Actualité théâtrale

Jusqu’au 14 février au Théâtre Douze

« Zoom » L’itinéraire d’un enfant pas gâté

Dans une salle des professeurs où le professeur principal tarde à arriver, une femme, la mère de Burt, « un enfant difficile », se lance dans un long monologue. Elle qui n’arrivait pas à parler, dit dans un flot de paroles intarissable son vécu de mère célibataire, de femme qui n’a été aimée ni par sa mère, ni par celui qui lui a fait un enfant, ses difficultés face à l’école et aux services sociaux, des mondes dont elle n’a pas les codes, ses ambitions pour son enfant, elle qui n’avait pour ambition que d’être tolérée, et l’énergie folle qu’elle déploie pour l’amener à réussir ce dont elle rêve pour lui.

Théâtre : Zoom

Le texte de Gilles Granouillet dit tout ce que la sociologie nous enseigne sur les voies de garage où se trouvent enfermées les catégories les plus défavorisées : échec scolaire, maladresses, inefficacité et violence des services sociaux, rêves sans espoir de réussite sociale glamour, une succession d’humiliations qui brisent peu à peu la personne. Il met à nu la détresse de cette femme qui ne maîtrise ni le langage ni les codes des Institutions, qui rêve de ce qu’elle imagine être le meilleur pour son enfant et ne peut s’échapper que dans la violence, puisqu’elle n’a pas les mots. Mais ce n’est pas un cours de sociologie qu’il nous propose, c’est la parole d’une femme qui arrive enfin à dire ses émotions, son amour, à cesser de rêver pour son fils, à l’écouter et à en être fière. Et le torrent de mots qui sort de sa bouche nous bouleverse.
Annette Benedetti, dans une mise en scène sobre de Jean-Marc Galera, est cette femme avec son jean, son petit blouson et son grand sac clinquant, mâchonnant son chewing-gum, riant pour cacher sa gêne, ne maîtrisant pas toujours la syntaxe, mais qui une fois lancée ne s’arrête plus et dit tout ce qu’elle a sur le cœur. Elle a une énergie folle, elle nous entraîne dans les castings, dans le bureau du proviseur, sur les bancs du tribunal, elle nous fait rire ou nous emporte au bord des larmes. Elle est formidable.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30
Théâtre Douze
6 avenue Maurice Ravel, 75012 Paris
Réservations : 01 44 75 60 31
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Motobécane"
    "Motobécane" est repris du 3 novembre au 30 décembre (sauf les 24 et 25 décembre) Novembre : les dimanches à 17h30 et les lundis à 19h Décembre : lundis et mardis à 19h, mercredis à 21h15,... Lire la suite (16 novembre)
  • « Waynak »
    Les plus vieux d’entre nous avaient rêvé d’un monde sans guerre. Pourtant elle était toujours là, mais plus loin. Et puis maintenant elle n’est plus loin, juste de l’autre côté de la Méditerranée. Les... Lire la suite (16 novembre)
  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)