Un nouveau dispositif mis en place dans la précipitation et la confusion

Depuis cette année, les concours de recrutement des enseignants sont placés à bac+5, avec une refonte de l’année de M2 pendant laquelle des étudiants ont pu choisir un parcours d’alternance. Ce parcours a été ouvert au mois d’avril dernier lorsque les rectorats ont lancé les appels à candidatures dans certaines filières, pas toutes, avec peu de postes par académie, et surtout avec peu de communication. Quelques étudiants de M1 ont donc candidaté, souvent attirés par la promesse d’une rémunération et l’envie de se confronter rapidement au métier. Mais dans de nombreuses académies le dispositif n’a pas fait le plein.

Les affectations dans les établissements ont pu être très tardives, parfois fin août juste avant la rentrée, et les tuteurs ont eux aussi été informés tardivement  ; beaucoup ne connaissaient pas ce nouveau dispositif car les formations sont intervenues le plus souvent au cours du mois de septembre.

Les étudiants contractuels alternants ont eu une prise en charge financière tardive, alors même qu’ils étaient présents dès fin août lors des pré-rentrées comme les fonctionnaires stagiaires, et ont donc reçu le plus souvent un acompte, de l’ordre de 50 % des 722 € attendus, fin septembre.

Une année en alternance qui ne laisse pas beaucoup de temps pour préparer les concours

Depuis la rentrée, les témoignages d’étudiants contractuels alternants se multiplient sur les réseaux sociaux pour signaler que le temps de préparation des concours est trop limité cette année. Ils s’inquiètent de ne pas pouvoir être prêts dans deux mois pour passer les écrits.

Par exemple, à Bordeaux, le rythme de travail moyen d’une semaine dans ce dispositif reprend chaque semaine à peu près ce découpage :

  • lundi-mardi sur l’établissement d’enseignement pour les six heures devant les classes et tout le travail de préparation et de retour avec le tuteur ;
  • mercredi à l’université pour les cours disciplinaires de préparation au concours ;
  • jeudi et vendredi à l’INSPÉ pour le retour sur l’alternance et la préparation des séances et séquences, qui servent aussi pour les concours mais sont souvent axés sur la méthodologie.Par rapport aux générations précédentes en master MEEF qui préparaient les programmes des concours quatre jours par semaine, la promotion d’alternants 2022 aura eu beaucoup moins de temps de préparation, alors qu’ils seront directement mis en concurrence avec des candidats, déjà titulaires d’un M2, beaucoup plus disponibles.

Certains étudiants contractuels alternants témoignent déjà, à deux mois des épreuves écrites, de stratégies qui visent à prioriser la réussite du Master 2 cette année, qui sera exigé de toute manière en cas de réussite au concours, et à reléguer la réussite du concours au second plan, avec l’objectif de le repasser l’année prochaine « à plein temps ».

Des étudiants en M1 MEEF témoignent aussi que des formateurs ont déjà commencé à déconseiller l’inscription en M2 MEEF alternance au futurs étudiants de M2 afin de mieux réussir les concours.

Quel avenir pour le dispositif Étudiants contractuels alternants ?

La nouvelle épreuve d’entretien à l’oral pourrait permettre aux étudiants contractuels alternants de valoriser leur expérience de cette année, mais encore faut-il qu’ils parviennent à passer le cap de l’admissibilité. Les épreuves écrites demandent beaucoup de préparation et de recul sur les programmes, et c’est ce que n’ont plus les étudiants contractuels alternants comparativement aux autres candidats.
Quel désaveu pour la réforme de la formation des enseignants si son dispositif phare d’alternance était avorté dès la première année suite à un constat d’échec massif des étudiants contractuels alternants dès l’admissibilité des concours !

L’Université Bordeaux Montaigne a déjà fait le choix de ne pas mettre en place de Master MEEF en Espagnol et en Philosophie pour l’an prochain, mais proposera un master de préparation aux concours, en dehors du cadre du MEEF et de son dispositif d’alternance en M2.

Le SNES-FSU s’oppose à l’utilisation d’étudiants comme moyen d’enseignement, manière pour le ministère de pourvoir des postes à moindre coût. Ces dispositifs sont en effet néfastes pour les étudiants qui n’ont pas le temps de réellement se former à l’INSPÉ, beaucoup trop accaparés par les préparations de cours. Le SNES-FSU continue de demander la mise en place de réels pré-recrutements dès la licence, sans autre contrepartie que d’étudier, et qui permettent aux étudiants de se former à plein temps, avec une rémunération substantielle donc, et un concours en fin de parcours de formation.