
Dès les prémices de cette réforme en 2023, le SNUEP-FSU et le SNES-FSU avaient alerté sur la démobilisation des élèves qu’elle ne manquerait pas d’engendrer et sur l’échec prévisible de ce texte. Sans surprise, les résultats de juillet 2025 sont sans équivoques. Les parcours différenciés ont produit un décrochage scolaire massif.
Le veau d’or du projet personnalisé
Les gouvernements Macron compatibles successifs, vendent aux familles et aux élèves un « projet personnalisé ». La réalité de cette réforme, c’est une année amputée de 170h de cours (dont 71h d’enseignement professionnel), offrant moins d’École aux élèves de lycée professionnel, attaquant de fait l’égalité des chances.
Les personnels d’enseignement et d’éducation dénoncent des « lycées fantômes », avec un fort taux d’absentéisme dans le parcours « Poursuite d’études ». Par ailleurs, des élèves n’ont pu que constater un contenu en décalage avec leur projet.
Les retours d’élèves recueillis par des CPE de LP en attestent. Ainsi, Alain (le prénom a été changé), élève en boulangerie-pâtisserie et accepté en licence de droit, déclare qu’ « il y a des cours qui n’avaient malheureusement aucun rapport avec mon projet comme les TP en Service et Restauration ou quelques autres cours […] ».
Il ajoute : « Il faudrait selon moi, des cours qui correspondent plus à ce que l’élève veut faire et il devrait y avoir aussi plus de mélange de classes pour ne pas se retrouver seulement à deux ».
Pour Yassine (le prénom a été modifié), élève qui s’adresse à son CPE : « Pourquoi j’irai en stage ? J’ai déjà passé le bac et je touche plus en intérim ! ». En effet, ces six semaines en entreprise, c’est aussi faire des lycéens professionnels, de la main d’œuvre pas cher, alors que les élèves s’apprêtent à chercher un emploi après les résultats du bac.
Désorganisation et mépris social
Constituer des classes avec des élèves aux projets divergents, dans une période où les enseignant.e.s sont convoqué.e.s pour les corrections d’examens, ne peut amener qu’à une logique d’improvisation permanente.
C’est le troisième trimestre de milliers d’élèves de bac pro qui se trouve sacrifié sur l’autel d’un soi-disant modernisme. C’est la vision utilitariste du système éducatif qui est privilégiée, actant une nouvelle fois la politique de tri social qui est menée par le gouvernement.
Il est impossible de prétendre que cette réforme peut être efficace avec quelques ajustements. L’année qui vient de se dérouler démontre qu’elle a été contre-productive, faisant naître une démobilisation généralisée, un décrochage massif, une perte de sens de l’année de terminale et un véritable sentiment d’abandon. Ce n’est pas ainsi que l’on redorera l’image de la voie professionnelle.
Face à ces résultats catastrophiques, le SNUEP-FSU et le SNES-FSU exigent l’abandon pur et simple du Parcours en Y pour la rentrée 2025 et le retour des examens fin juin, afin de donner sens aux périodes de PFMP (période de formation en milieu professionnel), comme d’avoir le temps nécessaire pour transmettre les apprentissages.