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Un film de Pierre Thoretton (France)

"Yves Saint Laurent-Pierre Bergé, l’amour fou" Sortie en salles le 22 septembre

On en savait déjà beaucoup sur les deux hommes, le couturier qui, à 21 ans, prend la suite de Christian Dior à la tête d’une des plus prestigieuses maisons de la Haute couture française et l’homme grand amateur d’art, mécène et ami de François Mitterrand. On savait que c’est en s’associant, que les deux hommes ont créé avec le bonheur qu’on sait, la maison Yves Saint Laurent. On savait que l’amour qui les réunissait avait fait fi de tous les obstacles pour battre un record de longévité amoureuse.
On savait les maisons, celle de Normandie, celle du Maroc et l’existence d’une prestigieuse collection d’œuvres d’Art dont les pièces mises aux enchères ont été vendues pour certaines, plusieurs millions d’€uros…
Le titre du film de Pierre Thoretton promettait de revenir sur cet amour, sur le coup de foudre, sur la complicité, les affinités et le mystère de ces cinquante années d’une relation avec des hauts et des bas qui ne s’est jamais démentie.
Mais rien de cela n’apparaît pendant l’heure trente que dure la projection. Ou si peu. Et le film revient sur ce qu’on savait déjà. Les appartements d’un luxe inouï, la maison proustienne de Normandie, l’accumulation de tableaux de maîtres, de sculptures, d’objets précieux. La somptueuse maison de Marrakech, son décor typique, ses jardins foisonnants. Si on s’en remet à ce que nous livre Pierre Thoretton de cet amour fou, il aurait surtout reposé sur les affinités artistiques, sur leur goût de collectionneurs, sur une complicité professionnelle mais rien ne filtre de la tendresse et de l’attachement.
Faut-il lire dans la douleur d’une séparation momentanée, la force de leur amour ? Faut-il comprendre dans l’amour fou, les folies extérieures aux sentiments, le même goût débridé pour l’acquisition de ces richesses ?
La caméra de Pierre Thoretton aime bien les visages mais peut-être plus encore la profusion des objets, des peintures et sculptures ou les jardins ou encore les maisons acquises sur des coups de foudre. La très belle photographie s’ajoutant au luxe des motifs, finit par provoquer un phénomène de saturation, de lassitude et un certain nombre de questions se posent.
Ce film sur la richesse, sur les richesses, n’est-il pas décalé et provocateur à l’époque difficile où nous vivons. A qui s’adresse-t-il ? Qui s’intéressera à des collections, à des intérieurs d’un tel luxe ? Un monde où l’on passe son permis de piloter un hélicoptère pour aller passer ses week-end en Normandie n’appartient pas à la réalité mais à la fiction.
Alors pourquoi, au lieu de cet étalage de luxe n’est-il pas question dans ce film des sentiments profonds d’amour et de tendresse qui ont certainement dû exister et lier les deux hommes ?
Francis Dubois

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