège de la ville. Marion est encore l’épouse de Simon, maître nageur à la piscine de la ville. Simon, lui, comme beaucoup de calaisiens ne s’intéresse pas aux problèmes des migrants et il éprouve, lorsqu’il lui arrive de les croiser dans le quartier du port, un vague sursaut de mauvaise conscience.
Un jour, à la piscine il rencontre Bilal, un jeune kurde de dix sept ans qui veut par n’importe quel moyen, rejoindre l’Angleterre où vit avec sa famille, Mina dont il est amoureux depuis l’enfance.
Bilal demande à Simon de lui donner des leçons de natation et celui-ci comprend que, faute d’autres moyens, le jeune garçon a décidé de rejoindre l’Angleterre à la nage.
Peut-être pour reconquérir Marion sur le terrain du militantisme où elle s’implique, il ne se contente pas de donner les leçons nécessaires à Bilal pour mener à bien son projet, mais il le dépanne à l’occasion et prend le risque de l’héberger chez lui, acte qui, à Calais, tombe sous le coup de la loi…
Philippe Lioret est un réalisateur discret au point qu’on peut retenir le titre d’un film qu’il a réalisé comme "Je vais bien, ne t’en fais pas" largement récompensé aux Césars 2006 mais pas son nom, pas plus qu’on ne l’associe à d’autres succès en salles qu’il a réalisés : "Mademoiselle", "L’équipier" ou "Tenue correcte exigée".
"Welcome"son dernier film va-t-il enfin lui donner une notoriété qu’il mérite ? Ce serait justice.
"Tombés du ciel" qu’il réalisa en 1993 parlait déjà du problème des migrants, plus particulièrement de ceux qui, pris au piège d’une législation floue, étaient contraints de survivre dans les aéroports en attendant qu’on décide de leur sort.
Dans "Welcome" il mène de front, deux niveaux de narration : une partie presque documentaire sur les conditions de vie de ces hommes qui se retrouvent coincés à Calais, pourchassés, brimés, humiliés à quelques kilomètres seulement des côtes de cette Angleterre si convoitée et une partie romancée où se croisent deux hommes, l’un lancé dans la reconquête de la femme qui lui échappe et l’autre, presque un enfant, qui nourrit pour une amie d’enfance perdue, un amour qui lui donne toutes les audaces et tous les courages…
Sur cette base de narration, Philippe Lioret, Emmanuel Courcol et Olivier Adam ont tissé un scénario exemplaire qui n’échappe pas aux règles du genre mais qui traite les sujets, la paternité, les méandres d’une rupture amoureuse ou l’attirance homosexuelle avec tant de pudeur et de sincérité, une telle fluidité, qu’on se laisse porter par le film sans la moindre réserve et qu’on adhère pleinement à l’histoire de ces solitudes.
Car "Welcome" raconte une histoire. Ce film, sans complaisance, qui ne porte pas de jugement, se limite à une description réaliste des événements touchant tour à tour au drame social et à l’histoire intime, amenant sans effets, dans des paysages à la fois immenses et clos, les situations et les personnages au niveau de l’épopée.
Il faut ajouter à cette virtuosité de mise en scène, l’interprétation impressionnante de Vincent Lindon. Bougon, grande gueule, maître-nageur en "Marcel", il donne à Simon sur un simple geste hésitant, une posture suspendue, toute une fragilité enfouie et toute la bonté qui va avec…
"Welcome" qui aborde de front un sujet brûlant et dénonce une politique cruelle qui se joue des droits de l’Homme, devrait fédérer tous les publics, celui sensible au sujet mais également celui qui, friand de belles histoires émouvantes, pourrait se laisser aller à considérer, dans toute sa détresse, ce drame humain qui se joue tout près de chez nous.
Francis Dubois


A noter que cette belle histoire fictionnelle est au cœur de l’actualité marquée par de graves mises en œuvre de dispositions répressives à l’encontre de la solidarité de ceux qui aident les étrangers en situation irrégulière, contenues dans des lois votées au cours de ces dernières années dans une relative indifférence en dehors de quelques organisations, notamment syndicales et soucieuses de défendre l’indivisibilité des droits de l’Homme. Ainsi, la Ligue des Droits de l’Homme vient de publier le communiqué que nous reproduisons ci-dessous. Philippe Laville.

Communiqué de la LDH du 7/3/09 :
"Chasse aux migrants, chasse aux citoyens solidaires :
quand l’humanité devient un délit…

Monsieur Eric Besson, « Ministre de l’identité nationale », a déclaré récemment à Calais avoir été « ému » par la situation des migrants et vouloir « humaniser » une « politique de fermeté » (sic).
Quelques jours plus tard, à Norrent-Fontes (Pas-de-Calais), ont été arrêtés 13 migrants originaires d’Erythrée, et avec eux une femme de 59 ans dont la maison a été perquisitionnée et qui a été retenue pendant neuf heures d’affilée pour leur être venue en aide. Un autre militant de Boulogne-sur-Mer a été arrêté le même jour dans les mêmes conditions. Tous deux ont été interrogés dans le cadre d’une affaire d’« aide au séjour irrégulier en bande organisée ».
Il ne s’agit pas, loin de là, d’un acte isolé : Monsieur Besson a programmé les moyens budgétaires d’une politique organisée de poursuite des « aidants ».
Le Comité central de la Ligue des droits de l’Homme, réuni le 7 mars 2009, exprime son entier soutien aux militants de la solidarité de plus en plus souvent menacés et poursuivis pénalement pour avoir obéi à leur conscience en secourant les victimes de la chasse aux migrants.
Il appelle tous les citoyens de ce pays à se faire eux aussi « délinquants de la solidarité » pour ne pas laisser traiter comme des criminels celles et ceux qui défendent les droits fondamentaux et la dignité humaine."

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Menina »
    Luisa est une fillette d’une douzaine d’années née en France de parents portugais et qui a du mal à trouver son identité. Elle est d’une étonnante maturité. Elle porte un regard incisif sur le monde... Lire la suite (17 décembre)
  • « La promesse de l’aube »
    Depuis son enfance difficile en Pologne en passant par l’épisode de son adolescence à Nice, le jeune Romain va suivre sa mère le long de son chaotique tracé professionnel. Une mère battante avec... Lire la suite (16 décembre)
  • « La juste route »
    En août 1945, dans un petit village du centre de la Hongrie, chacun se prépare au mariage du fils du notaire. Alors que la bourgade est plongée dans l’effervescence de la noce, débarquent du train,... Lire la suite (15 décembre)
  • « Maria by Callas »
    Quand Maria Callas disait « Il y a deux personnes en moi : Maria et Callas », s’agissait-t-il d’une formule ou au contraire, du fruit d’une vraie réflexion à propos de sa vie ? Le film de Tom Volf... Lire la suite (12 décembre)
  • « Soleil battant »
    Gabriel et Iris, un couple de trentenaires, sont retournés dans la maison familiale au Portugal où ils ont vécu quelques années auparavant, au cours de vacances, un terrible drame qui les a privés à... Lire la suite (12 décembre)