Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

De quelques lectures estivales en poche.(2)

Zweig Du côté de la Vienne de l’avant-guerre.

Stefan Zweig nous fait le plaisir de revenir de temps à autre dans l’actualité éditoriale. Ce grand écrivain lié par toutes les fibres de son corps et de son esprit à la Vienne de l’entre deux guerres fut le contemporain de toutes les créations à commencer par celles de la psychanalyse. Ses œuvres ont fait l’objet d’une édition dans La Pléiade sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre et dans une traduction de Bernard Lortholary. Folio Classique nous permet d’avoir accès à quelques extraits sous la forme de nouvelles qui sont autant de courts romans. « Amok », histoire d’un médecin colonial qui se morfond dans un village de Malaisie trouve sur son chemin une femme hautaine dont il croit tomber amoureux. Une manière de rompre sa solitude.
« Vingt quatre heures de la vie d’une femme » traite le même sujet, mais avec d’autres yeux et d’autres préoccupations. Une veuve anglaise a le coup de foudre pour un jeune homme perdu par la fièvre du jeu. Un tissu de relations étranges fait de passions dont la moindre n’est pas la pitié dangereuse qui enchaîne les individus les unes aux autres. Comment s’en débarrasser ? Une leçon de psychanalyse qui a, paraît-il, beaucoup impressionné Freud lors de sa parution en 1925.
« Angoisses » - « La peur » a été longtemps la traduction de « Angst » - d’une femme qui trompe son mari par désœuvrement et se retrouve enfermée dans la toile d’araignée des conventions sociales, des préjugés et des pulsions refoulées. Le roman policier naissant a vraisemblablement influencé Zweig pour ce roman paru en 1913. Le frisson – « Thriller » - n’est pas absent. A son tour le dénouement a dû marquer plus d’un futur auteur de « polar ».
Le dernier mais pas le moindre est un chef d’œuvre incontestable, de ces romans qui font partie des trésors de la littérature. « Nouvelles du jeu d’échec » - ou « Le joueur d’échec » - a été achevé à la veille du suicide de l’auteur en 1942. Les passions qui détruisent, l’intelligence au service du néant mais surtout la description moderne du basculement du monde en train de s’opérer dans ces années de guerre. Zweig a la prescience des déstructurations/restructurations en train de s’opérer. Il sait que « son » monde est en train de sombrer, celui de la Vienne intellectuelle et ouverte à toutes les créations, à toutes les rencontres.
Une autre traduction de ce même texte est proposée dans la collection Folio bilingue, « Le joueur d’échec, Schachnovelle » par Olivier Mannoni pour se rendre compte de la richesse de ce roman de Zweig.

Nicolas Béniès.

« Amok », « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme », « Angoisses », « Nouvelle du jeu d’échec », Stefan Zweig, traduit par Bernard Lortholary ; « Le joueur d’échec, Schachnovelle », traduit pat Olivier Mannoni, Folio bilingue.

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