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Un film de Jalil Lespert (France)

"Yves Saint-Laurent" Sortie en salles le 8 janvier 2014

Avec la réalisation d’ "Yves Saint-Laurent ", Jalil Lespert s’est attaqué à un projet ambitieux, celui de couvrir, avec un film d’une durée d’une heure quarante, la vie du célèbre couturier depuis l’année 1957 où, à tout juste vingt et un ans, il se voit proposer la direction de la maison de couture fondée par Christian Dior, jusqu’à la fin de sa vie.
Plus de quatre décennies en tout.

Si le film est plutôt agréable à regarder et comporte des séquences très réussies, le défi que le jeune réalisateur s’était fixé de multiplier les épisodes tout en faisant exister son personnage, n’est pas tout à fait abouti.

Le scénario ratisse trop large et fait preuve d’une trop grande boulimie narrative.

Était-il nécessaire par exemple de faire un crochet par la guerre l’Algérie sous prétexte que la famille d’Yves Saint-Laurent vivait à Oran en 1957 ?

Le souci étant d’être au plus près du personnage, y compris dans ses aspects sulfureux, il fallait passer par les excès d’alcool ou la présence du grand couturier sur des lieux de drague homosexuelle.

Ces séquences, forcément courtes, sont des vignettes qui s’ajoutent au motif central du film ; le talent du couturier, les moments de gloire avec les défilés et le couple amoureux et complice que Saint-Laurent forme avec Pierre Bergé.

Ce besoin pour Jalil Lespert d’introduire systématiquement des moments témoins, de les multiplier comme il multiplie les personnages annexes inutiles (Betty Catroux ou le peintre Bernard Buffet), finit pas submerger l’essentiel, par brouiller les personnages d’Yves Saint-Laurent et de Pierre Bergé, la force de la passion qui les unit et à mettre en péril le jeu des comédiens qui les interprètent.

Pierre Niney, dont le talent ne fait pas de doute, s’applique tant à rendre la timidité du couturier par un phrasé hésitant, que sa maladresse exprimée en devient excessive et que le comédien s’y perd parfois.

Guillaume Gallienne, bien qu’il soit omniprésent à l’image, apparaît comme un personnage en retrait et, malgré les démonstrations amoureuses et de complicité, ne parvient pas à exprimer la passion.

Il aurait sans doute fallu faire des choix tant dans les épisodes de la vie d’Yves Saint-Laurent que parmi les personnages qui ont gravité autour de lui.

Peut-être aurait-il été préférable de privilégier certains moments de la vie du couturier et de s’y tenir.

Les épisodes les plus réussis du film sont ceux qui restituent l’atmosphère familiale et bon enfant de la "famille Yves Saint-Laurent", la bonne humeur, les scènes d’atelier.

C’était sans doute ce qui était le plus difficile à filmer.

C’est la preuve que c’est bien par un problème d’équilibre de narration et de construction que le film pêche.

Francis Dubois

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