Ces nouveaux programmes de français s’inscrivent dans le prolongement des changements de programmes en cycle 2 et cycle 3. Par une  lettre de saisine datée du 13 mars 2024, le ministère  a demandé au Conseil supérieur des programmes de revoir les programmes de mathématiques et de français, dans le contexte du « Choc des savoirs ».

Alors que le programme de 6è est mis en application depuis la rentrée 2025, la mise en œuvre des programmes de 5è, 4è et 3è s’échelonnera respectivement sur les rentrées 2026, 2027 et 2028. C’était une des demandes les plus fortes du SNES-FSU.

Ce que le SNES-FSU a obtenu

Après de multiples interpellations du SNES-FSU à ce sujet, le ministère se résout à admettre que « L’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. Les graphies anciennes et rectifiées sont acceptées de manière égale.»

Par rapport au projet initial, le SNES-FSU a obtenu la suppression des listes d’« Œuvres intégrales » et d’« Œuvres proposées en lecture cursive ». Ces listes seront placées dans des documents d’accompagnement comme cela a été fait pour les programmes de cycle 3. Il n’était pas question de laisser apparaitre une liste d’œuvres officielle, quand bien même on y affirmait le caractère facultatif à titre d’exemples.

Dans le même ordre d’idée, les « Pistes de prolongements artistiques et culturels » ont été retirées des programmes. La bagage intellectuel et culturel des professeur·es de Lettres est assez riche, sans avoir à les orienter pour alimenter leurs références. 

L’un des points les plus problématiques concerne les « Exemples de réussite », listes d’exemples de « bonnes pratiques » et d’injonctions hétéroclites adossées à chaque objectif d’apprentissage. Le SNES-FSU a dénoncé ces prescriptions pédagogiques concrètes à peine déguisées, mal explicitées et mal hiérarchisées. À l’instar du cycle 3, ces « exemples de réussite » seront externalisés dans une annexe d’accompagnement. Notons que le ministère refusait de sortir des programmes cette longue liste, en opposition à l’ensemble des organisations syndicales. Il a fallu batailler ferme pour faire céder le ministère et donc faire respecter la liberté pédagogique des professeur·es. 

Des éléments problématiques qui demeurent

En revanche, le ministère a rejeté nos demandes de suppression des « données quantitatives » renommées « Indications quantitatives ». Cette approche qui met l’accent sur des objectifs chiffrés plutôt que sur la qualité relève de méthodes managériales dont la toxicité n’est plus à prouver. Quoi qu’il en soit, le ministère s’obstine en imposant des objectifs irréalisables qui, dans les faits, ne seront donc pas réalisés. L’objectif de faire « Lire au moins trois œuvres en lecture cursive dans l’année et étudier quatre œuvres intégrales de genres différents et d’époques variées. » est notamment maintenu, malgré les alertes et les arguments développés.Pour le SNES-FSU, l’adaptation à l’hétérogénéité des classes relève de la professionnalité des enseignant·es et ne saurait être cadrée par des procédures quantitatives rigides qui entrainent souvent une perte de sens. Ainsi de l’indication absurde du nombre de lignes ou vers à faire réciter aux élèves selon les niveaux (10 en classe de 5è, 15 en 4è, une vingtaine en 3è) qui ne tient compte ni de la difficulté ni de la cohérence du texte.

Dès lors, les représentant·es du SNES-FSU n’ont eu de cesse de signaler l’excès pathogène d’injonctions, d’objectifs à atteindre, de prescriptions. Dans les organisations du travail, y compris dans l’Éducation nationale, les exemples sont nombreux de situations où des objectifs quantifiés inatteignables contraignent les agent·es à dissimuler d’une manière ou d’une autre ce qu’ils et elles font réellement. Ces injonctions contraignantes font courir un risque évident : dans les faits, les programmes ne seront pas appliqués faute de les avoir rendus réalisables par la profession.

Le ministère a aussi tenu à conserver les « Points de vigilance pour le professeur » renommés « Conditions favorables aux apprentissages des élèves ». Dans ces parties, on peut lire des litanies d’évidences pédagogiques dont l’expression même est une injure à la professionnalité des collègues. Ainsi : « Les élèves ont une pratique régulière de la lecture dans des situations variées, allant de la lecture offerte à toutes les autres possibilités de lecture (à voix haute, chorale, silencieuse, etc.). Les textes lus sont de longueurs variables, d’époques différentes et de natures diverses (littéraire, documentaire, composite, etc.). » C’est un exemple parmi d’autres où les rédacteurs et rédactrices conçoivent les programmes davantage comme un outil de formation que comme un texte règlementaire fixant les orientations didactiques et pédagogiques à destination de professeur·es qui connaissent leur métier. 

Par ailleurs, dans le domaine de l’écriture, le ministère a maintenu contre l’avis du SNES-FSU le recours à l’intelligence artificielle :  « Ponctuellement, à partir de la classe de 4e, une utilisation critique et distanciée d’outils numériques et de l’intelligence artificielle permet à l’élève d’interroger la production contemporaine des textes ou de réfléchir à la formulation des instructions adressées à l’algorithme. Il peut alors poser un regard critique sur les écrits qui lui sont proposés et opérer des choix conscients pour nourrir sa propre écriture. » Outre ses formules creuses, nébuleuses et bien naïves, cette prescription ignore le principe de précaution quant à l’utilisation de ces outils avec des élèves et les nombreuses voix qui mettent en garde contre leur usage dans l’éducation.

Enfin, toute la partie sur l’enseignement de la grammaire et de l’orthographe grammaticale a suscité de vives remarques de la part du SNES-FSU. 98 notions recensées étaient à faire acquérir et maitriser, avec 78 objectifs d’apprentissage étalés sur les trois ans du cycle 4 ! Quelques notions ont disparu et le SNES-FSU a réussi à faire retirer le renvoi à la terminologie de La Grammaire du français. Terminologie grammaticale, de Ph. Monneret & F. Poli (dir.), particulièrement controversée. Cependant, ces programmes ne permettent pas une réelle réflexion  sur le fonctionnement de la langue qui intègrerait une plus large place au sens, à la grammaire de l’oral et à la grammaire de texte. L’activité sur la langue proposée par les programmes se résume bien trop souvent à un travail d’étiquetage avec pour seul et unique objectif réel de faire acquérir les règles d’accord les plus abstruses. 

Pour prolonger la réflexion, lire l’article et le dossier de la JRD Lettres consacrée à l’enseignement de la grammaire : Pour une grammaire riche de sens !


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