CSE du 1er Octobre 2026
Déclaration préalable du SNES-FSU
Monsieur le directeur de Cabinet, Madame la directrice, Monsieur le président, Mesdames Messieurs,
A l’appel de toutes les organisations de fonctionnaires, les agent·es des services publics et tout particulièrement celles et ceux de l’Éducation nationale, étaient en grève ce mardi pour dénoncer le gel du point d’indice qui n’en finit plus. Dans les collèges et les lycées, près de 40 % des collègues ont fait le choix de renoncer à une journée de salaire dans un contexte inflationniste où les coûts des carburants pèsent sur le pouvoir d’achat.
Aux 30 000 professeur·es du second degré bloqué·es à la hors classe en fin de carrière et sans perspective d’atteindre la classe exceptionnelle avant la retraite, aux jeunes collègues qui en 17 ans ne gagnent que 400€ de plus, aux élèves fonctionnaires recruté·es à un indice inférieur au SMIC, aux AED qui n’ont toujours aucune grille salariale nationale, aux AESH qui revendiquent sans relâche une titularisation dans un corps de catégorie B de la Fonction publique, le Premier ministre répond cyniquement avec un plan d’austérité de 54 milliards d’économie pour les services publics. Le SNES et la FSU n’en resteront pas à cette seule journée et proposeront rapidement des suites pour amplifier la contestation et fédérer la colère sociale.
Les jeunes lycéennes et lycéens qui se mobilisent depuis 8 jours expliquent aussi très directement comment ils et elles subissent le sous-investissement dans l’école publique depuis 10 ans par les gouvernements Macron. Mais encore faudrait-il les écouter pour entendre ce qu’ils et elles ont à nous dire : emplois du temps invivables, classes surchargées, bâti mal entretenu voire délabré et qui ne résiste pas aux fortes températures, postes de professeur·es non pourvus, vie scolaire sous dotée, Psy-EN débordé·es, compétition permanente sous le poids de Parcoursup et injonctions paradoxales au bien-être, manque de places dans le supérieur public…
La réforme du lycée et du bac Blanquer avec une sélection continue pour accéder aux études supérieures, semble atteindre ses limites qu’il convient d’analyser. Ces lycéen·nes, partout en France, nous disent qu’ils et elles veulent plus et mieux d’école, et aspirent à des formations véritablement émancipatrices et égalitaires dans une société plus juste.
La réponse du gouvernement est irresponsable mais tellement conforme à sa vision de la société basée sur la répression et la sanction. Comment peut-on imaginer que brutaliser des jeunes puisse être toléré, quand la très grande majorité se mobilise pour la première fois ? Le SNES-FSU condamne toute violence d’où qu’elle vienne mais le dialogue est la seule réponse possible, encore plus ici avec des élèves mineur·es. Faire intervenir des forces de l’ordre dans une école est un échec absolu pour le gouvernement qui prouve son incapacité à comprendre les aspirations de la jeunesse.
La convocation en urgence des CVL est un moyen d’ouvrir des espaces de dialogue mais c’est une pratique régulière de la démocratie lycéenne qui aurait permis de prévenir cette crise. La démocratie lycéenne est née de mouvements politiques et de mouvements lycéens comme les comités d’action lycéens avant 1968, avec pour revendications la liberté d’expression, le droit d’association, le droit d’affichage, le droit de grève, mais aussi la participation lycéenne au conseil de classe, au conseil de discipline, les élections de lycéen·nes au conseil intérieur, la constitution de conseil d’élèves dans chaque classe et dans le lycée.
58 ans après, ces droits des lycéen·nes, péniblement acquis puis actés dans les années 90, ne sont pas aujourd’hui qu’un simple affichage !
Il est illusoire de penser que la réponse à la mobilisation puisse être uniquement locale. Il faudra aussi et surtout des réponses nationales au mouvement lycéen et aux revendications qui relèvent du ministre de l’Éducation nationale.
Enfin, la lutte contre les violences faites aux enfants doit être une priorité aussi bien hors de l’école et à l’école. Après des années de presque rien où nous n’avons cessé de revendiquer des moyens pour la protection de l’enfance, la volonté du ministère de repérer, dans le réseau public comme dans le privé, les VSS subies par les élèves, est salutaire et bienvenue mais nous le disons clairement : ce sujet est sérieux, il doit être traité à l’abri de toute précipitation et d’instrumentalisation au service d’une communication politique. Ainsi il aura fallu toute la détermination des organisations syndicales et de la FCPE pour calibrer au plus juste les protocoles et desserrer les délais.
Mais le manque d’infirmièr·es, d’assistant·es des services sociaux et de PsyEN ne peut être pallié avec de la bonne volonté et 3 heures de formation. Rien ne remplacera les qualifications de nos collègues pour recueillir une parole fragile mais précieuse, et pour mettre à l’abri un·e élève en danger. Il n’y a ici aucune place pour l’amateurisme et l’à-peu-près.
La responsabilité du ministère est immense mais ne doit pas vous tétaniser. La timide place donnée à l’inceste dans le guide et son absence totale dans les questionnaires sont d’ailleurs assez révélatrice d’une certaine appréhension à tout affronter. Il conviendra de travailler cet angle mort à l’occasion d’une veille tout au long des prochains mois et d’un bilan que le SNES-FSU vous demande d’organiser de manière transparente. Nous sommes aussi toujours en attente des corrections au protocole d’action en cas de violences sexistes ou sexuelles au sein des écoles et établissements scolaires qui reste en ligne malgré nos alertes.
Le vœu Intersyndical et interassociatif sur le questionnaire VSS qui sera porté aux voix dans un instant, réaffirme le besoin de recruter des infirmièr·es, des assistant·es des services sociaux et des PsyEN, en plus de renforcer la coordination interministérielle.
L’école et ses personnels ne pourront pas tout-assumer seuls mais leur rôle protecteur dans la société vis à vis de la jeunesse est ici clairement souligné. Cette confiance de l’État pour son école et ses personnels est incompatible avec les violences policières aux abords des lycées et avec l’austérité qui assèche les missions du service public d’Éducation.


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