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Un film de Pablo Larrain (Chili-Etats-Unis)

"No" Sortie en salles le 6 mars 2013

En 1988, le dictateur chilien Augusto Pinochet est contraint, sous la pression internationale, d’organiser un référendum pour la reconduction de sa présidence.

L’opposition qui dispose de quinze minutes quotidiennes d’antenne, fait appel, pour concevoir sa campagne, à un jeune publicitaire brillant, René Saavedra.

Avec peu de moyens mais beaucoup d’astuce et des méthodes déroutantes, il construit avec son équipe un plan audacieux qu’il conduit avec ferveur malgré les menaces du pouvoir en place et la surveillance constante des hommes de Pinochet dont il fait l’objet.

Or, René Saavedra est le pur produit du système néolibéral mis en place par Pinochet. C’est dans ce même état d’esprit qu’il agit ; et c’est en utilisant les mêmes outils idéologiques que ceux mis en place par la dictature qu’il parvient à mettre les stratégies du dictateur en déroute.

"No" est le dernier volet d’une trilogie qui constitue le cycle de la présidence de Pinochet.

"Santiago 73, Post Mortem" traitait de la prise du pouvoir, de l’origine de la dictature. "Tony Manero" de son époque la plus violente, de ses moments les plus répressifs et les plus cruels et "No" de son agonie et de sa fin.

Le film de Pablo Larrain repose sur l’idée que la publicité peut avoir un rôle déterminant dans la communication politique. Il en fait la démonstration et en démonte le mécanisme, pièce par pièce.

La relation entre politique, propagande et agitation de masse a toujours existé. Pendant la première guerre mondiale, il a existé des Ministères de la propagande ou de l’information.

Plus tard les mêmes moyens ont été mis en place en Russie avec Lénine et en Allemagne avec le mouvement nazi.

"No" dispose de nombreux atouts : l’image, sa construction et la présence à l’écran du remarquable comédien qu’est Gaël Garcia Bernal.

L’image : pour filmer, Pablo Larrain et son équipe ont utilisé le même format que celui qui avait servi à tourner les archives originales qui sont dans le film, le but étant que le spectateur ne parvienne pas à différencier le matériel d’archives et l’image filmée lors du tournage. Le résultat est probant et le parcours du récit de cette campagne de publicité pour un référendum dont le résultat est forcément connu, bénéficie du coup, d’une forme de suspense. C’est comme si la partie documentaire du film renvoyait à une fiction et vice et versa. Ce léger trouble narratif étant accentué par les états d’âme qui viennent fragiliser un "héros" pourtant charismatique.

La construction du récit sous la forme de tâtonnements, d’une fragilité constante dans le déroulement des faits, dans l’incertitude de leur aboutissement est sans cesse cimentée par le charisme du personnage de René, par la confiance qu’il inspire dans les moments les plus confus.

Ce comédien qu’on a vu dans "Amours chiennes" de Alejandro Gonzalez Inarrito , "Carnet de voyage" de Walter Salles ou "La mauvaise éducation" de Pedro Almodovar communique au personnage du publiciste entre détermination féroce et fragilité intime, une force qui rejaillit sur tout le récit.

Souvent bouleversant. Toujours parfaitement maîtrisé.

A ne manquer sous aucun prétexte !

Francis Dubois

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