Le processus de conception des programmes de mathématiques du cycle 4, débuté par la mise en ligne des projets de programmes du cycle 4 en juin 2025, s’est achevé, avec la publication, au BOEN de ce 5 mars, de programmes finalement assez différents de la première version.
Cette dernière entendait totalement baliser et imposer les modes d’introduction des notions, les types d’exercices à travailler, le tout présenté au cœur des programmes comme autant d’injonctions incontournables qui laissaient présager la mise en place d’une pédagogie officielle, prolongeant les nouveaux programmes de cycles 1 et 2. En prenant appui sur les évolutions arrachées par le SNES-FSU sur les nouveaux programmes de cycle 3 (Sixième notamment), il a été possible de faire sortir des programmes les « exemples de réussite et les conseils de mise en œuvre » qui occupaient de fait la moitié de leur contenu ! La multiplication des injonctions, sans aucune liberté de recourir à d’autres modes d’introduction des notions, ou de varier les exercices hors des « exemples de réussite » se retrouve finalement, à titre de documentation mais sans réelle valeur prescriptive, dans les documents d’accompagnement, comme dans le programme actuel de Sixième.
Préserver la liberté pédagogique
Le SNES-FSU a longuement argumenté, jusque dans les détails, pour que ce type d’injonctions soient sorties des programmes, avec l’objectif de laisser autant que possible s’exprimer la liberté pédagogique reconnue aux expert·es des apprentissages mathématiques que sont les professeur·es. Il a aussi obtenu de nombreuses réécritures sur les modalités d’évaluation, qui consistaient initialement en de longs développements relevant davantage de la formation initiale et continue, que de programmes. Ces formulations, souvent sous forme de listes de pratiques, ont pratiquement disparu du texte final et permettront de libérer les collègues de la contrainte, matériellement intenable, de pratiquer toutes ces formes d’évaluations : écrites, orales, individuelles, collectives, sous forme de QCM, de problèmes, de vérification systématisée à chaque début de séance d’automatismes, formatives et terminales, etc.
Limiter le poids des compétences psychosociales
Le ministère avait fait du travail sur les compétences psychosociales de Santé publique France l’une des intentions majeures générales des nouveaux programmes, après en avoir fait un des axes de la dernière circulaire de rentrée. Aussi le projet de programme en appelait-il, à de multiples endroits, à de véritables séances de coaching personnel, ou de développement personnel, bien-être et lutte contre le stress inclus (tout en considérant qu’il fallait mettre les élèves volontairement en état de stress pour leur en apprendre la gestion …). C’était d’une part attribuer aux enseignant·es que nous sommes des compétences que nous n’avons évidemment pas, et à la fois prendre le risque de conduire nos élèves – adolescent·es en construction – sur des pratiques risquées pour leur santé mentale : moyen pratique de ne pas investir dans des personnels de santé, ou psychologues, tout en nous faisant porter une très lourde responsabilité compte tenu de l’état psychologique dans lequel nous accueillons nos élèves dans leur diversité et leurs difficultés sociales, familiales, personnelles, etc. Le SNES-FSU a clairement refusé, jusqu’au bout, de faire de nous des apprenti·es-sorcier·es, y compris en tentant de transmuer les compétences psychosociales, dont certaines se rapprochent aussi bien des attentes patronales que du contrôle social, en compétences mathématiques (lire nos analyses de fond ici et là) : le texte final en porte la marque, en conservant en titre en référence aux compétences psychosociales et une liste, assez réduite, de compétences mathématiques qui, elles, ont un réel sens pédagogique. Celles-ci restent cependant parées dans le texte final de vertus quasi-magiques sur les élèves, qui ont peu à voir avec l’essence des mathématiques…
Des programmes lourds et à deux vitesses ?
Mais s’il a pu peser sur ces points extrêmement problématiques, le SNES-FSU n’a pas pu réduire l’ampleur des programmes, ni leur dichotomie entre automatismes et notions ambitieuses et parfois même très ambitieuses.
De ce point de vue, on ne peut que remarquer la lourdeur des notions, le nombre de notions nouvelles introduites et les très rares retirées (dont les nombres premiers, ce qui a interpellé la plupart des organisations syndicales) au prétexte que les élèves du cycle 4 seront désormais mieux préparé·es par les cycles antérieurs, eux aussi renforcés … Un sacré pari, qui repose sur le postulat que le travail régulier opéré en amont sur les automatismes, leur maîtrise systématisée et les possibilités pour les élèves de les mobiliser rapidement, et l’introduction plus précoce de notions rendront possibles des apprentissages plus ambitieux. Cela peut être séduisant, mais rien ne dit que ce pari sera gagné. Pire, le risque est grand de voir se constituer des écarts très importants, selon les publics scolarisés, entre les élèves qui parviendront à grand-peine en une année à assimiler les seuls automatismes sans avoir assez de temps pour les apprentissages plus ambitieux et qui demandent du temps, et les élèves qui, rapidement débarrassé·es de la maîtrise des automatismes pourront se confronter à des savoirs et exercices complexes : un programme qui collait aux groupes de niveaux, et au renoncement à la même ambition de même maîtrise par l’ensemble des élèves d’une même classe d’âge… répondant en cela à l’objectif affiché, avant même le Choc des Savoirs, pour le collège dans la note de service du 10/01/23 « Une nouvelle dynamique pour les mathématiques » : « Au collège, lutter contre la grande difficulté scolaire et cultiver l’excellence » … mais pas en même temps ou partout !
Un SNES-FSU offensif et qui aura pesé
Malgré ces problèmes, lourds, qui demeurent donc au moment de la publication finale des programmes, le SNES-FSU se sera attaché à porter avec constance son ambition de réussite disciplinaire pour toutes et tous les élèves : il l’a fait souvent seul, même s’il a souvent rassemblé l’ensemble des organisations syndicales derrières ses propositions. Lors du Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE), dernière étape avant la publication des programmes où il a encore obtenu des avancées, l’ensemble de ses amendements ont été majoritairement soutenus par le Conseil.
Le SNES-FSU restera attentif aux remarques que pourront faire l’ensemble des collègues lorsqu’elles et ils auront à mettre en œuvre ces programmes de manière échelonnée sur les rentrées 2026 à 2028, de la Cinquième à la Troisième, autre acquis face à un ministère qui aurait bien voulu une mise en œuvre simultanée sur les 3 niveaux dès la rentrée 2026…




Élections professionnelles :