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Un film de Valeska Grisebach (Allemagne-Autriche-Bulgarie)

« Western » Sortie en salles le 22 novembre 2017.

Une équipe d’ouvriers allemands a été engagée sur un chantier de construction d’une centrale hydraulique, à proximité d’une bourgade, à l’est de la Bulgarie.

La présence de ces hommes sur cette terre étrangère et les conditions de vie précaires éveillent en eux le sens de l’aventure.

Les préjugés des uns et des autres, la difficulté de communiquer à cause de la barrière de la langue et des différences culturelles seront à dépasser s’il veulent approcher et gagner le confiance des habitants.

Cinéma : Western

Valeska Grisebach a grandi avec les westerns des années 70. Elle s’est de tout temps identifiée à leurs héros masculins et c’est à partir de cette frustration de fille qu’elle a éprouvé le besoin d’approcher ce genre cinématographique, l’univers de ces hommes solitaires, isolés, souvent mélancoliques qui ont à voir avec le sujet de la xénophobie .

Comme le héros de western qui personnifie l’indépendance, la liberté et laisse à chaque fois tout derrière lui, Meinhard l’ouvrier de chantier promène d’un épisode à l’autre de sa vie, un visage buriné, des vêtements fatigués, ses outils à la ceinture.

Meinhard qui se présente comme un cow-boy solitaire, à la différence des autres ouvriers de l’équipe, ne cultive pas la nostalgie du déracinement.

Sa nature placide en fait quelqu’un qui peut se trouver chez lui partout où il est.

Alors que l’équipe des hommes divise l’espace de chaque côté de la rivière selon les codes du western en deux espaces distincts, Meinhard, par ses tentatives d’approche auprès des autochtones semble vouloir se construire, même si elle est éphémère, une nouvelle patrie.

Valeska Grisebach bouscule ici le traitement habituel de l’immigration.

Et dans son récit où les rôles sont inversés, ce sont les allemands qui sont devenus les immigrés.

« Western » , film d’hommes s’il en est, traite des rapports rudes qui se tissent à l’intérieur d’une communauté éphémère masculine avec tout ce qu’une situation aussi provisoire peut générer de liberté et contraintes.

Et la cinéaste, tirant parti d’un décor aride, chargé d’hostilité, d’un climat émaillé de rivalités sourdes ou d’amitié virile, donne au récit tous les contours narratifs du western.

Une impression qui se trouve renforcée par la nature de solitaire, l’allure générale et la « gueule » de Meinhard.

Valeska Grisebach, comme à son habitude, s’est entouré de comédiens non professionnels. Les ouvriers de chantier du film pratiquent le même travail dans la vie.

Six cents auditions ont été nécessaires pour distribuer le rôle de Meinhard et celui de Vincent, tous originaires de l’ancienne Berlin-Est et qui, pour la première fois de leur vie, voyageaient hors de l’Allemagne.

Le film a été tourné dans des décors impressionnants dans le sud de la Bulgarie, près de la frontière grecque.

Tous ces éléments, décor, jeu naturel des acteurs et parfaite maîtrise de la mise en scène contribuent à faire de « Western » une œuvre singulière et puissante.

Francis Dubois

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