Les menaces sur l’avenir de la Mutualité dans la fonction publique (et sur la MGEN pour ce qui nous concerne) sont fortes :

  • L’idée que « chacun reçoit selon ses besoins » s’est considérablement érodée au fil des désengagements successifs de l’assurance maladie obligatoire. Pour être mieux remboursé, chacun doit souscrire à une complémentaire santé mais le système est extrêmement concurrentiel et va à l’encontre des logiques de solidarité. L’adhésion à la MGEN n’est plus automatique pour les collègues qui entrent dans le métier. Les nouvelles générations sont en effet sollicitées par de nombreux organismes d’assurances complémentaires dont les tarifs ne sont pas proportionnels aux revenus mais varient considérablement selon l’âge des assurés sociaux et la gamme des prestations offertes. Bon nombre de ces organismes remboursent par ailleurs une partie des dépassements d’honoraires.
  • Les directives assurantielles européennes banalisent complètement le fait mutualiste : la santé est considérée comme une marchandise et les mutuelles, comme des organismes qui exercent une activité concurrentielle de marché, au même titre que les compagnies d’assurance privée.
  • La taxation injuste de 7 % frappe indifféremment les mutuelles solidaires et les assurances privées.
  • L’aide de l’Etat employeur aux mutuelles de fonctionnaires est dérisoire.
  • La population mutualiste vieillit.
  • Suite à l’ANI du 11 janvier 2013 (et à sa transposition dans la loi dite de sécurisation des parcours professionnels), la généralisation des complémentaires santé collectives pour les salariés du privé va avoir des effets redoutables sur les mutuelles de fonctionnaires : cette généralisation permettra à environ 4 millions de personnes, jusqu’ici assurées à titre individuel, de basculer dans un système de complémentaires collectives largement subventionnées : de nombreux fonctionnaires risquent donc de ne plus adhérer à leur mutuelle historique car ils seront couverts par la complémentaire d’entreprise de leur conjoint-e. Le périmètre de mutualisation de tous ceux qui sont écartés par les complémentaires d’entreprise (retraités, chômeurs, étudiants et fonctionnaires) va donc se rétrécir, ce qui ne peut que renchérir le coût de leurs assurances complémentaires individuelles.
  • A tout cela s’ajoutent les menaces de retrait de la gestion du régime obligatoire des fonctionnaires par leurs mutuelles professionnelles (rapport IGAS/IGF, cour des comptes…)

La MGEN a déjà pris un certain nombre de mesures pour attirer les jeunes collègues et fidéliser l’ensemble de ses adhérents qui ont souvent des attentes différentes :

  • augmentation de la cotisation des retraités (3,56 % contre 2,97 % pour les actifs)
  • cotisation moins élevée pour les moins de 30 ans
  • mise en place cette année de MGeneration initiale, une offre moins chère et moins complète qui conserve toutefois le principe d’une offre globale et qui a permis d’améliorer le taux d’adhésion des jeunes.

La MGEN envisage d’aller plus loin en 2016 avec une refonte complète de son offre mutualiste : son projet vise à mettre en place des cotisations différenciées en 4 niveaux en matière de santé et en 5 niveaux en matière de prévoyance, chaque niveau correspondant à des prestations différentes.

Pour ce que l’on en sait, le niveau 1 serait relativement bas (offre d’appel pour séduire les entrants dans le métier), le niveau 2 correspondrait à une offre d’équilibre, le niveau 3 serait l’offre de référence qui correspond à l’offre globale actuelle, le niveau 4 offrirait une meilleure prise en charge (lunetterie, prothèses dentaires, médecines alternatives, dépassements d’honoraires…) à ceux qui seraient prêts à payer plus cher (offre intégrale).

Avec des taux de cotisation allant de 3,92% à 4,15%, les retraités cotiseraient toujours plus que les actifs (de 2,38% à 3,32%) avec deux niveaux de partition selon qu’ils ont moins ou plus de 70 ans.
Les cotisations enfants seraient également réévaluées afin de limiter l’écart entre la consommation et la cotisation.

Il semble bien que la MGEN joue une partie de sa survie dans les décisions qu’elle entend faire voter à l’assemblée générale extraordinaire du 11 avril 2015.
Mais en l’absence d’information dans la revue nationale « Valeurs Mutualistes », seule une petite partie des adhérents a eu partiellement connaissance du projet de refonte et ce dernier a suscité beaucoup d’interrogations parmi les adhérents qui ont assisté aux Rencontres mutuelle départementales.
On peut notamment se demander jusqu’où ira la volonté affichée de « reconnaître pleinement le droit à avoir des besoins et donc des services différents » qui se traduirait par des taux de cotisation différents selon l’âge et selon le niveau de prestations souhaité.
Le risque n’est-il pas de voir la MGEN s’éloigner des principes fondateurs de la solidarité, notamment intergénérationnelle, pour se rapprocher de la logique des assureurs privés ?

La FSU a rencontré la MGEN mercredi 18 mars pour lui faire part des inquiétudes qui lui remontent de ses syndiqués adhérents à la MGEN et pour dénoncer le manque d’informations aux adhérents sur ce projet.
Elle publiera sur son site le courrier qu’elle a adressé à la MGEN ainsi que les réponses apportées à ses questions.

La C.A nationale du SNES du 25 mars a dénoncé l’opacité entretenue dans le processus de décision.
Le SNES considère qu’une information de tous les adhérents et qu’un débat contradictoire s’imposent avant toute prise de décision.
Il appelle ses adhérents à interpeller les administrateurs de la MGEN et les délégués à l’AG du 11 avril 2015 dans ce sens.

Quant au rapprochement annoncé entre la MGEN et Harmonie Mutuelle, c’est surtout le fait d’avoir appris l’information par voie de communiqué de presse qui a choqué nombre de militants mutualistes.