Actualité théâtrale

2 spectacles

au Théâtre des Déchargeurs "Le cadavre du blanc" jusqu’au 30 mai, et "13 objets" d’Howard Barker, jusqu’au 13 juin

"Le cadavre du blanc" de Bruno Testa. Mise en scène de Françoise Lepoix. Jusqu’au 30 mai.
Un homme profondément attaché à l’île de la Réunion ne peut faire abstraction du passé de ce lieu "enchanteur" où les personnes qu’il côtoie, qui ne sont autres que les descendants d’un peuple d’esclaves, le renvoient sans cesse à un passé douloureux.
Dans "Le cadavre du blanc" l’homme blanc remonte au temps de l’esclavage, quand l’immigration forcée, liée à l’essor de la culture de la canne à sucre, maintint toute une population dans un état de totale soumission. L’homme blanc porte comme un douloureux fardeau, le poids d’un héritage, celui du colonialisme aveugle, de l’esclavage, de ces hommes qui ont basé leur pouvoir sur la supériorité d’une couleur de peau sur une autre.
"Le cadavre du blanc"est un monologue écrit par Bruno Testa, un journaliste qui travaille entre autres pour "le journal de l’île" et au "Quotidien de la Réunion"et que joue Robin Frédéric, un comédien qui vit au cœur de l’Océan indien et qui a travaillé avec différentes compagnies de théâtre réunionnaises.
C’est dire l’attachement profond de l’un et de l’autre au sujet de la pièce.
La voix d’Arlette Nourly, spécialiste du répertoire théâtral réunionnais et mauricien, le blues et le maloya accompagnent le texte et renvoient, avec les chants, à la douleur d’un peuple.
Une mise en scène un peu plus inventive n’aurait sans doute pas nui à la qualité d’un spectacle
qui repose sur la qualité d’un texte généreux, à la fois littéraire et familier.

"13 objets" d’Howard Barker. Mise en scène de Caroline Cohen. Jusqu’au 13 juin.
Howard Barker est devenu l’auteur incontournable de la saison. L’odéon Théâtre de l’Europe lui a rendu hommage avec la présence au programme 2008-09 de quatre de ses textes "Gertrude", "Le cas Blanche-neige", "Les Européens" et "Tableau d’une exécution".
"13 objets", autre pièce de cet auteur anglais prolifique, qui est aussi peintre, poète et metteur en scène, est présenté pour la première fois en France au Théâtre des Déchargeurs. Deux comédiennes et un chanteur se partagent ce texte à la fois poétique, intime et foisonnant.
Nous possédons tous, dans notre périmètre familier, des objets qui nous évoquent le souvenir persistant d’un être, d’un instant fugace, d’un épisode de notre vie et dont la charge émotionnelle peut tout autant nous terroriser que nous attendrir.
Ce sont ici l’appareil photo offert par le père qui renvoie aux circonstances mais aussi et peut-être surtout, au personnage intime, la tasse à café des rendez-vous amoureux égarée dans l’alignement sur l’étagère, la carte postale, dernier signe d’un amour auquel, malgré la rupture, on reste attaché…
Et tous ces personnages chargés d’objets du passé et de leurs séquelles affectives nous ressemblent étrangement.
Alors que Marc, musicien et chanteur, livre quelques une de ses créations musicales, Mata Gabin s’empare avec une belle énergie et beaucoup de sensibilité, d’un texte dont elle livre avec bonheur les méandres, les subtilités et les ruptures de ton.
Francis Dubois

Théâtre des Déchargeurs 3 rue des Déchargeurs Paris 1er
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 08 92 70 12 28

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