Fidèle à ses habitudes d’échanges, le SNES-FSU invitait le 5 novembre dernier la profession à participer à la cinquième édition de sa rencontre nationale sur le métier de CPE, bien installée dans le paysage professionnel depuis une quinzaine d’années. La journée a été rythmée par des débats avec des sociologues, chercheur•euses en sciences de l’éducation, universitaires spécialistes des problématiques abordées. Les échanges ont été l’occasion de confronter nos regards et analyses sur le métier, ses représentations, ses conditions d’exercice, sa complexité… Analyser l’actualité et faire un retour sur l’histoire du métier de CPE ont permis de dégager des axes de luttes pour notre profession.
La journée a été introduite par Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU.
2014-2015 : Le SNES-FSU face aux enjeux d’une réécriture de la circulaire de 1982
« Pour le métier de CPE ». C’est le mot d’ordre du SNES-FSU qui, depuis 1970, a contribué aux évolutions qui ont forgé l’identité professionnelle des CPE. Lors des discussions sur le métier ( janvier 2014 à juin 2015), le SNES-FSU a pris sa place de syndicat majoritaire pour relever le pari de l’actualisation de la circulaire de missions. Il a pesé pour donner sens à l’action éducative des CPE, sortir le métier des pressions managériales et poser la question des conditions de travail. La reconnaissance professionnelle a marqué des points. Les fondamentaux du métier ont été confortés même si du chemin reste à parcourir pour sa stabilisation définitive, les tenant.es du néomanagement ayant une visée contraire.
Ces dix dernières années en sont l’illustration avec une institution déterminée à ignorer la circulaire de missions, cherchant à prendre la main en opposition d’un·e CPE « concepteur et conceptrice de son activité ».
Cette table ronde, a vu intervenir Frédérique Rolet, ancienne Secrétaire Générale du SNES-FSU au moment de la réécriture, Olivier Raluy, secrétaire de catégorie CPE, et Philippe Guingand, ancien membre du secteur CPE.
Qui définit le métier de CPE ? Réflexions sur la circulaire de 2015
Alors que l’attractivité des métiers de l’enseignement est devenue une question récurrente tant pour le ministère de l’Éducation nationale que pour les syndicats et les médias, le nombre d’aspirant·es à la profession de Conseiller·e Principal·e d’Éducation (CPE) dépasse encore largement celui de postes permettant de devenir titulaire de la fonction publique. En effet, le concours externe de recrutement de CPE est, aujourd’hui encore, une épreuve sélective et demeure la principale voie d’accès à un exercice durable de ce métier.
L’objet de cette intervention était d’étudier comment, en distinguant des candidat·e.s des lauréat·es, le concours joue non seulement un rôle de filtre mais contribue également à la définition du métier, à travers les critères de sélection qui sont mobilisés.
Les sociologues Emilie Saunier (Université Marie et Louis Pasteur – ELLIADD/IREDU) et Marianne Woollven (Université Clermont Auvergne – LESCORES) se sont appuyées sur une enquête de terrain alliant une étude des textes réglementaires et des rapports de jury, une série d’observations ethnographiques des épreuves orales du concours ainsi que des entretiens avec des membres du jury. Elles ont montré que coexistent, au-delà des textes institutionnels, différents critères et différents regards sur ce qu’on attend d’un CPE aujourd’hui, qui contribuent à produire la complexité du métier.
Les apports de cette table ronde permettent de questionner les récentes évolutions du recrutement et de la formation des CPE, en particulier la réforme de la formation. Voir article dédié. Prochainement, nous publierons un nouvel article reprenant la maquette de formation du futur M2E (remplaçant du Master MEEF)
Dans le pli des contradictions éducatives, une identité sous tension
Le développement d’une culture professionnelle spécifique aux CPE a subi de plein fouet, depuis les années 1980, les effets des redéfinitions publiques, politiques et médiatiques de la figure de l’élève déviant, de la conception des « désordres scolaires » ou encore des prescriptions du new public management. Ils et elles sont pris·es dans des tensions multiples, accentuées par la dégradation des relations professionnelles dans les EPLE. D’un côté une identité valorisante, des ambitions éducatives revendiquées du côté du « care », l’apprentissage de la citoyenneté, de l’engagement et du politique, la construction d’un climat scolaire favorable à l’émancipation. De l’autre, des tâches quotidiennes imposées par le calendrier politique et médiatique des urgences éducatives, la hiérarchie, les difficultés imposées par la précarisation des conditions sociales d’existence des familles et des élèves.
La circulaire des missions des CPE de 2015 a constitué un jalon dans la définition d’un métier dont les contours restent toujours difficiles à cerner. Son écriture, comme celle du référentiel de 2013, en lien avec la formation initiale et les concours de recrutement, participe à préciser une identité professionnelle plus stable. Mais l’activité des CPE se développe aussi, aujourd’hui comme hier, à côté des prescriptions officielles. Les interventions de Julien Garric (Maître de conférences, INSPE d’Aix Marseille) et de Clémence Michoux (Sociologue, Université de Poitiers – GRESCO) visaient à comprendre les logiques qui (re)configurent en silence l’identité professionnelle des CPE, et les perspectives éducatives et politiques dans lesquelles elles s’inscrivent.
Vie scolaire et ordre institutionnel
Julien Garric et Clémence Michoux ont poursuivi en début d’après-midi avec une nouvelle table ronde consacrée à la façon dont un ensemble de politiques publiques sécuritaires bouleversent, plus ou moins silencieusement, les pratiques des professionnel·les de vie scolaire : vidéosurveillance, fouille des sacs, normes vestimentaires en lien avec la « nouvelle laïcité », etc. En intégrant, souvent à leur corps défendant, dans leur quotidien professionnel des activités qui peuvent entrer en contradiction avec les valeurs qu’ils et elles soutiennent, les CPE transforment en profondeur leurs rapports aux élèves et à l’éducation.
Pour interroger la (re)définition de l’activité des CPE dans ce contexte et introduire les débats, Julien Garric nous a présenté les résultats de sa récente recherche sur les uniformes dans l’enseignement secondaire.
Du management néolibéral à la transformation de la forme scolaire

Le dernier invité de la journée était Jean-François Dupeyron (chercheur émérite à l’Université de Bordeaux – SPH). Il nous a exposé l’impact des théories du capital humain et des pratiques managériales du néolibéralisme sur les métiers de la santé, du social et de l’éducation est bien connu et mesurable.
Le métier de CPE n’échappe évidemment pas aux tensions provoquées par cette offensive mortifère. Plus précisément, la contradiction entre le projet éducatif porté par les personnels depuis au moins les années 1970 et le modèle du néo-management s’est avivée ces dernières années. L’analyse des éléments de cette contradiction conduit à des constats sur un certain « égarement » professionnel auquel il s’agit de résister, en s’inspirant à la fois des fondamentaux éducatifs du métier et des projets les plus actuels de transformation de la forme scolaire.
Actualité du métier : Enquête sur les conditions de travail des CPE
Pour conclure la journée, les secrétaires de catégorie Clarisse Macé et Olivier Raluy ont exposé les résultats de l’enquête métier menée au mois de juin dernier. Voir diaporama ci-joint.



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