Le ministre annonce qu’il va agir en faveur de 15 % de collèges qui « ont une part importante des élèves dont les résultats sont inférieurs à 8/20 en français et en mathématiques » au DNB. Il attend d’eux un « saut qualitatif », sans garantie de moyens supplémentaires. À terme cette politique pourrait amener le ministère à privilégier ces 15 % de collèges au détriment des 20 % labellisés en abandonnant complètement la politique sociale d’éducation prioritaire pour réaliser de substantielles économies.
Le ministre prétend profiter de la baisse démographique pour redéployer des moyens dont bénéficieraient les collèges le plus « exposés » à la difficulté scolaire. En réalité, il s’agit surtout de redéployer des moyens en fonction de résultats à des évaluations nationales et non plus d’assurer des moyens supplémentaires et pérennes aux collèges qui concentrent les plus grandes difficultés sociales. En laissant entendre, en creux, que ce sont les approches pédagogiques et la formation…des collègues qui ne seraient pas efficaces et adéquates !
Miner le label insidieusement
Les recteurs et rectrices ont déjà modifié cette liste en jouant sur des indicateurs tels que les évaluations nationales de Sixième et Cinquième, l’IPS, l’indice d’éloignement, IVAC (indice de valeur ajoutée des collèges), etc. L’indice d’éloignement étant calculé à partir de distances à vol d’oiseau, il favorise les collèges ruraux aux dépens de ceux de l’éducation prioritaire. Ce faisant, les rectorats choisissent de petits collèges ruraux où il sera peut-être plus facile de faire progresser les élèves et satisfont les collectivités territoriales.
Ministère, recteurs et rectrices sont en train de démanteler la politique d’éducation prioritaire en remplaçant les critères sociaux par d’autres critères. La proportion de collèges classés REP ne serait déjà plus que de 66 % dans la liste des 800 collèges. À ce jour, on ignore encore le détail de cette liste et rien ne garantit qu’aucun collège privé sous contrat n’y figure pas.
De quels moyens pourrait-il s’agir ? Des 1600 ETP récupérés en supprimant la technologie en Sixième pour créer le « soutien/approfondissement » puis les groupes de niveau ? E. Geffray lui-même explique dans l’émission Les 4 vérités qu’« il s’agira principalement de redéploiements ». Ira-t-il jusqu’à dépouiller les DHG de collèges d’éducation prioritaire pour doter un peu mieux ces 15 % de collèges ? Comme le critère pour recevoir les moyens sont les résultats en français et mathématiques au DNB, c’est probablement uniquement dans ces disciplines qu’ils seront utilisés aux dépens de toutes les autres qui participent pourtant à la culture commune.
15 collèges en demande urgente de label
Face aux multiples report de révision de la carte de l’éducation prioritaire, le SNES-FSU a demandé avec insistance que des mesures d’urgence soient prises pour la quinzaine de collèges non classés malgré un IPS inférieur à 80. Les mesures que le ministère se décide enfin à prendre sont sous-dimensionnées (pas de diminution d’effectif par classe, pas de pondération, pas de bonification, pas d’indemnité peut-être seulement une IMP pour les personnels…). C’est un moyen de refuser le label auquel pouvaient prétendre ces établissements, qui entreront certainement dans le plan des 800 collèges.
Par ce nouveau dispositif concurrent de l’éducation prioritaire le ministère s’exonère, à moindres frais, de la révision de la carte avec des critères sociaux transparents et nationaux pour labelliser d’urgence des collèges qui en ont besoin.





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