néomanagement - 800 collèges

Le ministre a prévenu : « À la rentrée 2026, ces établissements connaitront des changements concrets et profonds.» Il parle de provoquer « un saut qualitatif ». Dans la bouche d’un ancien directeur général des ressources humaines ce vocabulaire promet une bascule dans le néomanagement. Ses propos ont été limpides lors de sa visite à Amiens durant la première semaine de janvier.

Quand on mobilise tous les leviers, pratiques pédagogiques, entrainements, caractère collégial, implication des familles, on obtient des résultats.

On va demander aux équipes de faire mieux avec les mêmes moyens ou des miettes de moyens redéployés. Il faudrait s’estimer heureux si les dotations globales ne diminuent pas.

Un audit présenté comme « un portrait du collège à 360 degrés »*

Une instruction aux recteurs et rectrices du 17 décembre 2025 déroule le calendrier prévu en montrant une volonté de réformer au rouleau compresseur, sans laisser le temps de réagir, de penser ce qui se profile à l’horizon. C’est bien un audit (« diagnostic objectivé par les indicateurs ») que vont subir les « 800 collèges ».

Afin de mener cette réflexion, deux journées peuvent être banalisées pendant le premier semestre 2026. L’amélioration des résultats des élèves implique la participation de tous les professeurs et membres de la communauté éducative et le partage d’objectifs communs.

Les personnels peuvent préparer leur autocritique car c’est encore sur eux que l’on fera porter la responsabilité des faibles résultats de leurs élèves. Des formations sont d’ailleurs déjà prévues pour leur apprendre leur métier : c’est une mise au pas qui se prépare.

L’instruction aux rectorats se place « dans la continuité des démarches déjà mises en place dans certaines académies pour accompagner les collèges les plus en difficulté », ce qui rappelle les questionnaires fouillés sur les pratiques pédagogiques et évaluations qui ont été imposées depuis le début de l’année dans l’académie de Lille notamment.

Les personnels connaissent déjà ce type de fonctionnement depuis cinq ans : c’est le même de celui de l’autoévaluation suivie d’une évaluation externe pour aboutir à un contrat d’objectifs. L’académie de Nancy-Metz ne s’en cache pas : un des critères pour le choix des établissements entrant dans le plan « 800 collèges » a été la proximité de l’évaluation externe. Mais l’instruction aux recteurs et rectrices n’a pas de valeur règlementaire forte et il est donc possible de résister collectivement. Même pris de court par les délais, les collègues savent que le SNES-FSU les soutient et les outille contre les effets néfastes de cette démarche.

La « feuille de route » : un contrat pour 3 ans

Dans les 15 % de collèges désignés, dès le début de l’instruction aux rectorats, on peut lire une forme de contractualisation de trois ans, comme pour les actuels CLA (Contrats locaux d’accompagnement).

« mettre en place, avec le concours d’une équipe pluridisciplinaire et à l’échelle de chaque établissement identifié, un plan d’action pluriannuel avec l’ambition de permettre l’élévation générale du niveau de tous les élèves.» 

Cela donnera lieu à « une feuille de route qui précise les objectifs fixés à trois ans ainsi que les jalons pour les atteindre, et propose des indicateurs qui permettent d’en suivre l’avancement.  » Tous les métiers sont concernés. La note de service indique :

« Afin d’apporter un appui pluridisciplinaire aux établissements, le recteur constitue une équipe ressource académique. Elle est composée d’expertises complémentaires (IA-IPR, IEN, CPC [conseiller.e pédagogique de circonscription], personnels de direction, conseillers principaux d’éducation, psychologues de l’éducation nationale, infirmiers, formateurs du premier et du second degrés, etc.). » « 

Une présence régulière de tout ou partie de l’équipe, ou de l’un de ses représentants, pourra permettre d’assurer le suivi des actions définies collectivement. » Dans le premier degré, cela s’appelle un·e CPC ou un·e IEN « en résidence » qui contrôle au quotidien le travail des personnels !

Pédagogies et organisations imposées : retour des groupes de niveau ?

L’instruction du 17 décembre 2025 décline ensuite les responsabilités de chaque pilote de cette réforme du ministère, en passant par le rectorat jusqu’au chef.fe d’établissement. « Le conseil académique des savoirs fondamentaux (CASF) coordonne au niveau académique le suivi pédagogique des établissements et analyse l’impact sur les résultats des élèves pendant les trois années consécutives. »  Le ou la chef·fe d’établissement sert de courroie de transmission « en lien avec l’inspecteur référent ou un membre de l’équipe ressource ».

Il s’agit de néomanagement : rejet de la responsabilité sur le dos des équipes et une logique du chiffre avec la menace de retrait de moyens non pérennes. 

Des expressions pointent l’offensive qui sera faite contre la liberté pédagogique : « L’analyse de pratiques, les observations croisées, les visites de classes ou les rencontres entre pairs sont également des leviers d’évolution.  » C’est une mise au pas généralisée !

Des exemples d’organisations pédagogiques sont précisés : le premier correspond aux regroupements de niveau ou à la rigueur des heures de soutien pour les élèves en difficulté centrées sur les automatismes, travail en effectif réduit sur des tâches précises,  renforcement de l’AP et de devoirs faits, stages de réussite, projets pédagogiques , tutorat et mentorat, co-intervention pour étayer les élèves « en s’appuyant sur l’expérience du premier degré ». Cette dernière formulation interroge :  est-ce un·e professeur·e des écoles qui aura perdu son poste du fait de la baisse démographique qui interviendra ou qui sera référent·e difficulté scolaire dans le collège ?

Lors de la commission spécialisée du 17 décembre 2025, l’administration présentant des projets de textes règlementaires sur l’organisation du collège a soutenu la poursuite des groupes de niveau dans certains établissements sous l’appellation d’« organisation spécifique ». Les rectorats exerceront-ils une sorte de chantage durant le dialogue de gestion pour qu’un collège applique des groupes de niveau en échange de moyens horaires ? On peut vraiment le craindre.

L’organisation du 8h-18h avec des « ateliers » et des « pratiques sportives » est également préconisée pour les « 800 collèges ». Jusqu’à aujourd’hui, ce fonctionnement ne concernait que l’Éducation prioritaire et était souvent mis en place à minima.

Vers une École fondamentale (ou école primaire supérieure) ?

Le cadre des Cités éducatives, ou ce qui pourrait devenir une École du socle ou École fondamentale, apparait au détour de l’instruction du 17 décembre 2025 sans que ces dénominations soient citées : « le continuum des relations inter-degrés et des relations pédagogiques avec les écoles de secteur, l’équipe de circonscription, les lycées, ainsi que des coopérations existantes avec les partenaires, notamment les collectivités territoriales ».

Le SNES-FSU n’oublie pas la kyrielle de rapports qui ont préconisé la primarisation du collège et la fusion des corps entre professeur·es des école et professeur·es du 2nd degré enseignant au collège. Dans le contexte d’une baisse démographique majeure dans le premier degré, le SNES-FSU constate que cette instruction invite en creux à installer des professeur.es des écoles au collège. Il continue d’alerter sur ce risque.

Avec le SNES-FSU, pour le Second degré !

C’est un tout autre projet que le SNES-FSU porte pour le second degré dont l’objectif ne se limite pas à apprendre à lire, écrire et compter pour garantir une future employabilité mais, bien au contraire, à permettre l’émancipation par les savoirs de tous et toutes les élèves dans le cadre d’une École laïque, gratuite et réellement inclusive. Les élèves à besoins éducatifs particuliers doivent être accompagné·es autant que nécessaire. Leur proportion ayant augmenté dans les classes, cela nécessite une diminution d’effectifs élèves drastique.

Le SNES-FSU demande donc qu’il n’y ait pas plus de 20 élèves par classe et 16 en éducation prioritaire et des équipes pluriprofessionnelles complètes dans un bâti scolaire qui soit au moins entretenu correctement et mieux isolé d’un point de vue thermique. Dans ces conditions, les professeur·es auront davantage de temps pour étayer les élèves en difficulté en classe.

C’est pourquoi, il faut se saisir de la baisse démographique pour parvenir à mettre en œuvre ces meilleurs conditions d’enseignement : maintenant !

*E. Geffray, Ministre de l’Éducation nationale

Aller plus loin

Annexe : le calendrier de l’instruction du 17 décembre 2025

C’est toute une réforme qui est ficelée dans cette instruction, de faible valeur règlementaire, et son déroulement commence sur les chapeaux de roue dès janvier 2026.

Calendrier

 Au cours du premier semestre 2026 : banalisation de deux journées en établissement réparties au choix.

Premier trimestre 2026 : 

  • identification des équipes ressource académiques ;
  • formation nationale des chefs d’établissement et des équipes ressource déclinées et complétées en académie ;
  • diagnostic établi par les chefs d’établissement et leurs équipes, avec l’appui des équipes ressource académiques.

Deuxième trimestre 2026 : 

  • définition d’axes stratégiques en établissement, recueil des besoins, notamment en formation, et identification des leviers ;
  • accompagnement de proximité, formations académiques ;
  • mise en place des premières actions.

Rentrée scolaire 2026 : 

  • déploiement des actions et des leviers ;
  • formation continue des personnels

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