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Un film de Gérard Mordillat (France)

" le grand retournement" Sortie en salles le 23 janvier 2013

Lorsqu’il a eu fini de lire " Un grand retournement" la pièce de théâtre que Frédéric Lordon a publiée aux Éditions du Seuil en 2011, Gérard Mordillat a immédiatement joint l’auteur pour lui demander le lui en réserver les droits.

Car, avait-il affirmé en toute modestie, il était le seul à pouvoir en faire un film.

La particularité première de ce texte est qu’il a été écrit en alexandrins classiques et c’est en l’état que le cinéaste de " Vive la Sociale" a souhaité le tourner.

La crise financière fait rage. La bourse dégringole, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est sur le carreau et l’économie agonise.

Pour sauver leurs mises, les banquiers décident de faire appel à l’État qui devient le sauveur des banques.

Les citoyens paieront pour que le système en place reste intact, que les riches restent riches et les pauvres, pauvres.

Gérard Mordillat a effectivement gardé les alexandrins et choisi, pour dire le texte, des comédiens de théâtre pour la plupart, avec Jacques Weber en tête, Christine Murillo, Antoine Bouseiller, Jean-Damien Barbin ou Thibault de Montalembert.

Son président, qui n’est pas sans rappeler un président récemment au pouvoir et son premier ministre, jouent le jeu des banques, allègrement. Et si les alexandrins font du premier une sorte d’Hamlet qui aurait troqué le crâne de Yorick contre la manette d’une console vidéo, il semble laisser le choix pour le cerner, entre un enfant capricieux et stupide ou le plus malin d’entre tous.

Gérard Mordillat a choisi pour tourner son film la friche de l’usine Babcok d’Aubervilliers. Un espace aux murs léprosés, au sol inégal jonchés d’immondices et de flaques d’eau boueuse. Les personnages des banquiers ne jouissent, sur le plan du décor, d’aucun privilège. Seuls ceux du président de la République ou du premier Ministre ont droit à bureau et fauteuil plus décorés, plantés dans le même site.

Les choix de Gérard Mordillat auraient pu déboucher sur une sorte d’exercice de style, ce que n’est surtout pas son film qui, en dépit des alexandrins et d’un décor complètement imprévisible, garde toute sa valeur critique et fait au plus près, et de la façon didactique qui s’imposait, l’historique de la crise dont les banquiers sont sortis vainqueurs.

L’histoire imaginée par Frédéric Lordon est universelle. Elle n’attaque pas spécifiquement un

Gouvernement de droite. La critique s’adresse ici à qui joue le jeu de l’argent vers l’argent.

Depuis " Vive la Sociale’ Gérard Mordillat a réalisé d’autres films politiques. Celui-ci, sous sa forme légère, est d’une belle efficacité.

Francis Dubois

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