A la demande des syndicats de la FSU, les services de la DGRH ont récemment fourni aux organisations syndicales un récapitulatif des démissions des stagiaires du second degré depuis 2017 : les chiffres qui y figurent sont accablants.

En quelques années, les pertes ont augmenté de manière très significative : si en 2012-2013 on pouvait compter 0,9% de stagiaires démissionnaires, ce taux est passé à 2,5% en 2017-2018, et à près de 2,9% en 2018-2019 et 2019-2020 – soit un peu plus de 350 stagiaires démissionnaires chaque année, durant leur stage, et autant de postes délaissés.

Ces éléments ne sont pas une nouveauté, puisque ce phénomène avait déjà été relevé par la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat en 2017, mais les chiffres de 2018-2019 et 2019-2020 tendent à confirmer qu’il ne s’agit pas d’un événement ponctuel.

Plus grave, ces chiffres ne tiennent pas compte des démissions de lauréats qui ont lieu avant même leur prise de poste au 1er septembre. Se pose en effet la question des doubles-admissions des lauréats de plusieurs concours. Jusqu’aux sessions 2016 et 2017, la DGRH fournissait un bilan annuel des recrutements par concours et des affectations des stagiaires. Ainsi, ce ne sont pas moins de 768 lauréats en 2016 et 738 lauréats en 2017 qui ont réussi au moins deux concours différents… impliquant autant de postes de stagiaires laissés vides dans leurs disciplines, sauf dans le cas, trop rare, où une liste complémentaire permet d’y pourvoir. Depuis 2018, aucun comptage n’a été communiqué, mais en 2020, nous avons décompté au moins 378 doubles admissions de lauréats aux concours du CAPES, CAPET, CPE et à l’agrégation.

En outre, un certain nombre de lauréats démissionnent pour d’autres raisons (affectation trop lointaine, changement dans la situation personnelle…) dans l’été qui précède leur affectation en établissement : ils étaient au nombre de 26 en 2016 et 96 en 2017, selon les chiffres communiqués par le Ministère. Si plus aucun chiffre n’est fourni officiellement pour permettre de mesurer les pertes avant même la rentrée scolaire, on peut estimer que le nombre de stagiaires démissionnaires avant comme après leur affectation en stage est donc lui aussi important.

L’ensemble de ces pertes au regard des postes affichés au concours, mises bout à bout, sont très élevées. Pour la session 2020 :

  • plus de 600 postes ont été perdus aux concours du second degré public parce qu’ils n’ont pas été pourvus ;
  • le SNES-FSU a compté près de 380 doubles-admissions, dont 179 ont été compensées cette année-là, à force de pressions sur le MEN, par des recrutements au 1er septembre sur listes complémentaires, soit quand même 200 postes perdus ;
  • 150 démissions pendant l’été (hors double-admission) ont été exceptionnellement compensées le 1er novembre, mais pas les démissions en cours d’année, de l’ordre de 350 par an si l’on se fonde sur les chiffres des deux années passées.

Sur les 13000 postes affichés au concours du second degré public en décembre 2019 pour la session 2020, censés fournir 13 000 titulaires à la rentrée 2021, pas loin d’un recrutement sur dix manquera donc à l’appel !

Et pourtant cette année aucune liste complémentaire n’a pour le moment été dressée par les jurys des concours internes dont les résultats sont connus. L’an passé pour ces mêmes concours, 669 candidats (526 pour les CAPES, CAPET et Agrégation internes, 21 pour le concours CPE interne et 22 pour le concours PsyEN interne) étaient reçus sur liste complémentaire et 281 avaient été appelés. Cette année, si rien n’est fait, l’absence de liste complémentaire interdirait de compenser les doubles admissions et démissions : beaucoup de postes seraient donc perdus. Pourtant les décrets de 2013 sont sans ambiguïté et notamment dans l’article 22 du décret statutaire des certifiés :

« Pour chaque section des concours le jury établit par ordre de mérite la liste des candidats admis. Le jury établit une liste complémentaire afin de permettre le remplacement des candidats inscrits sur la liste principale qui ne peuvent pas être nommés ou, éventuellement de pourvoir des vacances d’emploi entre deux concours. » . Il a remplacé le décret 86-448 qui disait « le jury peut établir« .

La réécriture ministérielle de 2013 a consisté à supprimer le verbe « pouvoir », donc à rendre l’établissement d’une liste complémentaire non plus aléatoire, mais nécessaire car prescrite dans les textes, dès lors que la liste principale est complète. 

Le ministère doit appliquer les textes qu’il rédige lui-même pour recruter réellement les personnels dont le service public a besoin. Il doit clairement donner la consigne aux Présidents de jury d’établir une liste complémentaire dès que la liste principale est complète. Le SNES-FSU intervient à nouveau dans ce sens.