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Un film de Noaz Deshe (Tanzanie / Allemagne / Italie)

"White Shadow" Sortie en salles le 11 mars 2015.

Alias, un jeune albinos tanzanien, après avoir assisté au meurtre de son père dans les conditions les plus barbares, est recueilli par son oncle Kosmos, un modeste chauffeur de camion endetté et menacé par son employeur.

Alias est confronté aux dures lois de la ville et des trafics en tous genre. Dans une décharge, il tente de récupérer des pièces d’ordinateurs et des claviers qu’il revend. Les seuls moments de sérénité, il les doit à la présence d’Antoinette, la fille de Kosmos.

La couleur de sa peau représente pour l’adolescent une menace permanente liée à des croyances tribales dévoyées, des peurs ancestrales, des réflexes de superstition et de magie noire à l’origine de trafics d’organes.

La Tanzanie veut en finir avec le meurtre des albinos (entre 2008 et 2010 ont été recensés 200 assassinats et des centaines de disparitions) en interdisant les actes liés à la sorcellerie.

Certaines croyances populaires persistantes attribuent aux albinos des pouvoirs maléfiques.

C’est dans ce pays de l’Afrique de l’Est où se pratiquent des trafics d’organes que les albinos sont les plus exposés, leurs organes étant recherchés pour leurs pouvoirs soi-disant magiques.

Cinéma : White shadow

Le film de Noaz Deshe n’est pas un documentaire sur les conditions de vie des albinos en Afrique de l’Est. Il n’est pas non plus totalement une fiction bien qu’Alias soit un personnage à part entière.

Deux éléments de mise en scène brouillent les pistes et font de " White Shadow " une œuvre à part, difficile à classer dans un genre cinématographique.

La caméra est hésitante, hésitant à filmer, souvent dans une demi-pénombre, les visages et les corps au point de les rendre anonymes. L’utilisation de la caméra à l’épaule qui donne parfois l’impression qu’on est dans un reportage.

Le parti-pris est plus esthétisant que soucieux de restituer dans sa vérité, une situation particulière (la scène où l’oncle Kosmos est sauvagement battu par ceux à qui il doit de l’argent en est un exemple).

De constantes digressions éloignent du sujet du film et nous entraînent par exemple à assister à un combat d’araignées avec paris engagés.

La construction du film souffre de ces différentes (et contrastées) options narratives, surtout quand s’ajoutent, à une image sophistiquée, des scènes merveilleusement réussies comme celle ou Alias, retrouvant son âme d’enfant engage, avec des bâtons en guise d’arme, un jeu de combat avec Salun ; ou celle où Salun transforme la difformité de son corps en grâce, pour un moment de danse improvisé.

" White Shadow " est un film troublant et dur qu’il faut peut-être pour l’apprécier pleinement, voir comme une peinture de l’enfance ailleurs, passée par le prisme de la différence, ou une anomalie du grain de peau peut donner lieu aux pires dérives et à des certitudes dévoyées…

Francis Dubois

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