En cette rentrée 2021, de nombreux collègues peuvent exercer, dans les collèges et les lycées, une mission de tutorat. Rémunération, responsabilité, statut du tutoré… les situations sont en réalité très diverses. Sous le prétexte de mettre en place une entrée dans le métier progressive, la réforme de la formation des enseignants et des CPE, qui entre à la session 2022 dans sa dernière ligne droite, a en effet multiplié les statuts d’étudiants placés plus ou moins en responsabilité dans les collèges et les lycées. Nous nous proposons ici de faire le point.

Tuteur de fonctionnaire-stagiaire, lauréat de concours à mi-temps en établissement et en formation à l’INSPE

Rémunération : indemnité de mission particulière (IMP) de 1250€ par an, alors qu’avant 2014, elle était de 2000 €.

Sous certaines conditions, les fonctions de tuteur ayant ouvert droit à indemnité ouvre l’accès à la classe exceptionnelle (voie 1, voir le détail ici).

Missions : Circulaire n° 2014-068 du 20-5-2014, Annexe 15

Choisi par l’Inspecteur car « expérimenté, reconnu pour ses compétences didactiques et pédagogiques, son engagement dans le système éducatif », le tuteur de terrain est théoriquement volontaire, même si parfois l’IPR fait fortement pression sur les collègues. Il exerce la plupart du temps dans le même établissement que le stagiaire. Ses missions : participer à l’accueil du stagiaire avant la rentrée, l’aider à sa prise de fonction, à la conception de séquences d’enseignement, à la prise en charge des classes, lui apporter, tout au long de l’année, conseils et assistance, l’accueillir dans ses classes et l’observer dans les siennes, l’aider à exprimer ses besoins de formation.

Les rectorats et/ou les INSPE publient parfois des guides à l’intention des tuteurs de terrain. Ils détaillent notamment les procédures de suivi et d’évaluation, fondés sur le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013 et des grilles ad hoc. C’est aussi au tuteur que peut revenir (ainsi qu’au stagiaire lui-même, au chef d’établissement ou au tuteur de l’INSPE) de déclencher une « procédure d’alerte », en cas de difficulté, afin de mettre en place un accompagnement renforcé du collègue stagiaire.

Le commentaire du SNES-FSU : Le tuteur n’est pas déchargé pour assurer cette vaste mission qui demande un temps de travail conséquent et pire, sa rémunération a été nettement diminuée depuis 2014.

Tuteur d’étudiant en M1 MEEF, en stage d’observation et de pratique accompagné (SOPA)

Rémunération : 150 euros par étudiant pour l’ensemble de ses périodes de stage d’observation et de pratique accompagnée (si l’étudiant a plusieurs tuteurs pendant ces périodes, ces derniers se partagent l’indemnité de 150 euros).

Sous certaines conditions, les fonctions de tuteur ayant ouvert droit à indemnité ouvre l’accès à la classe exceptionnelle (voie 1, voir le détail ici).

Missions : Il n’y a pas de texte spécifique, en dehors de l’Arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » revu en 2019 et 2020, qui prévoit un stage d’observation et de pratique accompagnée de 6 semaines en M1.

Le commentaire du SNES-FSU : L’absence de cadrage précis des missions des tuteurs d’étudiants en M1 SOPA et la faiblesse de la rémunération rendent cette mission parfois difficile ; la notion de « pratique accompagnée » est elle-même extrêmement floue car d’un lieu de formation à un autre les stagiaires de M1 n’auront pas reçu les mêmes consignes quant à ce qu’ils devront réaliser pendant leur stage (observation, co-animation de cours, enseignement d’une séquence, etc.)

Tuteur d’étudiant en M2 MEEF, en stage d’observation et de pratique accompagné (SOPA)

Rémunération : 300 euros par étudiant pour l’ensemble de l’année.

Sous certaines conditions, les fonctions de tuteur ayant ouvert droit à indemnité ouvre l’accès à la classe exceptionnelle (voie 1, voir le détail ici).

Missions : Il n’y a pas de texte spécifique, en dehors de l’Arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » revu en 2019 et 2020, qui prévoit un stage de 12 semaines en M2 (18 semaines sur toute la durée du master, pour les étudiants qui ne sont pas en alternance).

Les guides publiés par certains INSPE (tous ne sont pas à jour, alors que les maquettes de master changent substantiellement en 2021-2022, voir Quelques documents ci-dessous) font référence aux missions confiées aux tuteurs des stagiaires en responsabilité (fonctionnaire stagiaire ou contractuel alternant). Les conditions du stage SOPA sont pourtant différentes, puisque l’accueil se fait dans la classe même du tuteur, appelé à laisser progressivement le stagiaire prendre la classe en responsabilité, en autonomie, mais sous sa supervision.

L’organisation du stage SOPA n’est pas la même dans tous les INSPE, qui répartissent de diverses manières les 12 semaines à temps complet que doit représenter la durée du stage. Le tuteur n’exerce pas nécessairement sa mission toute l’année, les stagiaires pouvant avoir plusieurs lieux de stages.

L’arrêté du 27 août 2013 précise également que « l’évaluation de cette période de formation repose sur une analyse écrite ou orale et donne lieu à l’avis des tuteurs de la structure d’accueil et de l’INSPE. » Certains documents académiques évoquent explicitement la participation des tuteurs à la préparation au concours.

Le commentaire du SNES-FSU : Les objectifs de formation des nouveaux M2 MEEF sont très ambitieux… puisque le Ministère n’en attend pas moins qu’à l’issue du M2 et du concours, ils soient prêts à enseigner à plein temps pendant leur année de fonctionnaire-stagiaire (en 2022-2023). La responsabilité qui pèse sur les tuteurs est donc lourde au regard de la rémunération de cette mission !

Tuteur d’étudiant en M2 MEEF, en alternance dans un collège ou un lycée (contractuel-alternant)

Rémunération : Elle est passée, après un courrier du DGRH adjoint aux rectorats, de 600 à 800€ à compter du 1er septembre 2021.

Sous certaines conditions, les fonctions de tuteur ayant ouvert droit à indemnité ouvre l’accès à la classe exceptionnelle (voie 1, voir le détail ici).

Missions : Note de service du 27-11-2020

Les Étudiants contractuels alternants (ECA) ont en principe deux tuteurs, l’un choisi dans l’équipe enseignante de l’INSPE, l’autre « désigné, sur la base du volontariat » par l’IPR ou le chef d’établissement. Ce « tuteur de terrain […] exerce les fonctions de maître d’apprentissage et conseille le contractuel alternant pendant cette première phase de professionnalisation. Identifié pour ses qualités professionnelles et son expérience, il est chargé du suivi et de l’accompagnement du contractuel alternant. Il contribue à la construction des compétences professionnelles attendues dans le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013. Il accompagne le contractuel alternant dans la mise en œuvre des apprentissages et l’évaluation des élèves et pour toutes les questions relevant de la gestion et de la conduite de la classe ». Le Vademecum de la réforme publié par le Ministère précise que les deux tuteurs « rendent un avis au titre de l’évaluation de [la] période d’alternance »

Le commentaire du SNES-FSU : Les missions du tuteur de terrain, telles qu’elles sont définies dans la note de service du 27 novembre 2020, sont très étendues et pratiquement similaires à celles d’un tuteur de fonctionnaire-stagiaire, pour une rémunération pourtant nettement inférieure. À la rentrée 2021, certains IPR ont pu en donner une version plus expansive encore : aide à la préparation au concours, évaluation…Par ailleurs, présenté comme l’un des pivots de la réforme de la formation, ce dispositif qui permet la mise en responsabilité avant le concours, ce que le SNES-FSU dénonce, démarre bien mal : les rectorats semblent avoir eu le plus grand mal à trouver des étudiants volontaires à la rentrée 2021 !

Tuteur d’un AED en pré-professionnalisation

Rémunération : Elle est passée, après un courrier du DGRH adjoint aux rectorats, de 600 à 800€ à compter du 1er septembre 2021.

Sous certaines conditions, les fonctions de tuteur ayant ouvert droit à indemnité ouvre l’accès à la classe exceptionnelle (voie 1, voir le détail ici).

Missions : Circulaire 2019-156 du 6-11-2019

L’AED en pré-professionnalisation est un étudiant qui signe un contrat de 3 ans dans un établissement du second degré, et qui est censé prendre en charge des missions de plus en plus nombreuses (observation et aide aux devoirs en L2 et L3 puis prise en charge d’heures de cours en M1). Il doit être accompagné dans son collège ou son lycée. Son tuteur doit être un professeur expérimenté, qui le « guide » pour les activités pédagogiques, et intervient « dans la planification, l’organisation de l’activité, le développement des apprentissages et pour toute question relative au bon déroulement des heures de présence réalisées en établissement ou en école ».

Le commentaire du SNES-FSU : Les collègues qui s’engagent dans ce tutorat doivent être attentifs au fait qu’un AED Prépro signe un contrat de 3 ans (qui, en principe, devrait être renouvelé pour son année de M2 MEEF, mais les textes ne sont pas encore publiés). L’affectation dans un établissement est, sauf circonstance exceptionnelle, pour 3 voire 4 ans. Cela signifie qu’il est probablement attendu du tuteur un engagement de même durée !

Il faut également rester très vigilants sur les missions qui peuvent être confiées aux AED Prépro car nombre d’entre eux se voient parfois confier des missions de vie scolaire ou de surveillance (ce qui ne fait pas partie de leur contrat) ou sont utilisés trop tôt dans leur cursus pour effectuer des remplacements dans leur établissement.

Quelques documents

Les INSPE et les rectorats publient parfois des guides, des mémentos et même des capsules vidéo à destination des tuteurs. Nous en avons rassemblé ci-dessous quelques-uns, la liste ne prétend pas à l’exhaustivité et va être complétée. Le contenu de ces publications n’engage pas le SNES-FSU.

Sur le site de l’INSPE de Grenoble : Cahier des charges des tuteurs de stages

Sur le site de l’INSPE de Limoges, Le « Livret unique de l’accompagnement des professeurs et CPE stagiaires, des contractuels alternants et des étudiants en M2 SOPA »

Sur le site de l’INSPE de Lyon, Tutorat mixte – Mode d’emploi – 2021-2022 (pour les fonctionnaires stagiaires et les tuteurs INSPE), le Cahier des charges tutorat contractuels alternants 2021-2022, le Cadrage tutorat mixte 2021-2022

Sur le site du rectorat de Nancy-Metz, une rubrique Accompagnement des tuteurs avec des capsules vidéo destinées aux tuteurs d’étudiants en responsabilité ou en stage SOPA

Sur le site de l’INSPE de Reims, Livret d’accompagnement des professeurs et CPE fonctionnaires stagiaires de l’académie de Reims 2021-2022

Sur le site de l’INSPE de Rennes, les « Outils du tutorat 2021-2022« , et notamment une fiche de suivi de stage destinée aux tuteurs. Les autres documents sont adressés aux stagiaires, mais doute utiles aussi aux tuteurs.