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Un film de Laurent Bouhnik (France)

"Q" Sortie en salles le 14 septembre 2011

Cécile, jeune femme enfant, objet de désir, provocatrice et extravertie assume sans limites sa vie sexuelle libérée. Liée à Chance, un garçon de la même trempe qu’elle, elle séduit ou envoûte tout sur son passage : Matt et sa petite amie Alice, douce mais incandescente, Yves, marié à Virginie qu’un événement douloureux passé a rendue frigide…
D’entrée de jeu, le film de Laurent Bouhnik se présente comme une œuvre pornographique ponctuée de moments où des femmes au bain, échangent dans une totale nudité, des propos à relatifs à leur vie sexuelle.
Ces scènes revenant en leit-motiv, même avec un texte cru et une caméra qui ne manque au passage aucun pubis, annonce cependant que le film, qui accumule pourtant fellations, masturbations, caresses de toutes sortes ne s’en tiendra pas à un simple exercice pornographique. Cécile, sauvageonne gourmande, abandonnera en cours de route son machiavélisme et ses provocations pour révéler à chacun des protagonistes sa nature profonde et son authenticité.
Dans sa construction et dans celle de ses personnages, le film de Laurent Bouhnik agit à la manière des tours de magie, sans qu’on ne voie goutte dans les transformations et métamorphoses.

Cécile, dont la gourmandise amoureuse est lisible dès sa première apparition devient, sans renoncer à rien de ses réflexes pervers, une sorte d’ange diabolique.
Par quel tour de passe-passe le réalisateur parvient-il à rendre toute sa pureté sauvage à des situations scabreuses ou de la plus grande audace.
Aurait-il, à travers, l’authenticité maquée de ses personnages sulfureux, tracé le portrait audacieux mais juste, d’une jeunesse égarée dans une époque à n’y rien comprendre. Recherchent-ils, par des débordements de comportement, à concilier une vie sociale bouleversée par les problèmes actuels et leur vie intime.
Comment, sinon par l’excès, jouir de leurs sens dans un monde plus propice au désespoir qu’à l’extase.
Le récit de Lurent Bouhnik est bien implanté dans la France d’aujourd’hui où le chômage contraint les jeunes gens à des dérives, où la chaparde, les petits trafics, la vente de son corps sont sur le point de faire leur entrée dans la normalité.
"Q" le titre du film n’est pas une façon masquée de dire "cul". C’est plutôt la première lettre du mot "question" à propos du rôle de l’artiste aujourd’hui.
Le rôle de l’artiste, ici le cinéaste, n’est-il pas de secouer les idées reçues, de refuser le carcan de la bienséance, de contourner la pensée commune pour montrer sans hypocrisie le monde tel qu’il le perçoit depuis sa place de créateur ?
On refusera ce film si on s’arrête à la provocation des images, de certains dialogues et comportements. On le considérera comme une œuvre poignante, sensible et totalement aboutie si on sait lire dans l’audace du cinéaste et dans le professionnalisme de ces jeunes comédiens qui n’ont aucune expérience dans le milieu de la pornographie et qui ont mis leur corps et leur cœur au service de leurs personnages.
Francis Dubois

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