La densité de ce projet de programme nécessite l’écriture de plusieurs articles d’analyse. Celui-ci
analyse son préambule.
Travail en groupes à effectifs réduits : cela reste à écrire !
Le SNES-FSU partage les « finalités de l’enseignement » présentées dans ce projet de programme. La contribution indéniable des activités expérimentales au développement de l’esprit critique des jeunes élèves occupe un long paragraphe. Pour une faisabilité réelle dans les classes, il serait indispensable d’exprimer clairement la nécessité incontournable d’un travail en groupes à effectifs réduits, ce qui n’est pas encore le cas dans ce texte. En effet, les mises en situation nécessitent des groupes d’élèves numériquement restreints afin de pleinement engager les élèves dans ces apprentissages si spécifiques aux disciplines expérimentales. Cela permet également aux professeur·es de pouvoir différencier aussi bien les consignes que les aides dans la mise en œuvre de la démarche expérimentale.
Une des finalités avancées de l’enseignement de la physique-chimie est d’inciter les élèves à poursuivre leurs études dans des « formations scientifiques dont le pays a besoin » … Cet énoncé adéquationniste laisse perplexe. La priorité serait plutôt d’engager nos élèves vers des filières scientifiques qui les attirent, leurs plaisent et où ils et elles projettent de s’épanouir.
Tableau de compétences et compétences psychosociales : toujours et encore
S’ensuit un paragraphe sur la place de l’éducation au développement durable en physique-chimie, puis un tableau de « compétences de démarche scientifique travaillées en physique-chimie ». On peut noter avec intérêt que si la démarche d’investigation fait partie des attendus « Choisir ou proposer un dispositif expérimental ou un protocole simple pour répondre à une question scientifique », elle n’est fort heureusement pas la seule méthode retenue puisque apparait aussi : « Mettre en œuvre un protocole en utilisant un équipement adapté, en respectant les règles de sécurité adéquates. »
Dans la partie « repères pour l’enseignement », les professeur·es sont invité·es à « varier les activités proposées aux élèves ». Alors que les nouveaux programmes de français et de mathématiques tendent vers la méthode dite de l’« enseignement explicite », cette invitation est très appréciable.
Si l’on cherche évidemment à tendre vers cette compétence : « À l’écrit comme à l’oral, réaliser une présentation des étapes de son travail de manière synthétique, organisée, cohérente et compréhensible », elle parait très ambitieuse au niveau du collège. Enfin, « Interagir à l’oral lors d’un travail de groupe et argumenter dans le cadre d’un débat scientifique » sont des compétences qui demandent du temps pour pouvoir être travaillées et donc un allégement des programmes.
Le paragraphe sur les « compétences d’ordre psychologique et social développées dans les enseignements de physique-chimie » est davantage problématique.
Toutefois, le SNES-FSU note qu’il a été entendu au moins partiellement lors des concertations sur le projet de socle commun puisque les compétences citées sont précédées de formulations prudentes : « adopter une posture rationnelle qui peut aider à réguler ses émotions au cours de débats contradictoires. Ces éléments peuvent aussi aider l’élève à surmonter les conflits de loyauté que ces apprentissages peuvent générer face aux préconceptions liées à son expérience individuelle et à ses convictions. » Ces précautions langagières rendent cette partie du projet de programme moins injonctive que les formulations utilisées dans les programmes déjà publiés dans d’autres disciplines. C’est un progrès notable.
Des conseils pour enseigner
Une partie s’intitule « repères pour l’enseignement ». Elle débute par une réflexion sur l’« égalité entre tous les élèves, et particulièrement entre les filles et les garçons ». On note cependant que cela concerne seulement les élèves et pas les personnels puisqu’il n’y a aucune féminisation dans ce texte. On n’y parle que de « l’enseignant » !
Les inégalités sociales sont aussi pointées. Il ne faudrait toutefois pas seulement responsabiliser les professeur·es sur leurs pratiques mais aussi prendre en considération que la structure même des enseignements, notamment au lycée, trie les élèves selon leur genre et leur milieu social en éloignant les filles et les élèves issu·es de familles populaires des études scientifiques. Les nouvelles classes « filles et maths » sont d’ores et déjà des classes d’élite dans les quelques collèges qui les ont mises en place, ce qui crée un tri scolaire donc social de fait.
Il est conseillé de « mettre en œuvre une évaluation par compétences lorsque c’est adapté, notamment lors des activités expérimentales ou lors de tâches complexes à l’écrit ou à l’oral ». Si l’évaluation par compétences est encore préconisée, c’est de façon bien plus précautionneuse que ce que l’on a pu connaitre et il sera bon d’utiliser cette remarque face à certain·es IA-IPR trop injonctifs ou injonctives sur ce sujet.
Prudence face à l’IA
La sous-partie suivante est consacrée à la « place du numérique, de l’intelligence artificielle et de la pensée informatique dans les enseignements ». Ce paragraphe dont l’intitulé pouvait inquiéter correspond plutôt bien à la très grande prudence réclamée par le SNES-FSU en matière d’IA générative : « L’intelligence artificielle peut être utilisée, mais elle ne saurait se substituer à l’élève pour réaliser des activités constitutives de son apprentissage (résolution d’exercices, écriture de comptes rendus d’activités, mise en forme de résultats d’observation, etc.). L’analyse de productions erronées d’une intelligence artificielle générative peut être mobilisée comme exercice de l’esprit critique des élèves. Les enseignants sont encouragés dans le cadre de leur enseignement de physique-chimie à présenter des exemples où l’intelligence artificielle non générative est exploitée dans le domaine scientifique (reconnaissance d’images ou de formes, identification de régularités statistiques, etc.). » Il prône donc de former l’esprit critique des élèves face à ses résultats.
Le SNES-FSU poursuit son analyse des Contenus de ce projet de programme dans un autre article.
Une brève analyse est disponible ici.






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