Actualité théâtrale

Au Montfort Théâtre, partenaire Réduc’ Snes, jusqu’au 06 avril

"Woyzeck [Je n’arrive pas à pleurer]" De Georg Buchner et Jean-Pierre Baro

La programmation du Montfort est toujours intéressante et Jean-Pierre Baro y avait montré, l’an dernier, un " Ivanov " très réussi. On pouvait donc s’attendre à ce qu’il nous propose, de nouveau, un spectacle de bonne qualité.

Malheureusement, force est de constater que l’on est bien déçu de son " Woyzeck. "  !

" Woyzeck " est la dernière pièce, inachevée, de Buchner. Il en a laissé des bribes, non reliées entre elles. Cela fait l’affaire de metteurs en scène, qui peuvent laisser leur imagination combler les vides. C’est ce que fait Jean-Pierre Baro, en intercalant dans l’histoire de Woyzeck, celle de son propre père, immigré sénégalais, ex-enfant de troupe, puis technicien chez Dassault. Les deux histoires se côtoient sur la scène, celle du père, racontée par la mère, et celle de Woyzeck. Le lien entre les deux histoires n’est pas immédiatement évident et même si l’on comprend petit à petit le propos de Jean-Pierre Baro, cela reste quand même assez " tiré par les cheveux ".

Les deux sont en effet de pauvres gens, victimes de la société de leur temps. Woyzeck sombre dans la folie, méprisé et humilié par le Docteur et par le Capitaine, le père de Baro sombre dans l’alcoolisme, victime du racisme ambiant. Mais s’en tenir à cette analogie, c’est nié que Woyzeck est surtout une histoire de passion amoureuse et de jalousie, qui débouche sur le meurtre de Marie, l’amante infidèle.

La mise en scène n’arrange rien : les effets sont appuyés, le rythme, déjà lent, est encore alourdi par des scènes qui n’apportent rien à l’histoire ou qui auraient dû être très raccourcies (notamment, celle, très lourdingue, où Simon Bellouard, qui joue l’amant, intervient nu – pourquoi nu ? - pour s’en prendre à Woyzeck). Le personnage de l’Italien, non plus, n’apporte pas grand chose. Les actrices s’en sortent bien, en particulier Cécile Coustillac, qui joue la mère. Mais le jeu de l’acteur principal, Adama Diop, qui interprète à la fois Woyzeck et le père, reste énigmatique. A tel point que même la scène du meurtre de Marie ne dégage aucune intensité dramatique. L’émotion ne passe jamais. La seule bonne idée est l’intervention de la vidéo, sur un écran en fond de scène, et celle de la musique, piano-jazz, d’un côté, juke-box et rock de l’autre. Cela fait peu ….

Ce n’est quand même pas fréquent, au Montfort, que l’on voit autant de gens quitter la salle en cours de représentation... Dommage !

Sylvie Chardon

Le Montfort

106 rue Brancion – Paris 15°

www.lemontfort.fr

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 56 08 33 88

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)