Record battu ! Le CSA ministériel de préparation de rentrée aura donc été reporté trois fois en raison de l’allongement des discussions budgétaires. Initialement prévu le 16 décembre, puis reporté le 13 janvier, puis le 20 janvier, il aura finalement lieu le 26 janvier. C’est dans cette instances, où siègent des représentants syndicaux élus lors des élections professionnelles, que le ministre présentera la répartition des moyens entre académies.
Des moyens, quels moyens ?
La copie initiale du projet de budget n’a pas été votée par le Parlement en décembre. Elle prévoyait notamment 1 645 suppressions d’emplois de professeurs dans le second degré public et privé. Au total, 1er et 2d degré, public et privé confondus, 4 018 suppressions d’emplois de professeurs étaient prévus. Aucune création d’emploi de CPE n’était prévue, et 1200 emplois d’AESH étaient créés. Ces orientations confirmaient un choix politique délétère : continuer de supprimer des emplois dans un 2d degré asphyxié par le manque de moyens et ne pas se saisir de la baisse démographique pour améliorer les conditions d’enseignement et d’étude.
Comme l’an dernier, l’exécutif et les parlementaires du prétendu socle commun agitent l’argument de la baisse démographique pour tenter de légitimer les suppressions d’emplois, avec l’équation simpliste : moins d’élèves = moins d’enseignant·es. Un retour quelques années en arrière invalide complètement ce raisonnement : sur les 8 précédentes rentrées préparées sous Emmanuel Macron, 8 865 emplois d’enseignant·es ont été supprimés dans le second degré public alors même que 8 029 élèves supplémentaires étaient accueillis dans les collèges et lycées publics. Pour retrouver le taux d’encadrement de 2017, il faudrait créer 10 617 emplois. En remontant plus loin, le second degré public a été la grande victime, en termes d’emplois et de réformes, des politiques publiques depuis 2006. Ses effectifs élèves ont augmenté de 4 % pendant que les emplois baissaient de 6 %.
2000 créations d’emplois ? Quand c’est flou, c’est qu’il y a loup !
Courant janvier, le premier ministre a fait de nouvelles propositions pour convaincre les partis politiques de ne pas le censurer dans le cadre de l’utilisation de l’article 49.3 qui permet l’adoption du budget sans vote. Comme dans un très mauvais épisode de retour vers le futur, il a fallu des heures pour comprendre les déclarations de Sébastien Lecornu et leurs implications dans l’Éducation nationale. Un peu comme en janvier 2025 où François Bayrou avait semé la confusion sur l’annulation des 4000 suppressions d’emplois avant de faire une comparaison étrange entre les élèves et les poireaux. Si l’actuel premier ministre est moins familier des métaphores légumières, sa phrase était pour le moins confuse : « 2 000 postes supplémentaires seront créés, notamment, pour accueillir les enfants en situation de handicap ». 2 000 postes en plus dans la nouvelle proposition de budget ? Pas seulement pour les AESH ? Qu’en est-il des emplois de professeurs ? De nombreux politiques sont tombés dans le piège, se félicitant de 2000 nouveaux emplois dans l’Éducation nationale. Pas vraiment adepte de la transparence, le Premier ministre a dévoilé au compte-goutte la nouvelle partie recettes et dépenses du projet de budget actualité.
A ce stade, et dans l’attente des documents officiels en CSA ministériel, après avoir recoupé toutes les informations disponibles et interrogé le ministère, il est possible d’affirmer :
– il n’y a pas 2 000 nouveaux emplois par rapport à la première version du budget
– les emplois de professeurs ne sont pas concernés par ces annonces : 4 018 suppressions d’emplois sont toujours prévues (1er et 2d degré public et privé)
– aucune nouvelle création d’emploi de CPE
– Sébastien Lecornu a, en réalité, annoncé 800 emplois d’AESH supplémentaires. Ajoutés aux 1200 emplois de la première version du budget, c’est ainsi qu’on atteint les 2000 emplois supplémentaires d’AESH claironnés partout par l’exécutif.
En janvier, le premier ministre n’a donc pas annoncé la création de 2000 nouveaux emplois mais de 800 emplois d’AESH ! L’occasion de rappeler que, sans statut (scandaleusement refusé par le Sénat et le ministre) et sans revalorisation, il sera bien difficile de pouvoir tous ces emplois et d’assurer les ambitions de l’Ecole inclusive.
Et encore, dans un article du 23 janvier, Libération affirme, après avoir commencé le travail d’analyse des documents budgétaires que le gouvernement a enfin mis à disposition que :
« Le texte final prévoit la suppression de 2 500 postes de fonctionnaires. En net, c’est-à-dire avec des postes en moins, comme les 4 000 concernant les enseignants qui sont restés dans la copie, et des postes en plus. Dans cette dernière catégorie, figurent les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). 500 postes supplémentaires d’AESH dans l’éducation nationale sont prévus (soit 2 000 supplémentaires en tout), un engagement de Lecornu lors de son discours du 16 janvier. »
Nous sommes donc le 24 janvier, la préparation de rentrée a pris un mois de retard et c’est toujours la grande confusion sur les implications des dernières annonces du premier ministre.
Et pendant ce temps, le ministre adresse ses vœux aux « sentinelles de la raison »….
Dans ce contexte politique et budgétaire pour le moins tendu, Édouard Geffray le ministre de l’Éducation nationale, a pris la plume pour dire aux professeurs combien il les aime et les estime. Une figure visiblement imposée pour tous les ministres de l’Éducation nationale, surtout qu’elle permet de ne rien dire de la revalorisation indispensable de nos métiers.
En revanche, le ministre semble très inspiré (ou pas), pour caractériser nos métiers. En 3 pages, nous apprenons donc que nous sommes « les sentinelles de la raison », « des femmes et des hommes qui font reculer les ténèbres », des « bâtisseurs de notre avenir en commun », « le fil d’un cerf volant », le « témoin éternel du monde qui s’en va, le professeur est en même temps le précepteur du monde qui naît », ceux qui « allument patiemment les lumières de l’esprit humain »
Ce que ne dit pas le ministre de l’Éducation nationale :
– les « sentinelles de la raison » ne seront pas revalorisées
– les personnels vont donc devoir faire reculer les ténèbres et allumer patiemment les esprits avec 4 000 suppressions d’emplois de professeurs et des classes surchargées (et sans doute assez peu de cerfs-volants).
Visiblement, le ridicule ne tue pas (le ministre) mais il ne revalorise pas non plus (les personnels).
Dans l’action !
Le budget n’est pas encore voté, mais tout montre qu’il n’y a aucune rupture avec les politiques qui visent d’une part à asphyxier le 2nd degré en asséchant les moyens et d’autre part à mettre à mal les ambitions émancipatrices du 2nd degré.
Le SNES-FSU appelle à faire de la préparation de rentrée un temps fort de la mobilisation pour l’École publique, le 2nd degré et ses personnels. Il exige notamment l’annulation des 4 000 suppressions d’emplois de professeurs et les créations d’emplois nécessaires en enseignants, CPE, PsyEN, AED et AESH pour améliorer les conditions d’étude des élèves et de travail des personnels.
Un préavis de grève national est déposé chaque semaine. Le SNES-FSU appelle à voter contre les répartitions des DGH qui ne permettent pas une amélioration des conditions de travail des personnels et d’étude des élèves en rassemblant largement la communauté éducative, notamment les parents d’élèves.
Le SNES-FSU initiera, soutiendra, relayera les mobilisations à l’échelle d’un établissement (audience, rassemblements, grève). Lorsque les conditions sont réunies pour rassembler la profession, y compris en intersyndicale, il appellera à la mobilisation, dont la grève, au niveau académique, par exemple à l’occasion de la tenue des CSA.
Le SNES-FSU s’adressera rapidement à l’intersyndicale éducation au niveau national pour construire les actions indispensables pour revaloriser les personnels et obtenir les moyens nécessaires à la réalisation des ambitions du service public d’Éducation.
| Faire respecter les cadres démocratiques Aucune instance académique, départementale ou locale ne peut se tenir avant le CSA ministériel prévu le 26 janvier. Les compétences des CA doivent être respectées (adoption d’un TRMD découlant d’une structure précise que le CA fixe ayant pour conséquence éventuelle des propositions de créations-suppressions de postes sur lesquelles il émet un avis). Voir la publication spéciale rentrée 2026 du SNES-FSU |



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