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Un film de Michel Khleifi (Palestine-Royaume-Uni-Belgique-Emirats Arabes Unis)

"Zindeeq" Sortie en salle le 3 octobre 2012

Un cinéaste palestinien possesseur d’un passeport européen revient à Nazareth à l’occasion des obsèques de son oncle.

C’est un incorrigible séducteur sur le point de rompre avec sa compagne qui est également son assistante, une précieuse collaboratrice dont il voudrait conserver l’amitié même si son donjuanisme forcené l’empêche de résister à une nouvelle aventure sentimentale.


Les difficultés qu’il rencontre, à Nazareth qu’il s’obstine à considérer comme sa propre ville et sur cette terre qui l’a vu naître, l’amènent à s’interroger sur le choix qu’ont fait ses parents de demeurer en Palestine-Israël en 1948.

L’étau des tracasseries administratives, celui du danger où l’expose son retour ne cessent de se resserrer jusqu’à ce que l’hostilité autour de lui devienne palpable et qu’il en ressente une oppression de tous les instants.

Le film repose essentiellement sur le personnage du réalisateur, preneur de vues infatigable jusqu’à devenir le témoin de sa propre histoire, et sur le déroulement chaotique et douloureux de la nuit d’errance qu’il va être amené à vivre.

Plongé dans une incompréhension de plus en plus grande, il va se voir refuser une simple chambre où passer la nuit par tous les hôtels de la ville, malgré son passeport européen.

La fatigue à laquelle s’ajoutent sa confrontation à des dangers réels vont lui faire prendre la mesure de son état d’exclu, de ce rejet auquel il ne s’attendait pas.

Et par l’effet de prisme qui s’en suit, il va se trouver confronté aux fantômes agités de sa propre vie et de celle du peuple palestinien, présences fantasmées qui s’avéreront être aussi dangereuses que les occupants eux-mêmes.

Ces fantômes, le réalisateur exténué ira à leur rencontre jusque dans la maison qui l’a vu naître, aujourd’hui en état de ruine et désertée.

Avec " Zindeeq" , Michel Khleifi nous fait partager cette plongée dans ce qui a cessé aujourd’hui d’être son univers.

Il utilise l’hostilité ambiante qui émane de l’obscurité, les ombres qui la sillonnent, la déformation du réel à laquelle l’expose son extrême fatigue, pour donner toute sa dimension à la violence de cette Nazareth chaotique emplie de colère et de vendettas.

Dans tous ses films, Michel Khleifi a posé de façon récurrente la question fondamentale du traumatisme de 1948.

Ici, à cette question, il ajoute le profond changement qu’a subi la ville sous l’effet de la globalisation. Le développement de l’individualisme, le culte de l’argent, l’autorité des petits chefs et la peur de prendre des initiatives ont eu raison d’un monde et de ses traditions hospitalières.

Quant aux vendettas auxquelles il fait référence dans son récit, elles sont le fait de dérives, le reflet des tensions économiques de la ville complètement encerclée par les israéliens et de la réalité coloniale.

Francis Dubois

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