Une laborieuse concertation avec le Ministère

Le dispositif de « concertation » auquel nous avons participé a été, comme toujours, un long combat. Il s’est avéré particulièrement chaotique cette année.

  • En février 2025, les éditeurs étaient informés des projets de nouveaux programmes et commençaient à constituer des équipes de rédacteurs. Les représentant·es des personnels et des élèves durent attendre le moins de juin pour les voir apparaitre sur le site du Ministère. Pourquoi ce décalage ? Pourquoi privilégier les éditeurs sur l’ensemble des autres acteurs du système scolaire ? Nous n’avons jamais eu droit à une véritable réponse.
  • La publication des projets de programmes par le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) devait ouvrir une phase de concertation. Mais début juillet 2025, nous apprenions que le processus était reporté, sine die. La raison ? Là encore, pas de véritable explication, sinon des allusions à des risques de polémiques dans un contexte politique troublé, et à des problèmes de financement du renouvellement des manuels.
  • Ce n’est qu’en janvier 2026 que le Ministère acceptait de reprendre le travail sur l’élaboration de nouveaux programmes, mais en le limitant aux Cycles 2 et 3, alors que le CSP avait présenté des projets pour le Cycle 4 également. Après un long silence de sept mois, un « groupe de travail » (GT) d’une petite heure et demie était proposé afin que toutes les organisations syndicales (OS) s’expriment sur les programmes d’Histoire-Géographie du CP à la 6e !

N’ayant pu nous prononcer de manière satisfaisante lors de ce GT, notamment au vu des nombreux problèmes que comportaient les programmes de 6e, nous avons vivement dénoncé ce dispositif. Un deuxième GT nous a été concédé, d’une durée de 3 heures, au cours desquelles nous avons pu, en coordination avec nos camarades de la FSU-SNUIpp, porter plus confortablement nos revendications.

La concertation s’est poursuivie lors des instances réglementaires : Commission spécialisée (CSL) puis Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE). Lors de la CSL, la consultation sur les programmes de 6e a manqué d’être totalement évacuée au motif qu’il était midi passé. Notre insistance a permis un travail très constructif de quinze minutes… Enfin, lors du passage en CSE, les échanges ont pu être plus longs : une demi-journée pour l’ensemble des nouveaux programmes, dont une heure sur ceux de Sixième. Mais rappelons que ces instances (CSL et CSE) rassemblent les représentant-es de l’ensemble des personnels, des élèves, des familles, des collectivités, ou encore du patronat !

Alors que les propositions de programmes étaient écrites depuis février 2025 et publiées en juin de la même année, le SNES-FSU ne peut que dénoncer la précipitation dans laquelle la « concertation » s’est tenue. Quant à la consultation en ligne organisée par le Ministère, beaucoup de collègues n’en ont même pas été informé·es ou alors bien trop tardivement pour pouvoir y répondre. C’est d’autant plus regrettable que ces programmes qui contraindront les personnels et les élèves pour plusieurs années sont marqués par des problèmes majeurs.

Comment penser la Sixième sans le reste du Collège ?

Première incohérence majeure : le Ministère a persisté à traiter les programmes de 6e avec ceux du premier degré, et non avec ceux du cycle 4. Cela nous a donc obligé·es à traiter un ensemble de textes marqué par une évidente rupture entre CM2 et 6e, et, pire encore, à désarticuler les programmes de 6e du reste du collège, alors qu’ils ont été manifestement pensés conjointement.

Cela a particulièrement posé problème concernant le chapitre sur Rome. En effet, contrairement aux programmes actuels, les nouveaux programmes prévoient que l’histoire romaine soit étudiée en début d’année de 5e et non en 6e comme le reste de la période antique. C’est d’autant plus contestable que l’histoire des Celtes fait son apparition dans le programme de 6e et nécessite d’être reliée à l’histoire romaine ! Le Ministère a bien tenté de régler la question en supprimant les occurrences des termes « Romains » et « conquête romaine ». Il reste que Jules César est toujours mentionné dans les « repères » du thème !

Nous avons demandé à plusieurs reprises de remonter le thème sur Rome en 6e, en vain (il aurait fallu pour cela que les programmes du Cycle 4 soient à l’ordre du jour !). Cet entêtement nous semble peu compréhensible tant il est incohérent d’un point de vue scientifique et didactique.

Quelques avancées significatives

En dépit de ce contexte contraint, le SNES-FSU peut se féliciter d’avoir modifié positivement et substantiellement ces textes, notamment grâce au travail collectif réalisé au sein du groupe Histoire-Géographie.

D’abord, la présentation générale a gagné en lisibilité. Chaque thème est organisé en trois colonnes : « objectifs d’apprentissage », « attendus » et « repères » (chronologiques et spatiaux), qui remplacent un agencement répétitif en quatre colonnes. De plus, la rubrique « héritages », dont nous dénoncions le caractère « lavissien » a été supprimée. Elle a été remplacée par une rubrique « Patrimoine et œuvres d’art », mobilisable si l’enseignant·e le souhaite. Par ailleurs, nos demandes et nos amendements en matière de féminisation des textes ont été reprises, par exemple en remplaçant « Hommes » par « humains ».

Autre satisfaction : la fusion des deux thèmes sur la Mésopotamie et l’Égypte antique en un seul. En effet, ceux-ci étaient trop similaires, tant par les objets et les notions étudiés que par la manière de les aborder. Désormais, les enseignant·es auront le choix entre les deux aires géographiques. Le SNES-FSU a également obtenu quelques bougés au sujet de la Préhistoire, dans le sens d’une meilleure prise en compte des différentes humanités au Paléolithique, ainsi que la suppression de l’expression « invention de l’agriculture ». Précisons-le d’emblée, la version finale pour ce chapitre reste très insatisfaisante (cf. infra).

En géographie, le SNES-FSU a insisté lourdement pour une présence plus systématique et surtout plus poussée de l’étude du réchauffement climatique, à travers ses formes, ses causes et ses conséquences. Dans cette logique, il était fondamental de ne pas aborder que l’adaptation des sociétés, mais aussi la nécessité des politiques d’atténuation. Les fortes réticences du Ministère à intégrer ce terme restent préoccupantes. Cependant, l’expression « réchauffement climatique » était initialement absente. Le travail du SNES-FSU a permis qu’elle apparaisse désormais dans le préambule des programmes de géographie au cycle 3, ainsi que dans deux thèmes en 6e.

Des aberrations persistantes

Malgré ces modifications, plusieurs aspects de ces programmes restent contestables et constituent même des reculs, tant vis-à-vis des textes actuellement en vigueur que des apports de la recherche.

D’une part, un volume horaire est prescrit pour chaque thème. Le total correspond au maximum théorique d’heures sur une année scolaire de 36 semaines, sans absence, sortie, action, voyage, etc. Nouvelle preuve d’un prescrit décroché du réel, mettant les collègues dans des situations de métier empêché. On peut aussi y voir une attaque envers notre liberté pédagogique et notre expertise de concepteurs et conceptrices : nous ne saurions penser des progressions et des programmations sans la béquille ministérielle. Le Ministère a explicitement exprimé ses craintes de voir les collègues traiter de manière déséquilibrée l’histoire et la géographie si des horaires ne leur étaient pas imposés.

Soulignons enfin des problèmes scientifiques et didactiques importants. C’est le cas de la Préhistoire. Malgré quelques concessions, les premières humanités et les migrations depuis Toumaï sont marginalisées, comme si l’histoire humaine commençait avec le néolithique. C’est à la fois un recul vis-à-vis des programmes actuels qui abordent pleinement ces thématiques, mais également à l’égard de la recherche. Celle-ci rappelle l’importance de l’étude des sociétés paléolithiques, des migrations et de l’évolution humaine, thématiques qui permettent par ailleurs une interdisciplinarité féconde avec les SVT.

De même, le SNES-FSU a appuyé les demandes de la FSU-SNUipp quant à l’enseignement de la Seconde Guerre mondiale en CM2. Malgré des demandes répétées, argumentées, fondées sur la recherche, le Ministère a refusé que soit mentionnée la participation de la France au génocide des Tsiganes. Le projet initial ne mentionnait que leur internement, et la seule concession a été de parler de leurs persécutions. Pour la FSU, il s’agit bien d’une énième « figure du déni » du génocide des tsiganes comme le nomme la chercheuse Lise Foisneau.

Pour finir, nous précisons que le programme de Sixième entrera en vigueur à la rentrée 2027, sans doute en même temps que celui de Cinquième, ce qui ne pourra qu’alourdir la tâche des collègues. Il faudra attendre de voir la publication des programmes au Bulletin Officiel pour en avoir une version définitivement validée par le Ministère. Quant au Cycle 4, le SNES-FSU n’a à ce jour aucune information sur le calendrier des consultations.


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