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Un film de Lenny Abrahamson (Irlande)

"What Richard did " Sortie en salles le 3 avril 2013

Richard Karlsen est un jeune homme de la middle class irlandaise à qui tout sourit dans la vie. Capitaine de l’équipe de rugby locale, il profite pleinement des derniers jours de l’été avant sa prochaine rentrée à l’Université.

Alors que le champ des possibles lui est grand ouvert, survient l’imparable : il commet, sans l’avoir voulu, un acte irréversible qui va le poursuivre dans sa propre vie et bouleverser à jamais celle de certains de ses proches.

"What Richard did  " repose sur le personnage irréprochable d’un garçon d’une vingtaine d’années dont le cheminement de vie est tracé pour un parcours sans faute.

Beau, sain, sportif, intelligent et charismatique, rien ne prédispose son existence à la moindre erreur de parcours.

Richard est guidé par sa propre morale, son propre sens des valeurs. Il a sa propre conception du monde et une idée précise de comment s’y comporter pour que soient respectées à la fois ses propres exigences et celles de son environnement immédiat.

Rien, jamais, ne prédisposait Richard au fait qu’il soit, un jour, confronté à un accident de parcours propre à remettre en cause tout ce sur quoi reposaient ses certitudes.

Y a-t-il des degrés de responsabilité dans le crime ? Peut-on être tenu responsable d’une mort qu’on a provoquée mais sans l’avoir ni préméditée, ni souhaitée, sur la personne d’un être ami.

Faut-il payer toute sa vie pour une mort dictée par un concours de circonstances et le simple fait qu’on était présent au mauvais endroit, au mauvais moment ?

Richard connaît ses capacités à être un individu intègre, son sens de la morale, son respect des autres et de la vie qui le place au-dessus de tout soupçon.

Mais ses propres certitudes le concernant, fussent-elles objectives et sincères, sont-elles suffisantes pour le blanchir et lui permettre après le drame, de vivre sa vie en toute sérénité ?

Puisque rien ne l’accuse et que tout continue pour lui à se passer comme si rien ne s’était passé, peut-il pour autant effacer toute trace de culpabilité ?

Le cas de conscience que pose le film de Lenny Abrahamson est limite au point qu’il peut sembler injuste que Richard doive payer pour une mort dont on pourrait décider qu’elle a été accidentelle et qu’il n’en est responsable que pour une infime part : un geste maladroit, inconsidéré, un geste malheureux qui d’un certain point de vue, au regard de la loi, est considéré comme un crime.

Or, un autre élément intervient dans le récit. Celui-ci se situe dans le milieu plutôt privilégié de la middle class. C’est dans cette middle class que l’Irlande trouve l’élite qui contrôle tout le pays, le système politique, le système éducatif, la finance.

L’appartenance de Richard à cette classe privilégiée pourrait lui procurer une sorte de protection naturelle et c’est sans doute dans ce milieu feutré qu’il puise les éléments les plus à même pour aller dans le sens de son innocence.

Lenny Abrahamson parvient, avec une mise en scène mesurée et sans jamais porter le moindre jugement sur les situations et les personnages, un film sensible sur les frontières de la culpabilité.

Francis Dubois

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