Le SNES-FSU est engagé depuis toujours dans la construction de l’identité professionnelle des CPE, en lien étroit avec la profession. Fidèle à sa volonté d’informer et d’échanger, soucieux d’être au plus près des attentes de la profession, il rend public à chaque étape l’ensemble de ses amendements en toute transparence. C’est l’objet de l’article ci-dessous.
Avec le projet de référentiel de formation CPE, le ministère entend poursuivre sa stratégie de casse du métier. Comment s’en étonner quand le texte de cadrage à destination des universitaires en charge de la construction de la future formation des stagiaires CPE cherche à remettre en question la place de l’université et de la recherche dans la formation initiale des lauréat.es et envisage une mainmise de l’employeur sur les contenus de formation et leur pilotage ?
Le référentiel reprend la déclinaison du texte de cadrage en cinq parties : un préambule précisant les principes de la formation et quatre blocs mentionnant pour chacun les contenus. Il est à noter quelques bougés dans les écritures suite notamment aux amendements du SNES-FSU. Ainsi, il s’agit pour le bloc 1 d’« organiser la vie scolaire de l’établissement pour accompagner le parcours des élèves et contribuer à la sécurité, à la qualité des apprentissages et au bien-être » et non plus de « piloter l’équipe vie scolaire pour accompagner le parcours de l’élève (…)»; pour le bloc 2 « d’adapter sa pratique professionnelle à la diversité des élèves et au contexte d’exercice pour la réussite de tous les élèves »; pour le bloc 3 «d’agir dans le cadre des principes du service public d’éducation » et pour le bloc 4 « de s’engager dans une démarche de développement professionnel». A noter que les blocs 3 et 4 sont communs aux référentiels de formation CPE et professeurs.
I- Épisode 1 : Une première version du référentiel de formation CPE inacceptable en l’état (28 octobre 2025)
Le SNES-FSU a fortement amendé cette première version du projet de référentiel de formation CPE (version du 28 octobre 2025) en argumentant sur le sens du métier et de l’action éducative et pédagogique. Il a dénoncé l’équilibre général du référentiel de formation CPE qui réoriente le métier et l’enferme dans une dimension managériale.
A- Une réécriture de la circulaire de missions qui ne dit pas son nom
De fait, il s’agit d’une réécriture de la circulaire de missions à l’exemple de l’absence de toute mention à un.e CPE concepteur et conceptrice de son activité. Cette vision managériale est récusée par la profession qui ne se reconnaît pas dans une fonction de manager. Le management ne saurait être une voie de professionnalisation tant celui-ci peut être assimilé à un management « contre les métiers ». Il cherche à remettre en cause l’autonomie professionnelle des agents, la maîtrise de leur travail, la noblesse qu’ils donnent à leur métier. Or, pour le SNES-FSU, la formation initiale doit permettre de construire des compétences de professionnel.les expert.es et non pas se limiter à mettre en œuvre des consignes amenées à se succéder au gré des évolutions ministérielles.
Il s’agit moins dans ce référentiel de conforter l’autonomie réflexive des CPE dans l’intérêt des élèves que de cadrer très tôt des pratiques professionnelles inspirées par l’employeur, à la mode du moment, et à les fonder sur des tours de main plutôt que sur des savoirs et pratiques nourris de la recherche.
Nous avions pu noter dans la deuxième version du projet d’arrêté fixant le cadre national du M2E mention CPE, présenté au Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) du 1er octobre, un vocabulaire managérial un peu moins prégnant. Or, le projet de référentiel de formation des CPE a été manifestement rédigé à partir de la première version du texte de cadrage. D’où le retour de la notion de « service vie scolaire », de « projet vie scolaire ». Le terme de pilotage refait également son apparition. C’est pourquoi plusieurs de nos amendements visent à supprimer tous ces termes et à repositionner comme prioritaire le cœur de métier qui est le suivi de l’élève.
Des textes « métier » qui se font très discrets.
La circulaire de missions de 2015, texte fondamental pour le métier, est encore une fois escamotée dans la forme et sur le fond. Il a déjà fallu interpeller l’administration sur l’absence de mention à la circulaire de missions et au référentiel de compétences de 2013 (référentiel métier) dans le texte de cadrage des formations de masters.
Si ces mentions sont réintroduites dans la version présentée au CSE du 1er octobre dernier, ces deux textes de référence se font très discrets dans le référentiel de formation à défaut d’avoir pu être escamotés comme précédemment.
Ainsi, loin d’être réaffirmés pour ce qu’ils sont dès le préambule (l’affirmation de la dimension éducative et pédagogique du métier), ces deux textes sont justes mentionnés en tout petits caractères par un renvoi en bas de page à l’image d’un avenant au bas d’un contrat d’assurance dont il faudrait camoufler l’existence. Mais comment s’en étonner quand l’institution a si peu accompagné la circulaire de 2015 depuis sa publication préférant imposer une vision managériale du métier ? Les amendements du SNES-FSU ont visé à les repositionner dans le préambule à leur juste place.
Une définition de « la vie scolaire » totalement oubliée.
De la même façon, pour le SNES-FSU, on ne peut faire l’impasse dès l’introduction du bloc 1 sur la définition de la vie scolaire telle que mentionnée dans la circulaire de 2015, reprise de l’ancienne circulaire de 1982 enrichie de la mention «réussite scolaire» (acquis du SNES-FSU en 2015). À aucun moment, la notion de « vie scolaire » n’est explicité. Or, les CPE déploient leur activité dans une perspective éducative, dans le cadre de la vie scolaire, définie comme celle des élèves, ayant pour objet de « placer les adolescents dans les meilleures conditions de vie individuelle et collective, de réussite scolaire et d’épanouissement personnel». «Épanouissement personnel» et non «bien être» comme mentionné dans le titre du bloc 1. Loin de contester que le bien-être soit un objet de travail nécessaire où réflexion et formation sont indispensables pour améliorer certaines pratiques professionnelles insuffisamment préoccupées de ces questions, son émergence récente et omniprésente interroge, à l’image du monde de l’entreprise où s’enracinent marchands de coaching personnel et gouvernance bienveillante.
Un bloc 1 qui prétend renvoyer au cœur du métier de CPE.
Si le bloc 1 a été renforcé comme nous le proposions, il est loin d’être consacré au cœur du métier, à savoir le suivi et l’accompagnement éducatif des élèves. Les missions des CPE sont concentrées dans ce bloc sous la tutelle de l’encadrement, de l’organisation et de l’animation de l’équipe vie scolaire. Le suivi de l’élève est minoré pour mettre en avant la sécurité, la mise en œuvre du règlement intérieur. Le travail du CPE est focalisé sur le conseil technique à l’équipe de direction, moins sur le travail avec les enseignant.es. Or les CPE sont les conseiller.es techniques de l’ensemble des personnels de l’établissement et non du seul ou de la seule chef.fe d’établissement comme précisé dans la circulaire de missions. La rédaction de la partie « encadrer, organiser et animer l’équipe de vie scolaire », « attendus en fin de master » est particulièrement révélatrice de la volonté de raccrocher les CPE à l’équipe de direction. « S’approprier les compétences du référentiel » ne se réduit pas en priorité à « comprendre le positionnement du CPE auprès de l’équipe de direction ». Quid de l’équipe pédagogique et éducative ? La relation au chef d’établissement n’est pas le cœur de l’activité des CPE. Le travail en collaboration avec les enseignant.es reste trop minoré. Membres à part entière des équipes pédagogiques, les CPE prennent toute leur place dans les processus d’apprentissage aux côtés des enseignant.es. C’est pourquoi leur formation ne peut se concevoir sans contenus partagés avec les enseignant.es, en cohérence avec le référentiel métier de 2013.
Sur la mention « service vie scolaire » : La vie scolaire n’est pas réglementairement un service qu’il appartiendrait aux CPE de manager, pas plus que ces dernier.es ne sont chef.fes de service. Cette conception d’un établissement scolaire structuré verticalement en services cloisonnés, directement issue du monde entrepreneurial, entre en contradiction avec sa dimension éducative. Elle n’a guère de sens dans un quotidien professionnel fait de collaborations horizontales. Les CPE, comme les enseignant.es, exercent leur activité en direction de jeunes en formation. Cet objet commun de travail qu’est leur éducation, dans toutes ses acceptions, ne peut pas, par nature, entrer dans le moule managérial. La posture éducative n’est pas une posture de « manager ». Pour le SNES-FSU, la « vie scolaire » est bien davantage celle des collégiens et lycéens qu’un simple service à optimiser.
Sur la notion de « projet vie scolaire » : là encore, aucune existence légale. La circulaire de missions ne reconnaît qu’un « volet éducatif du projet d’établissement », façon d’affirmer explicitement la nature collective de ce travail et d’éviter une contradiction entre les deux. À vouloir ignorer la circulaire de missions, le projet de référentiel en est réduit à des rédactions fortes de ses contradictions : « Construire un projet de vie scolaire en cohérence avec le projet d’établissement ».
Sur l’absence de toute référence à la « politique éducative d’établissement ».
Il n’est fait, à aucun moment, référence à la notion de « politique éducative d’établissement », nouveau concept de la circulaire de 2015 que le SNES-FSU a contribué à définir en reprenant le rapport Saget de 2013 et qui donne une envergure collective aux questions éducatives. Ses objectifs principaux recoupent assez bien les champs professionnels du CPE d’où notre interpellation sur une telle absence. Le SNES-FSU a proposé un amendement visant à réintroduire cet élément dans les attendus en fin de master.
Sur « l’encadrement, l’organisation de l’équipe d’AED ».
Cette mission est mise en avant de façon obsessionnelle, minorant les autres missions. Rien d’étonnant car il est significatif que le recrutement local des équipes de surveillance, imposé par la transformation des MI-SE en AED en 2003, a été présenté comme l’illustration type du « CPE manager ». Lors d’inspections, la thématique que les IPR-EVS entendent évaluer porte très régulièrement « sur le management de l’équipe vie scolaire ». Cette thématique se décline également très largement dans les plans académiques de formation continue, ignorant les autres dimensions du métier.
Encore une fois, pour le SNES-FSU, la première finalité de la formation n’est pas « d’encadrer, organiser et animer l’Équipe de vie scolaire ». La première finalité est de mener à bien l’ensemble des missions définies dans les trois domaines de la circulaire du 10 août 2015.
Mentionner comme point premier de la formation du bloc 1 l’organisation du travail de l’équipe vie scolaire en focalisant sur l’équipe d’AED, c’est méconnaître la circulaire de missions qui en fait son point trois, mettant d’abord en avant le travail autour de la « politique éducative de l’établissement » et le « suivi des élèves », véritable cœur de métier des CPE.
B- Un bloc 2 sous la tutelle de l’évaluation
Là encore les rédactions de ce bloc reprennent la version 1 du document de cadrage et non la version présentée en CSE qui insistait moins sur cette notion de « culture de l’évaluation ». Ces injonctions de l’institution à tout évaluer sont toujours plus fortes. Le cadre professionnel et le métier des CPE n’y échappent pas.
Dans ce deuxième bloc, « adapter sa pratique professionnelle à la diversité des élèves » s’inscrit essentiellement sous l’angle de l’évaluation envisagée comme « principe structurant de la conception et de l’organisation de l’action éducative ». Le SNES-FSU récuse cette vision managériale du métier.
Cette « culture de l’évaluation » est envisagée essentiellement sous forme de recours à des « indicateurs », autrement dit l’instauration d’un pilotage de la vie scolaire par les résultats à l’instar du pilotage de l’établissement : inscrire la vie scolaire dans une culture de la performance et l’inclure dans le pilotage des établissements par les résultats. Les CPE sont, sous couvert de « pilotage de l’établissement », assigné.es à la fonction première de pilote de la vie scolaire, d’où cette déclinaison appuyée sur l’évaluation. Attention à ne pas retomber dans le travers d’une note de vie scolaire, qui de 2006 à 2014, n’évaluait ni des savoirs, ni des compétences, mais la personne de l’élève.
Il ne s’agit pas de remettre en cause la singularité du regard du CPE sur l’élève, dégagé de l’évaluation.
Certes les CPE ne sauraient concevoir leur travail sans le faire connaître des autres acteurs et actrices et sans analyser les situations qu’ils et elles rencontrent, mais il est abusif de poser le « pilotage » comme axe prioritaire ou fondateur. Les indicateurs ne doivent être que des outils au service d’une action fondamentalement éducative. On observe, malheureusement, lors des inspections des personnels, une attente forte de l’institution sur ce point, souvent déconnectée de l’élève et de son suivi, de la construction de réponses à ses difficultés et des transformations du rapport au savoir.
Les amendements du SNES-FSU ont visé à repositionner l’évaluation dans le cadre du travail éducatif à mener au sein de l’établissement.
C- Blocs 3 et 4 : toujours loin du compte !
Manifestement, ces deux éléments sont un copié-collé du référentiel rédigé pour les enseignant.es et n’a pas fait l’objet d’une relecture car il mentionne à de nombreuses reprises « mettre en œuvre son enseignement », « l’exercice du métier d’enseignant »… Le SNES-FSU a proposé des corrections à ces « coquilles » en remplaçant « enseignement » par « action éducative ».
Sur les compétences psychosociales et la référence au numérique et à l’IA.
Comme souligné lors d’un précédent groupe de travail sur les textes de cadrage, les discussions sur ces sujets sont en cours et font débat. Pour le SNES-FSU, le cadrage et le référentiel de formation ne peuvent préempter ces débats. D’autant que le recours croissant aux compétences psycho-sociales (CPS) priorise la conformité à l’existant plutôt que l’émancipation dans le monde scolaire ou professionnel. Ces compétences évaluées, en ce qu’elles impliquent la personne, son environnement, son épanouissement, tiennent du jugement sur l’individu. Pour le SNES-FSU, ce qui se joue est le nécessaire travail éducatif, social, civique, qui articule l’apprentissage des règles collectives, le respect de soi et des autres, la responsabilisation progressive et la formation citoyenne. En ce sens, le travail en équipe est fondamental. Il a plus de sens qu’une validation de CPS.
Sur les attendus à l’entrée en master
Nous ne pouvons que constater la faiblesse des contenus proposés qui renvoient certainement à la place du concours à Bac + 2,5. On ne sait pas trop comment ils pourront être préparés car le contenu de ces « attendus à l’entrée » est plus que vague. Ce concours risque de devenir rapidement un mode de recrutement reposant sur les « impressions » laissées à l’oral par les candidat.es … Sans véritable formation universitaire sur les contenus disciplinaires, didactiques et en sciences de l’éducation dans le respect des libertés académiques et pédagogiques, sans recul sur leurs futurs métiers, comment les CPE pourraient-ils et elles exercer encore en toute autonomie professionnelle ? Quelle réflexion également sur les cadres et temps communs de formation et de travail en collaboration entre enseignant.es et CPE ?
Le SNES-FSU a proposé des amendements visant à mettre fin à l’amalgame opéré entre la notion d’équipe et la notion de partenaires. Il convient en effet de dissocier la dynamique d’équipe et la dynamique partenariale d’autant que l’administration n’a pas exigé pour les associations l’obligation d’agrément.
II- Épisode 2 : Une deuxième version (16 janvier 2026) à l’économie générale inchangée
L’Inspection Générale (IG) a adressé aux organisations syndicales une nouvelle version en vue d’un groupe de travail le 16 janvier 2026. A noter que le projet de référentiel de formation, bien que non stabilisé, a déjà été adressé aux INSPE qui ont engagé la construction des maquettes. Dans ce nouveau document, les reprises d’amendements des organisations syndicales ainsi que les ajouts de l’administration sont surlignées en jaune.
Voir le document ci-dessous : les amendements maintenus ou nouveaux du SNES-FSU sont mentionnés en rouge et leur motivation en bleu.
Sur les 103 amendements déposés par le SNES-FSU pour l’ensemble de la première version, 38 sont intégralement repris par l’administration, 3 partiellement et 62 amendements non retenus.
Dans cette deuxième mouture, que l’administration voudrait définitive, le vocabulaire managérial est un peu plus en retrait. Pour autant, il subsiste quelques mentions de « service vie scolaire », « projet vie scolaire », « pilotage du service vie scolaire »…
Le texte reste ancré dans une approche managériale malgré ces quelques bougés, notamment par le renforcement dans le bloc 2 de l’évaluation des dispositifs et indirectement des élèves, toujours en lien avec l’idée d’un pilotage par les résultats.
A- Un sommaire inchangé
Aucun de nos amendements ne sont repris. Dès les intitulés du sommaire, le SNES-FSU a cherché à renforcer et mettre en avant la notion de suivi des élèves, et à repositionner comme prioritaire le cœur du métier de CPE qui est le suivi de l’élève. Même approche afin de réfuter l’idée « d’une culture de l’évaluation » en parlant de plutôt de s’approprier les enjeux de l’évaluation. De même, notre demande de dissocier la «dynamique d’équipe », de la « dynamique partenariale » n’est pas retenue.
B- Des bougés importants concernant le Préambule
Succès du SNES-FSU avec la reprise de trois amendements incontournables pour nous : la mention claire dans le préambule de la référence au référentiel de compétences de 2013 et à la circulaire de missions de 2015 ; la reprise de la définition de la vie scolaire (inscrite dans la circulaire de missions de 1982 et enrichie dans la circulaire de 2015) ; le rappel d’un.e CPE concepteur et conceptrice de son activité.
Le SNES-FSU se félicite de l’intégration de ces trois points qui donne le cadre et détermine les objectifs de la formation sur le fondement des textes réglementaires.
C- Groupe de travail du 16 janvier 2026
Ce groupe de travail s’est tenu à l’inspection générale en présence des services de l’IG, de la DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire), DGRH (direction générale des ressources humaines) et et de la DGESIP (direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle). Outre trois autres référentiels disciplinaires (maths, SES, économie gestion) à l’ordre du jour de cette réunion, le référentiel CPE était parmi les premiers à faire l’objet d’un retour de l’administration.
Le SNES-FSU a interpellé l’inspection générale sur l’absence des IG disciplinaires dont l’IG en charge de la vie scolaire. Pour l’Inspection Générale, cette absence est volontaire, ne voulant pas « organiser un débat de spécialistes », les membres de l’administration présents se posant en médiateurs et coordinateurs des échanges avec les différentes inspections disciplinaires. Pour le SNES-FSU, cette réponse n’est pas recevable. Il demandera une audience spécifique au pôle Établissements et Vie Scolaire de l’Inspection Générale.
Sur le référentiel CPE, le SNES-FSU est intervenu sur plusieurs points, notamment pour dénoncer l’équilibre général du texte qui enferme encore et toujours le métier dans une dimension managériale. Le cœur du métier de CPE est le suivi et l’accompagnement éducatif des élèves. Ce suivi des élèves, individuel et collectif au sein de l’équipe pédagogique est un élément majeur. C’est sur cette double entrée pédagogique et éducative que les CPE appuient une grande part de leur expertise au service du volet éducatif du projet d’établissement (et non « du projet vie scolaire »). Lorsque la dimension éducative est abordée, c’est encore sous l’angle managérial. Il s’agit alors, « d’administrer » la tâche éducative en s’appuyant sur des indicateurs et se forger ainsi une « culture de l’évaluation ».
C’est pourquoi le SNES-FSU a maintenu, à l’occasion de cette réunion présentée comme conclusive par l’administration, un certain nombre d’amendements et proposé des nouveaux suite à des ajouts ou réécritures de l’administration qui restent problématiques.
Sont ainsi maintenus les amendements visant à expurger le texte des dernières mentions « service vie scolaire », « projet de vie scolaire » et à introduire la mention des dispositifs, qui, eux, ont une existence réglementaire, tel que « le volet éducatif du projet d’établissement », « la politique éducative d’établissement » et ne sont pas mentionnés dans le texte ou fort timidement.
Également maintenu un amendement visant à réécrire la phrase introductive du bloc 1 en ce qu’elle affirme que ce bloc 1 renvoie au cœur du métier de CPE alors qu’il s’agit essentiellement dans cette partie d’organiser la vie scolaire. Les missions des CPE restent trop concentrées dans ce bloc 1 sous la tutelle de l’encadrement, de l’organisation et de l’animation de l’équipe vie scolaire.
Le SNES-FSU a également porté de nouveaux amendements suite à des réécritures de l’administration, à l’exemple d’un ajout qui précise que la formation doit amener les futur.es CPE « à conduire différents types d’entretiens » dont « de recrutement… » d’AED. Si les CPE peuvent mener des entretiens à l’occasion de la recherche de candidat.es AED, c’est dans le cadre de leur fonction de conseil vis à vis des personnels de direction mais en aucun cas en tant que de soi-disant chef.fes de service, responsables du recrutement des AED.
Le SNES-FSU a proposé de ne pas lister les différents types d’entretien et de ne pas mentionner le recrutement dans la mesure où le recrutement des AED est une prérogative des seul.es chef.fes d’établissement (représentant.es de l’État). Faute de quoi, poussons la démarche jusqu’au bout et ajoutons dans le référentiel une formation des CPE sur les entretiens de licenciement.
L’administration a ajouté dans la nouvelle mouture une note en bas de page dans le préambule visant à préciser la différence d’objectifs entre le référentiel métier de 2013 et le référentiel de formation de 2026 (idem pour les professeur.es). Dans cette note, le référentiel de formation 2026 est positionné comme complémentaire au référentiel métier de 2013. Le SNES-FSU est intervenu pour proposer une réécriture afin de lever tout risque de confusion et ne pas laisser à penser que le référentiel de formation 2026 pourrait se substituer au référentiel métier 2013. Il ne s’agit pas d’en faire un protocole d’inspection qui ne dit pas son nom, opposable à toute la profession au-delà de la titularisation des CPE stagiaires.
L’intervention du SNES-FSU a également porté sur le bloc 2 qui entend imposer « une culture de l’évaluation » essentiellement sous forme de recours à des « indicateurs », autrement dit l’instauration d’un pilotage de la vie scolaire par les résultats à l’instar du pilotage de l’établissement. Pour le SNES-FSU, les CPE ne sauraient, sous couvert de « pilotage de l’établissement », être assigné.es à la fonction première de pilote de la vie scolaire avec cette déclinaison appuyée sur l’évaluation.
Plusieurs écritures ne sont pas acceptables et le SNES-FSU a mis en avant l’exemple pris dans la compétence « appuyer son action sur une culture de l’évaluation » du bloc 2 : « réfléchir aux impacts de l’évaluation sur la motivation, l’engagement (…) pour participer à l’évolution des pratiques évaluatives ». De quelle évaluation est-il question ? De celle des enseignant.es ? En quoi, le, la CPE seraient statutairement en droit de demander des comptes aux collègues sur leurs évaluations ?
Lors de ce groupe de travail, l’ensemble des organisations syndicales se sont retrouvées sur les positions du SNES-FSU. Seule la CFDT a défendu et revendiqué une conception managériale du métier. Au prétexte que les CPE « encadrent dans les faits l’équipe des AED », il faudrait ajouter dans les missions des CPE le recrutement et l’évaluation des AED et l’acter dans le référentiel de formation. Cette organisation syndicale n’est pas à une contradiction près mentionnant qu’il s’agit là d’une charge chronophage s’effectuant au détriment des autres missions.
Non, pour le SNES-FSU, il est hors de question de cautionner les dérives fonctionnelles imposées au métier par le ministère ces vingt dernières années en les confortant dans un référentiel de formation qui serait, de fait, en contradiction totale avec les textes statutaires et réglementaires.
Suite à la réunion du 16 janvier, la CFDT a adressé un mail à la profession dans lequel, faisant peu de cas des statuts et des textes réglementaires, elle n’hésite pas à parler d’un « projet de service de vie scolaire » et revendique un CPE manager reconnu comme « chef de service ». Ce n’est pas, comme le prétend la CFDT, de « l’encadrement d’une équipe d’adultes » que découle la qualité de cadre A des CPE, qui se trompe également en pensant qu’une telle reconnaissance serait de nature à générer une revalorisation salariale. Il s’agit dans cette vision d’un tout autre métier que la majorité de la profession récuse. Voir l’enquête nationale du SNES-FSU d’avril 2015 auprès des CPE qui illustre l’attachement d’une forte majorité des collègues à la circulaire de 2015 en ce qu’elle conforte la réaffirmation du métier autour du suivi de l’élève. À noter également que l’animation de l’équipe vie scolaire n’est mentionnée comme priorité que par seulement 4,4 % des répondant.es, à l’opposé de la demande institutionnelle.
Le SNES-FSU revendique une formation initiale conduisant à une haute qualification adossée à un diplôme universitaire reconnu et conforme aux exigences des métiers du second degré. Avec cette réforme, c’est le modèle du second degré qui est attaqué et nos métiers tels que nous les défendons. Actuellement, la formation initiale est maltraitante et il faut une réforme mais pas celle imposée par le ministère. La crise de recrutement des personnels que connaît l’Éducation nationale est une crise systémique. Déplacer le concours en L3 sans penser la revalorisation sociale et salariale de nos métiers est une fausse réponse, d’autant que pour permettre une entrée dans le métier sereine, les lauréat·es ne doivent pas être utilisé.es comme des « moyens ».
Le SNES-FSU sera vigilant, aux côtés de la profession, quant au respect des attendus du métier.




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