Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Yolande Zauberman (France)

"Would you have sex with an arab ?" Sortie en salles le 12 septembre 2012

Yolande Zauberman a promené sa caméra au cœur de la nuit, des bars de Tel-Aviv aux ruelles de Jérusalem. Dans les boîtes de nuit où l’on danse, rit, boit, se côtoient des juifs et des arabes, tous citoyens d’un même pays : Israël.

Aucun mur ne les sépare ici. Un israélien sur cinq est un arabe. Et pourtant, dans ce contexte à l’écart de la douloureuse réalité, la question posée surprend, qu’elle soit :"Would you have sex with an arab ?" aux uns, ou "Would you have sex with an Israël Jew ?" aux autres.

Troublés, amusés, désemparés, ils s’étonnent de leurs propres réactions. Beaucoup ne s’étaient jamais posé la question. Oui, non, peut-être, pourquoi pas, surtout pas. Une barrière invisible apparaît et le danger du désir aussi.

Alors qu’elle était en train d’écrire le scénario de son prochain film, " L’amant palestinien" qui retracera l’histoire d’amour de Golda Meir jeune avec un homme libano-palestinien, Yolande Zauberman a ressenti la nécessité de compléter son travail d’écriture par une enquête. C’est de cette interrogation, des entretiens qu’elle a faits à cette occasion, des réponses qu’elle a obtenues, qu’est né son documentaire " Would you have sex vith an arab ?".

En Israël, il existe une marge contenue au sein même de la société. Ce sont ces 1, 5 millions d’arabes, palestiniens détenteurs de la nationalité israélienne. Ils sont pour la plupart musulmans, fréquentent les mêmes universités, prennent les mêmes bus et ont peur des mêmes bombes.

Yolande Zauberman a travaillé à ses entretiens dans l’enceinte de l’Université, sur les campus et dans les lieux de la nuit, boîtes de nuit et salles de concerts, dans les lieux où le langage des corps et des yeux favorise les rencontres, des lieux de frivolité qui paraissent paradoxalement les plus adaptés pour aborder, sans trop choquer, un problème aussi lourd que celui des rapports amoureux entre les deux communautés.

Souvent la question, qu’elle soit posée à brûle-pourpoint ou qu’elle survienne au cours d’une conversation, est prise comme un jeu. On y répond comme s’il s’agissait d’une boutade où l’on détecte, derrière les rires qu’elle provoque, les signes du malaise.

Les réponses sont généralement fuyantes mais il y a aussi celles, plus rares, qui sont directes et il est probable que le partage entre les oui et les non soit le reflet de ce qu’on pense de façon générale des rapports israélo-palestiniens.

Dans une des scènes de la dernière partie du film apparaît la figure travestie de "la fiancée de Palestine", qui descend dans une robe rouge le Boulevard Rothschild à Tel-Aviv.

Alors que chacune des personnes interrogées semble rivée au clou de son identité, lui (elle) apparaît comme quelqu’un qui a dépassé le problème. Il (elle) est des deux côtés à la fois, à la fois homme et femme, israélien et palestinien. Il (elle) aborde avec la même liberté les phobies palestiniennes et israéliennes et en s’interrogeant sur le sens du mot ennemi, devient une des plus belle image/séquence du film.

Dans le film de Yolande Zauberman, on cite souvent le poète Mahmoud Darwich qui était un arabe israélien dont la notoriété a permis, avec le poème qu’il écrivit sur sa maîtresse juive, d’imposer dans Beyrouth assiégée par l’armée israélienne, une chanson d’amour à l’ennemi.

Si " Would you have sex with an arab ?" souffre parfois de redites, le film a le mérite de mettre le doigt sur un sujet tabou et de révéler ici et là, des avis surprenants sur la question.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Zibilla ou la vie zébrée »
    Zibilla est une jeune zèbre qui a été adoptée par des parents chevaux. Dans l’école où elle va et où tous les élèves sont des enfants chevaux, ses rayures sont sujet à de constantes moqueries. Si bien... Lire la suite (12 novembre)
  • « J’aimerais qu’il reste quelque chose »
    « J’aimerais qu’il reste quelque chose », c’est la phrase que prononce une donatrice sans descendant qui vient déposer des documents personnels relatifs à la Shoah dont elle est en possession et qui n’a... Lire la suite (12 novembre)
  • « Le bel été »
    Amed, Mohamed et Wally, réfugiés de Guinée et du Mali ont été recueillis par Robert, Simon et Sophie dans leur maison du bord de la Manche, siège de l’association « des lits solidaires » Ils vont... Lire la suite (11 novembre)
  • « Rendre la justice »
    En France, l’appareil juridique apparaît le plus souvent comme une machine infernale, opaque, mystérieuse, impersonnelle à laquelle il vaut mieux ne pas avoir à faire, qu’il vaut mieux ne pas... Lire la suite (9 novembre)
  • « Noura rêve »
    Jamel a été condamné à une peine de prison ferme pour différents vols, escroqueries et récidives et Noura a demandé le divorce d’autant plus déterminée à retrouver sa liberté qu’entre temps elle a... Lire la suite (9 novembre)