Encadrer ou interdire ?
Le projet de loi présenté entend élargir au lycée la loi de 2018 qui encadre l’usage du téléphone dans les écoles et au collège. Rien n’est donc prévu pour mettre en œuvre l’interdiction. En effet, ni moyen humain en vie scolaire pour contrôler l’effectivité de l’interdiction en dehors des cours ni matériel pour entreposer les téléphones dans les classes ne sont envisagés.
Le SNES-FSU rappelle qu’en éducation poser des interdits a un sens pour les élèves, mais qu’aucun ne sera dupe de l’incapacité des adultes à s’opposer à un usage furtif ou généralisé du portable.
De multiples exceptions à l’interdiction
La loi de 2018 prévoit d’ores et déjà des exceptions à l’interdiction de l’usage du téléphone qui relèvent des règlements intérieurs. En lycée, les internats, les élèves majeur·es ou étudiant·es, les apprenti·es, les habitudes pédagogiques et administratives rajoutent encore des exceptions à l’interdiction… Les usages à prendre en compte sont nombreux et créeront immanquablement des difficultés pour appliquer une interdiction voulue par la loi.
Une interdiction symbolique, des personnels exposés
Tous les jours, des collègues peuvent constater et être confronté·es dans leur travail quotidien à des difficultés liées aux téléphones portables. Les problématiques sont nombreuses : distraction induite, fraudes aux évaluations, perturbations de cours, captations vidéos, cyberharcèlement…Mais en l’état ce sera aux personnels de faire appliquer une loi présentée par le ministre E. Geffray comme « symbolique », sans moyens supplémentaires dans des classes et des établissements aux effectifs toujours surchargés.
De plus, des collègues pourraient même se retrouver démuni·es et sans recours face à des élèves qui contesteraient un rappel à l’ordre. Face à des difficultés bien réelles, les personnels ne peuvent se retrouver ainsi exposés par la demande d’application d’une loi inopérante.
Une interdiction fantôme dans une école toujours plus numérisée
L’article 1 du projet de loi porte sur la majorité numérique à 15 ans pour accéder aux réseaux sociaux entre autres dans une logique de prévention des situations de harcèlement. L’interdiction des portables au lycée n’anticipe pas les stratégies que les jeunes imagineront pour la contourner si elle est appliquée, notamment en sortant de l’enceinte du lycée ou en compensant par une utilisation accrue en dehors des horaires scolaires. Il ne s’agit donc ni de prévention à la surexposition aux écrans ni de réflexion globale sur la place des outils numériques dans la société et plus particulièrement dans l’Éducation nationale.
Depuis au moins dix ans, cette dernière est lancée dans une course effrénée à la numérisation qui rend d’autant plus hypocrite la soi-disant volonté politique d’interdire l’usage du téléphone portable par les élèves. Le SNES-FSU défend une éducation raisonnée au numérique, seule à même de mener les élèves vers l’émancipation et l’autonomie.
Le SNES-FSU a voté contre un texte d’affichage, sans moyens, inapplicable dans les établissements et qui fait peser sa mise en œuvre sur les personnels. Avec 93% de vote Contre, le CSE a donc émis un avis défavorable très clair sur ce texte.
Le SNES-FSU continuera de dénoncer les politiques d’affichage et d’exiger de véritables réponses éducatives, construites avec les personnels et dotées de moyens.




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