Depuis près de 20 ans, le ministère, par l’intermédiaire de la DEPP établit des enquêtes qui permettent des comparaisons du niveau des élèves en physique-chimie et en sciences de la vie et de la Terre. L’enquête 2024 porte sur un échantillon de 375 collèges (publics et privés sous contrat). Via une évaluation sur ordinateur en ligne, 10 000 élèves de Troisième ont répondu à l’enquête. A l’issue du test, un questionnaire complémentaire sur le rapport aux Sciences a été proposé aux élèves. Par ailleurs, 8 élèves de chaque classe sélectionnée ont passé une évaluation des compétences expérimentales :
- En PC, les évaluations pratiques ont concerné la réalisation de mesure en électricité et l’identification d’ions dans le cadre d’une enquête policière,
- En SVT, ces évaluations pratiques ont portés sur l’utilisation d’un microscope avec réalisation d’une préparation microscopique, et utilisation d’un logiciel de simulation de mouvement des plaques tectoniques (Tectoglob)
Une baisse continue des performances depuis 2013
Le score moyen des élèves de fin de collège s’établit à 232 points en 2024, contre 238 en 2018 et 250 en 2013 — un niveau qui était resté stable entre 2007 et 2013. La chute atteint donc 18 points en onze ans.
Ce recul s’accompagne d’un glissement entre les différents de maîtrise :
- La part des élèves dans les groupes les plus en difficulté (groupes « inférieur à 1 » et « 1 ») est passée de 15 % en 2013 à 25 % en 2024
- Le taux des élèves des groupes les plus « performants » se réduit, avec une baisse constante au sein du groupe 5 (4 % en 2024 contre 5 % en 2018, et 9 % en 2013)

Des écarts de performance marqués en lien avec le contexte social
La DEPP a intégré l’indice de position social (IPS) pour étudier l’évolution des performances au regard du niveau social des collèges. L’étude souligne le poids important des inégalités sociales. En 2024, l’écart de score entre les élèves issus des établissements les plus favorisés et les plus défavorisés atteint 34 points, contre 30 points en 2018, signe d’un creusement des écarts.

Une moindre mixité sociale peut notamment entraîner une baisse du score moyen du quart des collèges les moins favorisés (1er quart). Alors que le score des élèves scolarisés dans les collèges du dernier quart (établissements les plus favorisés) reste stable.
Score moyen et répartition en % dans les groupes de performance en sciences en fin de collège selon les caractéristiques des élèves

En 2024, la baisse du score moyen se concentre sur les établissements publics hors éducation prioritaire. Entre 2018 et 2024, en éducation prioritaire comme dans le privé sous contrat, le score reste stable.
Le lien entre inégalités sociales et inégalités scolaire est connu, et argumenté. Réduire les inégalités scolaires passe par des moyens, comme le maintien des effectifs réduits en classe, des dédoublements en Sciences. Une réelle politique nationale d’Éducation prioritaire est essentielle
Quand les conditions d’expérimentation se dégradent…
Même si les savoir-faire expérimentaux semblent maîtrisés, il n’en demeure pas moins que les élèves ne manipulent que trop « rarement » ou « jamais ».
Répartition des élèves en fonction des manipulations réalisées en classe

Avec des effectifs classe de plus en plus chargés, et une enveloppe d’autonomie qui donne lieu à des arbitrages de plus en plus contraints, la tendance à faire manipuler les élèves diminue comme autant de groupes réduits au sein des établissements.
Des écarts et des aspirations scientifiques genrés
Comme en 2018, les résultats des filles et des garçons restent comparables, même si les filles se sous-estiment davantage sur leur niveau en sciences. Ce sentiment de confiance en soi altérée, alors que les résultats sont identiques, perdure chez les filles au collège et au lycée.
Pour autant, le sentiment de pouvoir réussir en sciences progressent chez les filles (74 % contre 64 % en 2018). Avec une variation dans appétence des disciplines scientifiques : la technologie et la physique ont la préférence des garçons (+24 et +15 points par rapport aux filles), la biologie celle des filles (+12 points pour les filles).
Autant de filles que de garçons envisagent d’exercer une profession scientifique, en progrès chez les filles. Pour autant, une distinction se fait dans le domaine privilégié, le médical et le paramédical ayant la préférence pour les filles, alors que les garçons s’orienteraient plus vers l’informatique.
Quand les Sciences ont un rôle à jouer
Le rapport des trois disciplines scientifiques dans les questions sociétales (environnement, santé) a progressé chez les élèves. Dans une très grande majorité, les élèves ont conscience du rôle important des sciences et de la technologie pour améliorer la vie quotidienne, comprendre le monde qui les entoure, apporter des solutions dans le domaine de la santé ou de l’environnement.
Conclusion
L’enquête Cedre 2024 confirme une tendance préoccupante : le niveau en sciences des collégiens français continue de s’éroder, particulièrement dans les établissements les moins favorisés.
Les acquis pratiques et l’intérêt déclaré pour les sciences doivent permettre d’inverser cette tendance. à condition de renforcer le temps d’enseignement, les manipulations et l’accompagnement des élèves les plus fragiles.
Avis du SNES-FSU
Depuis de nombreuses années, le SNES-FSU pointe ces inégalités persistantes, que cela soit en terme d’inégalités sociales, de moyens, de concurrence entre disciplines pour la répartition de l’enveloppe « Marge ».
Dernièrement, le ministère a sorti de son chapeau le plan Maths-Sciences avec les Classe à Horaire Aménagé Maths-Sciences (CHAMS). Rien ne sera réglé avec ce dispositif, ségréguant une nouvelle fois au sein des collèges…et prenant des heures qui pourraient servir à toutes et tous.
Pour rappel, le SNES-FSU porte un projet éducatif émancipateur. Il est donc force de propositions.
- Un temps nécessaire pour développer chez les élèves de réelles capacités scientifiques.
- Des horaires de physique-chimie, SVT identifiés en Sixième
- Le retour de la Technologie en Sixième
- Des groupes à effectifs réduits garantis par une grille nationale pour une expérimentation qui permette la construction de savoirs, en sécurité, et l’expression de chacun.e lors d’une démarche scientifique réflexive.




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