Enfin, de la « vraie économie » au lycée ? La sortie estivale de Philippe Aghion, concepteur des programmes actuels, a trahi et résumé l’offensive idéologique à l’œuvre sur l’enseignement des SES. Il s’agit d’enlever toute dimension critique et de calquer les contenus du lycée sur les enseignements délivrés en premier cycle universitaire, très imprégnés de l’économie mainstream en France.
Ce n’est pas nouveau ! En 1966, dès la création des SES, les milieux économiques avaient poussé pour en faire un cours pro-entreprise. Mais les fondateurs, tenants de l’École des Annales, héritiers de Marc Bloch et Lucien Febvre, ont tenu bon, pour instaurer un espace d’interdisciplinarité en sciences sociales, et une démarche inductive novatrice : partir d’objet-problème, et y répondre en mobilisant une pluralité de démarches et de savoirs.
L’objectif est toujours le même : permettre aux élèves d’accéder à des savoirs contribuant à une compréhension globale du monde et de nos sociétés modernes, et s’adresser à tou·tes les élèves avec des pédagogies actives, afin de former les citoyen·nes de demain.
Des programmes en fin de course
Portant sur des points précis et techniques du programme, les sujets de la session 2026 du baccalauréat (J1) ont mis en difficulté les élèves. Sur ces bases, le SNES-FSU continue à demander un véritable bilan et d’un travail sérieux sur l’ensemble des programmes de SES.
Lauréat·es des nouveaux concours : une formation sans esprit critique ?
Après avoir placé le concours en L3, le ministère a réécrit l’ensemble des référentiels de formation des nouveaux Master d’enseignement. En SES, il s’agissait d’évacuer la « présentation de débats, qu’ils soient de société ou théoriques, [et la] la participation des élèves à ce type de débats qui sont souvent réducteurs et facteurs de relativisme. » Le travail du SNES-FSU a permis de contrer ce projet et d’obtenir que « l’apprentissage des controverses théoriques [soit]néanmoins maîtrisé par les futurs enseignants. ». Le SNES-FSU défend un concours au niveau du master, associé à une formation initiale qualifiante et adossée à l’Université.
IA, une solution à tout ?
Vendue comme remède miracle à l’intensification du travail, comme appui essentiel à la préparation des cours et des évaluations, l’IA est partout dans les discours de l’administration et de l’inspection, faisant fi de toutes les alertes et des conséquences délétères de son utilisation. Le SNES-FSU milite pour la mise en œuvre effective d’un principe de précaution sur l’usage des IA génératives dans le cadre scolaire.
Les analyses du groupe SES du SNES-FSU
Les éléments travaillés lors de la « journée de réflexion disciplinaire » (JRD SES) du 17 novembre 2023 sont toujours d’actualité.
En Seconde GT
En tronc commun, l’horaire insuffisant de 1h30, la plupart du temps sans dédoublements, conduit à dégrader les services (nombre d’élèves et de classes), et ne permet pas une véritable appropriation de la discipline par les élèves.
La séparation disciplinaire est parfois artificielle. Il est regrettable que ce programme ait été pensé comme une préparation au cycle terminal, lui-même essentiellement tourné vers la poursuite d’études en économie ou en sciences sociales.
Dans le cycle terminal
Le lycée Blanquer a dégradé les conditions d’enseignement, avec la disparition des heures « dédoublées », des groupes chargés, et l’éclatement du groupe-classe.
Même si la réduction quantitative du nombre de chapitres en Terminale est un vrai soulagement, cet allègement, sur la forme comme sur le fond, n’est pas satisfaisant.
Quid aussi du programme de Première ? Le SNES-FSU critique les programmes du cycle terminal pour leur lourdeur et leur technicité excessive, leur tendance à l’encyclopédisme, leur découpage disciplinaire interne strict et leur approche de type universitaire. Les contenus actuels sont peu adaptés aux lycéen·nes et font passer au second plan l’objectif de la formation de l’esprit critique.
Ainsi, ces programmes ne font pas assez de place aux problématiques et aux débats, en se concentrant sur des mécanismes déconnectés les uns des autres. Les épreuves écrites, dans leur conception même, tendent à évacuer le débat et la problématisation.
Aussi, le SNES-FSU dénonce les pressions récurrentes, venant de lobbies liés au monde patronal, qui cherchent à faire de la discipline un outil de propagande. L’École n’a pas à promouvoir une vision libérale de l’économie ni à valoriser le rôle de l’entrepreneur.
Les propositions du SNES-FSU
- des programmes qui privilégient un questionnement sur des objets larges, permettant le croisement des regards disciplinaires, et qui préservent la possibilité de diversification des méthodes pédagogiques ;
- un fléchage national d’horaires dédoublés, pour que toutes les disciplines puissent en bénéficier ;
- la protection de la discipline contre les attaques des lobbies patronaux ;
- la remise à plat des réformes inégalitaires du bac, du lycée et de Parcoursup, avec une organisation des enseignements en séries entièrement repensées ;
- un principe de précaution concernant l’usage de l’IA, compte-tenu de ses conséquences écologiques, économiques, sociétales, et cognitives ;
- concernant l’EMC, le SNES-FSU s’oppose à l’obligation d’évaluer de manière chiffrée. Cet enseignement doit privilégier la réflexion critique, et non l’inculcation de « valeurs » et de « règles ».
Pour en savoir plus sur les revendications du SNES-FSU propres aux SES.
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