Une fois de plus, les annonces ministérielles sont publiées dans la presse avant même consultation des représentant·es des personnels et validation des textes dans les instances… En effet, Édouard Geffray a annoncé, le lundi 26 mai dans le quotidien Ouest France, la possibilité, pour les élèves apprenant des langues vivantes dites « régionales » (LVR), de passer les épreuves terminales de spécialité du bac dans ces langues à partir de 2028. Cette annonce est largement relayée dans la presse locale et nationale. Si cette décision contribue à première vue à une meilleure reconnaissance des LVR, elle ne concerne, en réalité, que les élèves des lycées immersifs associatifs sous contrat avec l’État (Diwan, Ikastola, Skola Corsa…), c’est-à-dire des établissements privés ! En effet, les élèves des lycées publics ne peuvent pas passer ces spécialités car elles ne sont pas dispensées en langues régionales. Seules les matières du tronc commun peuvent être enseignées dans ces langues, les rectorats refusant d’ouvrir cette possibilité aux élèves du public. Ainsi, en accordant cette liberté uniquement pour les épreuves de spécialité, le ministère s’offre un affichage favorable aux langues régionales sans que cela ne coute quoi que ce soit à l’Éducation Nationale. Pire, il offre une sorte de privilège aux élèves et familles ayant fait le choix de ces lycées privés.
Un droit disparu avec la réforme Blanquer du lycée
Avant la réforme du lycée de 2019, les disciplines faisaient l’objet d’une épreuve terminale. Ainsi, les élèves du public bilingue pouvaient aussi passer au moins une épreuve terminale en langue régionale, le plus souvent, l’histoire-géographie en plus de l’épreuve de langue. Aujourd’hui, ni l’histoire-géographie, ni les langues ne sont concernées par les épreuves terminales. Par voie de conséquence, la réforme du lycée a contribué à invisibiliser les langues et cultures régionales. D’ailleurs, depuis 2019, l’enseignement facultatif des langues vivantes étrangères et régionales est bien mis à mal pour plusieurs raisons. La réforme Blanquer du lycée a complexifié les emplois du temps, ainsi, les LVC (enseignement facultatif des langues vivantes et régionales) sont dispensées sur des créneaux horaires peu attractifs pour les élèves ; de plus, elles ne bénéficient plus de points bonus comme cela était le cas avant la réforme 2019. Cette tendance a été confirmée par le rapport d’information du Sénat d’octobre 2025 Enseignement des langues régionales : agir pour la transmission de ce patrimoine immatériel.
Les langues régionales au collège, une omission qui fait sens
Dans l’interview d’Édouard Geffray au journal Ouest-France, il n’est, à aucun moment, fait mention des LVR au collège. Pourtant, à ce niveau-là aussi les différentes réformes ont porté des coups à leur enseignement. Le premier a été porté en 2016, lors de la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation Nationale. Les enseignements dits complémentaires, parmi lesquels l’enseignement facultatif des langues régionales, ne bénéficient plus que de la moitié du financement spécifique. Dès lors, nombre de collèges ont vu ces options disparaitre. La réforme du « choc des savoirs » a été un nouveau coup de grâce car pour mettre en place les fameux « groupes de besoins », les chef·fes d’établissement ont puisé dans leurs marges d’autonomie, comme celles qui permettaient de mettre en place l’enseignement optionnel des langues régionales. Si cette réforme est partiellement abandonnée, rien ne laisse penser que ces marges sont suffisantes pour rouvrir des enseignements facultatifs.
Ainsi, si le SNES-FSU souhaite que les politiques en faveur des langues et cultures régionales ne soient pas que de l’affichage, il est urgent que le ministre évalue les dégâts qu’ont produits les dernières réformes. Le SNES-FSU continue de soutenir l’abrogation des réformes du lycée de 2019 et du « choc des savoirs ». Il souhaite que des moyens spécifiques soient alloués à l’enseignement facultatif des langues régionales, qu’elles soient revalorisées aux examens nationaux, que leur enseignement soit assuré de la maternelle à la faculté en formant des enseignant·es en nombre suffisant pour éviter les ruptures dans le parcours bilingue. Pour que le vivier d’enseignant·es soit suffisant, il faut aussi une réelle revalorisation de nos métiers.




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