Actualité théâtrale

Au Théâtre de la Cité Internationale, partenaire Réduc’snes

"Wittgenstein incorporated" Un texte de Peter Werburgt, mise en scène de Jan Ritsema

Le texte correspondant aux trois cours que donne le philosophe Wittgenstein à l’université de Cambridge, devant un public d’assistants, sur la question de la croyance.
L’endroit où ont lieu les cours est improbable mais c’est par sa minutieuse description que commence le spectacle : un lit de camp recouvert de couvertures soigneusement pliées, des sièges, une porte entrouverte donnant sur une mystérieuse pièce, au plafond, un ventilateur dont le bruit du moteur couvre parfois la voix du professeur.
On découvre très vite que le texte avance sur deux niveaux, un discours direct sur la question de la croyance émaillé d’exemples concrets et simples et un discours indirect comportant didascalies, remarques sur le comportement de Wittgenstein et plus tard des assistants, détails sur le décor.

Wittgenstein (Photo D_R)

Wittgenstein aimait parler plutôt qu’écrire. La matière de ses exposés lui venait en parlant et les idées qu’il développait durant ses cours, il les fabriquait au fur et à mesure. Le philosophe est à l’affût des pensées qui lui viennent et la décision d’en choisir une entre toutes, de l’exposer, de la décortiquer, de l’assortir d’exemples, relève de l’impromptu. Le tâtonnement, la recherche du sens caché des mots, une touche de modestie ou de prudence et nous sommes bien loin des certitudes et des méthodes courantes de la transmission de la connaissance.
"Mes doutes constituent un système" déclare Wittgenstein et son homologue dans la pièce dit à propos d’un assistant "S’il était raisonnable, au moins il douterait".
La réflexion philosophique que submerge parfois l’abondance du descriptif, description des attitudes, des gestes, des déplacements, de la qualité ou de la quantité de lumière, de la position d’un meuble ou du degré d’entrebâillement d’une fenêtre, resurgit tout à coup et l’on constate à quel point, cette observation minutieuse du détail le plus infime était nécessaire, pour que la parole du philosophe prenne toute sa éclairage, toute sa portée…
Le magnifique texte de Peter Verburgt est servi par un comédien de grand talent, Johan Leysen. Il donne, par une gestuelle virtuose, réduite à quelques mouvements répétés mais à chaque fois d’une étonnante efficacité, au philosophe, tout ce qu’il y a chez lui de tâtonnant, de modeste, de lumineux, de drôle. Une sorte de démarche qu’on pourrait qualifier de ludique et qui finit par révéler une pensée rigoureuse . La magie du texte et la finesse de l’interprétation lèvent progressivement le voile sur ce qui persistait de zones d’ombre et transforme les silhouettes d’abord floues en vrais personnages.
Le texte et le jeu en parfaite harmonie produisent un effet de facination. Une démarche originale et un beau moment de pur théâtre.
Francis Dubois

Théâtre de la Cité internationale
17 boulevard Jourdan 75 014 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) :
01 43 13 50 50 ou www.theatredelacite.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « An Irish story »
    En 1949, Peter O’Farell quitte son pays l’Irlande du Sud à 19 ans pour venir chercher du travail à Londres, emmenant Margaret, sa jeune femme de 16 ans enceinte. Mais la vie à Londres est dure pour... Lire la suite (16 avril)
  • Voyage au bout de la nuit
    « Voyage au bout de la nuit » est repris du 16 avril au 1er juin du mardi au samedi à 21h Théâtre Tristan Bernard 6 rue du Rocher, 75008 Paris Réservations : 01 45 22 08... Lire la suite (12 avril)
  • « L’amour en toutes lettres »
    Dans les années 30, l’Abbé Viollet dirigeait des revues catholiques et s’occupait du courrier des lecteurs. Des hommes et des femmes lui confiaient leurs interrogations, leurs préoccupations, leurs... Lire la suite (12 avril)
  • « Deux mensonges et une vérité »
    Ne dîtes jamais à votre conjoint que vous vous connaissez par cœur, que, après vingt-sept ans de mariage, rien ne peut plus vous surprendre. C’est pourtant l’erreur que commet Philippe, et Catherine... Lire la suite (10 avril)
  • « Les chaises »
    On sort du théâtre de l’Aquarium avec l’impression d’avoir vu pour la première fois cette pièce, pourtant si souvent jouée comme il sied à un classique du XXème siècle. Parce que Ionesco est catalogué... Lire la suite (5 avril)