En ce début d’année 2026, pourrions-nous faire le vœu que notre ministre de l’Éducation ait une révélation et nous dise en conférence de presse : « I have a dream !…
…Compte-tenu des fragilités psychologiques rencontrées par notre jeunesse, nous devons prendre le problème à bras le corps. N’oublions pas que nous avons la chance d’avoir en France un réseau de CIO. Renforçons-le, appuyons-nous dessus pour le développer et le transformer en un service public de psychologie de l’Éducation nationale. »
Carte cible, bis repetita ?
La réalité est toute autre : la fin de l’année 2025 a été marquée par une nouvelle vague d’annonces de fermetures / fusions de CIO dans différentes académies. Illustration dans le Pas-de-Calais suite au désengagement du Conseil départemental ! Les fusions des CIO de Lens sur Liévin et de Béthune sur Bruay devraient être effectives à la rentrée 2027, entraînant la disparition des 2 postes de DCIO. Les départements de la Drôme et des Yvelines devraient également perdre un CIO.
Un classique quand la politique est gouvernée par la calculette de l’austérité budgétaire, le coût de fonctionnement d’un CIO étant pourtant peu élevé en regard du service rendu.
Dix années ont passé depuis le projet de carte cible des CIO indiquant le nombre de CIO minimum à maintenir en cas de désengagement des conseils départementaux. Dans les départements où ces derniers maintenaient leur financement, le nombre de CIO existants pouvait aller au-delà de la carte cible. Mais le constat est là : en dix ans une centaine de CIO a été fermée.
Dégradation des conditions de travail et difficulté d’accès à un service public
Pourtant, à chaque fusion, les mêmes effets ! Faute de mobilité du public, c’est toute une partie de la population qui est abandonnée. Cela participe de la désertification des services publics et contribue à la montée du ressentiment contre l’État faisant le jeu de l’extrême droite.
Dans de nombreux CIO, comme celui des Mureaux (78), le nombre de bureaux permettant d’accueillir le public en toute confidentialité est très insuffisant. Les locaux sont inadaptés pour accueillir un regroupement d’équipes: trop petits, organisés en openspace, avec un nombre très insuffisant de bureaux pour le secrétariat et l’équipe des PsyEN, des salles de réunion qu’il faut de plus en plus souvent louer …
Parfois, un « point d’accueil » comme pis-aller est proposé aux collègues, un pseudo « service public », lieu « fantôme » dépourvu d’existence administrative. Cela peut prendre la forme d’un simple bureau sans confidentialité, dans une structure déjà existante, qui peut être fermé du jour au lendemain sans autre forme de procédure.
Les conditions de travail y sont alors très dégradées : isolement de la·du PsyEN, absence de matériel, invisibilité du service. L’expérience montre, comme en Normandie (Bernay il y a quelques années), que le point d’accueil finit par fermer.
L’hébergement de certains CIO, aujourd’hui dans des EPLE, pose un problème de visibilité, d’accessibilité au public extérieur à l’établissement et pendant la période des congés scolaires. Comment assurer la continuité du service public quand le CIO est contraint de fermer ? D’autres CIO sont dans les locaux du rectorat (Aix-en-Provence ) ou de la DSDEN ( Pau) : il faut montrer patte blanche et carte d’identité pour y rentrer, ce qui n’est pas très engageant pour le public.
Même lorsque les CIO sont pérennisés, la baisse constante des budgets de fonctionnement alloués par les rectorats impactent les conditions matérielles d’exercice des PsyEN et renvoient une mauvaise image du service public. Pour exemples : bureaux ne garantissant pas la confidentialité des échanges, matériels informatiques obsolètes (cf article prime d’équipement informatique), travaux de rénovation non réalisés, etc.
L’orientation du public scolaire ne doit pas passer à la région
L’État fait d’autant moins d’efforts pour reloger ses CIO qu’en dehors de la contrainte budgétaire avancée, une grande incertitude règne quant à un nouvel acte de la décentralisation souhaitée par les régions en lien avec le Service Public Régional de l’Orientation.
Par ailleurs, une énième mission de l’Inspection générale concernant nos services est en cours. Quelles sont les raisons de cette nouvelle enquête sur nos services qui a connu la visite d’autres IG déjà en 2024 et début 2025 sous la forme d’une pseudo concertation ? L’objectif semble toujours le même: se débarrasser des CIO.
En septembre 2025, l’association Région de France a proposé un pacte de décentralisation au premier ministre revendiquant la compétence pleine et entière sur l’orientation scolaire.
Les régions veulent créer des guichets uniques avec des Maison de l’Orientation, alors qu’elles n’ont pas les personnels et devront sous-traiter. Le modèle de fonctionnement est toujours celui des Cités des métiers: un accueil anonyme et indifférencié quel que soit le public (scolaire ou adulte), les « conseiller·ères » étant interchangeables. Aux antipodes de l’accueil et du suivi en CIO par les PsyEN !
Or, la création de guichets uniques régionaux au détriment du réseau des CIO ne répondra pas aux besoins spécifiques des élèves et des étudiant·es.
Cette maltraitance institutionnelle est inacceptable pour le SNES-FSU qui continuera à défendre une approche émancipatrice de l’orientation au sein de l’Éducation nationale.
Le réseau des CIO en est un levier essentiel !
En conséquence, l’année 2026 sera bel et bien une nouvelle année de lutte pour le maintien du réseau des CIO qui ne cesse d’être attaqué, et de nos missions dans l’École.






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