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Un film de Claire Denis (France)

"White Matérial" Sortie en salles le 24 mars 2010

Quelque part dans un pays d’Afrique en proie à une guerre d’indépendance, une femme refuse de quitter son exploitation et d’admettre le danger qui menace sa vie et celle de sa famille. Elle peine à recruter des ouvriers qui lui permettront de mener à bien la dernière récolte de café.
Isabelle Huppert avait demandé à Claire Denis d’adapter l’ouvrage de Doring Lessing, "Vaincue par la brousse". Le projet qui se situait en ex-Rhodésie s’avéra compliqué mais pour Claire Denis, l’idée de réaliser un film avec Isabelle Huppert sur le sujet, fit son chemin et la première image qui s’imposa à Marie Ndiaye, la co scénariste du projet, fut celle d’une femme, minuscule silhouette près d’un caféier, regardant dans le ciel, les gesticulations émanant d’un hélicoptère de l’armée française lui signifiant que le moment était venu pour elle et pour sa famille de quitter le pays.

© Why Not Productions

Le colonialisme à bout de souffle est représenté ici par le personnage de Maria Vial qui s’accroche à la plantation de caféiers qu’elle dirige et qui n’imagine pas de transplanter sa vie et celle des siens autre part, de Michel Vial, le vétéran, propriétaire officiel et homme usé, d’André Vial époux de Maria qui a une vision réaliste de la situation et envisage la vente des terres et de Manuel Vial, fils de Maria et d’André, un jeune homme oisif, attaché pour des raisons d’habitude et de confort à cette existence qu’il a toujours connue.
Le film de Claire Denis fonctionne essentiellement autour du personnage de Maria Vial interprétée par Isabelle Huppert, silhouette menue, presque juvénile, face au décor géant de la plantation, verdoyant et poussiéreux. Egalement minuscule face au bouleversement historique de la décolonisation en marche, une réalité que ses convictions profondes de blanche refusent viscéralement de prendre en compte. Minuscule encore, face à sa responsabilité, quand elle engage, par son obstination à rester sur place quoiqu’il en soit, la vie du reste de la famille. Et à ce titre, le choix d’Isabelle Huppert est ambigu. Certes le talent de l’actrice est intact mais on peut se demander si la fragilité de la silhouette prive Maria de tout un pan du personnage ou si, au contraire, elle lui donne une ampleur d’une autre nature. L’exploit physique de cette femme amenée à conduire au cours du récit, de gros tracteurs, une moto, un camion, de hisser des paniers remplis de cerises de café, tient plus à la volonté, à l’acharnement qu’aux possibilités permises par la mince stature. L’obstination conduite jusqu’à l’aveuglement, poussée jusqu’à une attitude destructrice inconsciente rejoint insensiblement la folie comme un dernier refuge. Une folie de la même nature que celle qui saisit le personnage du fils dans ses ultimes agissements.
L’usage que Claire Denis fait du décor, le parti qu’elle tire des habitations décadentes ou de celles dont la construction n’a jamais été achevée comme par prémonition, des pistes poussiéreuses et bosselées, de l’enchevêtrement végétal, créent des atmosphères étouffantes de danger imminent, de fin de parcours et d’essoufflement d’une époque. Mais aussi de l’extrême fatigue qui en résulte. Il n’y a aucune psychologie dans "White Matérial". Dans ce film, les choses se racontent d’elles-mêmes et les personnages, même rétifs, s’engagent, habités par des émotions extrêmes et malgré eux, sur le chemin inéluctable du cours de l’Histoire.
Francis Dubois

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