Des nouvelles des lycées en lutte contre la réforme Chatel

lycée Marguerite de Navarre à Bourges (18)

Le jeudi 28 janvier les professeurs du lycée Marguerite de Navarre à
Bourges se sont mis en grève pour protester contre la réforme Châtel.

la lettre aux parents rédigée par les collègues.

Contre la « Réforme du Lycée » du gouvernement, assumons vraiment le projet républicain de l’instruction publique, celui de la culture et de la transmission des connaissances au plus grand nombre !

1°/ Le Principe d’autonomie.
Le projet de Réforme accorde une large autonomie aux établissements scolaires. Pour les élèves, elle implique un émiettement de la référence nationale en matière d’éducation. Pour les professeurs elle enclenche corrélativement un processus d’émiettement de leur statut de fonctionnaire d’Etat.
Ainsi, serait créé dans chaque établissement un « Conseil Pédagogique ». Cette nouvelle instance hiérarchique (calquée sur le modèle anglo-saxon), serait constituée de professeurs nommés par le Proviseur (c’est ce qu’on appelle « diviser pour mieux régner »). Elle aurait charge de décider de l’existence ou non d’options dites « facultatives », d’organiser de façon autonome la répartition d’un tiers des enseignements ainsi que les conditions dans lesquelles ils seraient dispensés. Un tiers des heures de Seconde pourront être dédoublées ou pas : le nombre d’élèves par classe pourra donc fluctuer arbitrairement de 40 à 15 élèves…Puisque les contenus et la forme des cours varieront d’un établissement à un autre, chaque Lycée ne risque-t-il pas de ne proposer, autour d’un tronc commun réduit, qu’une espèce de certification interne qui n’aura plus rien à voir avec le diplôme national du baccalauréat ?
Ajoutons à cela l’éclatement en cours de la carte scolaire, qui permettrait à chacun de choisir le lycée dans lequel poursuivre son cursus. Il est alors clair que nous allons vers une forme de « marché » de l’éducation avec « cotation » des Lycées… Quelle pente suivons-nous ? Pas celle de l’instruction publique en tout cas.

2°/ « Deux heures d’accompagnement personnalisé » et « une orientation plus juste » ?
- Ces deux heures sont prises sur les heures d’enseignement, ce sont donc autant d’heures perdues par discipline ! Ainsi en Seconde le tronc commun perd : 1h30 en Français, 1h en Mathématiques, ½ h en Histoire-Géo, 1/2h en Physique-chimie, 1/2 h en SVT. TOTAL = moins 4h00, sans compter les pertes au niveau des options. A la place on nous donne 2h que nous devons nous partager entre les différentes disciplines, en nous organisant comme nous le pouvons, et en incluant le travail d’orientation des élèves.
-  Au demeurant, que penser de la capacité des professeurs à proposer une information précise en matière d’orientation ? Nous ne sommes pas du tout formés pour cela. C’est un véritable métier à part entière. Notons que l’on supprime depuis des années et massivement les postes de « Conseillers d’Orientation Psychologues ». En revanche, le conseil en orientation est en pleine expansion dans le secteur privé (100 à 150 euros pour un bilan complet) !
-  Et quelle est la capacité d’aide au travail des professeurs dans des matières qui ne sont pas les leurs ? Ce n’est pas sérieux.

3°/ L’illusion du choix multiple d’options de la Seconde à la Terminale et des nouvelles « passerelles »
- Le caractère apparemment très ouvert du parcours du lycéen ne fait que masquer un appauvrissement de la formation. Par exemple, un élève de Seconde visant un accès à la filière scientifique, aura certes la possibilité de suivre un « enseignement d’exploration » d’1h30 hebdomadaire en « biotechnologie » ou en « méthodes et pratiques scientifiques ». Mais il devra alors s’en tenir aux seules 4h de Lettres obligatoires dans le tronc commun. De même, l’enseignement de l’Histoire en Terminale Scientifique est réduit à une simple option de 2 heures…La formation du citoyen est donc bien au cœur de la Réforme !!
- Les lycéens seraient censés pouvoir changer de série, soit en cours soit en fin d’année, et ce jusqu’au dernier moment, grâce à des stages « passerelles » de mise à niveau d’une durée de quinze jours pendant les vacances (assurés par on ne sait quels « professeurs volontaires », probablement des vacataires précaires ou des stagiaires). Ces petits stages seraient aussi censés suffire à « éviter au maximum les redoublements » dit le Ministère. Or peut-on sérieusement faire croire que l’on puisse rattraper des mois, voire une année de cours, en une ou plusieurs matières, en quinze jours ? Une fois encore, on ment sur les exigences en cherchant à casser le thermomètre et l’évaluation rigoureuse des connaissances.

4°/ « Un lycée qui favorise la responsabilisation des lycéens »
Les évaluations des élèves devraient intégrer la prise en compte d’activités extérieures à l’établissement, du type « partenariat avec des associations », est-il dit. A quel arbitraire ouvrons-nous la porte ? Quelles seront les associations agréées… ? Et par qui ? Quelles connaissances sont en jeu ? De quoi parle-t-on au fait ?

5°/ Un grand nombre de cours seraient désormais assurés par des étudiants en cours de formation
Dans le cadre d’une autre Réforme, déjà actée, celle des Universités et de la formation des enseignants, des dizaines de milliers d’étudiants seront jetés dans l’arène à plein temps avant d’avoir validé ou obtenu un concours, afin d’assurer les remplacements. C’est une main d’œuvre peu chère et au statut précaire. Rendez-vous compte : il y a aujourd’hui 150 000 étudiants en Master 1 qui feront cours l’année prochaine ! Et on restreint à 6000 le nombre de places aux concours d’enseignement ! Les étudiants non admis aux concours seront « coincés » dans un tunnel de formation réservé à l’enseignement, mais sans garantie de poste au terme de leur long parcours. Or il leur faudra bien vivre. Ils constitueront donc des bataillons de vacataires ou contractuels sans formation suffisante, sans statut véritable et sous-payés. On vise donc à créer un double statut (les titulaires et les très précaires), comme cela s’est fait à la Poste, et dans d’autres services publics, pour les affaiblir et mieux faire passer les « réformes » à venir…

Sous couvert d’autonomie, on substitue à la loi commune l’arbitraire local, et la dislocation de l’Education Nationale !

Sous l’invocation de la réduction des inégalités et sous un bel emballage, on supprime des postes, on baisse encore les exigences, on triche sur les contenus !

Depuis des années déjà, l’image des professeurs est volontairement dégradée. Les résultats du bac sont par exemple, contre leur volonté, très largement administrés, une grande partie des moyennes étant par avance fixées. On a en grande partie retiré aux enseignants l’autorité sur les passages et des proviseurs invoquent ouvertement des « quotas ». Dans bien des établissements, on leur laisse subir une violence souvent quotidienne, indigne et incompatible avec le travail d’enseignement et la formation des élèves. Et tout ceci dans un immense déni.

Loin de toutes ces pressions, loin de toutes les démagogies, et au plus loin de cette réforme, nous pensons que c’est au contraire la culture, l’exigence, le travail, la transmission rigoureuse des connaissances et l’autorité des personnels qui les garantissent qui permettent la démocratisation du savoir. Elles permettent en effet à tous les élèves d’avoir une formation sereine et réelle, et de se reconnaître une égale dignité dans l’accès aux diverses professions ainsi qu’aux grandes œuvres de l’esprit.

Nous appelons tout le monde à nous suivre dans notre mobilisation et à refuser cette entreprise de saccage du service public d’éducation.

Les professeurs mobilisés du Lycée Marguerite de Navarre

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