Actualité théâtrale

Théâtre du Lucernaire

"Zazie dans le métro" Jusqu’au 12 avril

Zazie, une enfant insolente et libre, qui manie l’argot et les grossièretés avec délice, est confiée par sa mère à son oncle Gabriel, pour deux jours à Paris. Zazie rêve de prendre le métro, mais il y a grève et Zazie de s’écrier « Ah les salauds, ah les vaches ! Me faire ça à moi, moi qu’étais si contente, et tout, d’m’aller voiturer dans le métro. Sacrebleu, merde alors ». Avec Gabriel elle va tout de même découvrir Paris avec son ami le « taximan » Charles, celui qui attend, et faire de multiples rencontres. C’est un chemin initiatique que décrit Queneau dans son roman, celui d’une petite fille faussement ingénue qui s’interroge sur l’identité sexuelle (son tonton qui est danseuse dans un cabaret est-il « hormosessuel » ?) et qui, à travers ses remarques ironiques, révèle l’absurdité du monde des adultes.

La fraîcheur, la drôlerie, la langue de Queneau sont admirablement conservés dans l’adaptation qu’en fait Sarah Mesguich, également metteure en scène de la pièce. On peut signaler qu’elle et sa compagnie du Théâtre mordoré sont engagés depuis 2010 dans des projets socio-éducatifs en direction des enfants défavorisés du XIXème arrondissement. Tantôt conteuse, tantôt héroïne de la pièce, Zazie franchit avec fluidité les frontières entre le roman et le théâtre. Elle part dans la Régie ou dans la salle et rend le spectateur complice de ses découvertes. Bruits de gare, de circulation automobile, images d’immeubles et de monuments parisiens projetées sur le taxi, façon pot de yaourt, où s’entassent Gabriel, Zazie et le « taximan » Charles, c’est le voyage de Zazie que nous suivons, jusqu’au repas final qui entraîne tout ce petit monde dans le chaos. Et Zazie peut conclure : « J’ai vieilli ».

Joëlle Luthi est une Zazie parfaite, petite blondinette à la silhouette enfantine, qui ponctue avec insolence ses phrases par des « mon cul », rêve de bloudjinnzes et sème le désordre par son sens de la répartie et ses questions qui font mouche. Elle se fraie son chemin avec détermination, entre révolte et acceptation des règles du monde adulte. Elle imprime à la pièce un rythme effréné, où l’attention, la surprise et le rire ne faiblissent jamais. Jacques Courtès campe le colosse Gabriel, le tonton de Zazie, qui pourrait bien être sa tata, si on en croit la fin de la pièce. Le béret sur la tête ou en robe sexy, il est celui qui protège Zazie et qui l’aide à grandir. Tous les autres comparses sont parfaits, que ce soit Charles Willmott en chauffeur de taxi à la recherche de l’âme sœur, Amélie Saimpont qui passe d’un rôle féminin à l’autre et Alexandre Levasseur tantôt commerçant, tantôt satyre, tantôt flic.

On est surpris, ravi, on rit, on se régale de la langue de Queneau et pourtant rien n’est oublié des questions, toujours d’actualité, qu’il pose dans son roman concernant l’identité sexuelle et la valeur de la liberté. C’est un régal.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 17h
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS
Réduc’SNES sur réservation : 01 45 44 57 34

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